Solange
St-Pierre
Daniel
Thibault
Danielle
Lachambre
Francine
Lafortune
Natacha
en se retournant s’était aperçue que la petite nouvelle faisait un effort
pour la rattraper. Elle l’avait attendue.
-
Est-ce que tu prends la rue Robin pour aller chez-toi ?
-
Oui, et je tourne après le dépanneur à droite.
-
On pourrait faire un bout
ensemble, moi j’habite un peu plus loin sur la gauche, rue Émery.
Marie-Ève
se sentit rassurée. C’était son premier contact en dehors de la classe
depuis trois jours qu’elle fréquentait cette école. Ce n’était pas facile
d’arriver dans une nouvelle école en plein milieu d’année. Natacha était
grande pour son âge, beaucoup plus grande qu’elle et elle avait l’air
gentille. Marie-Ève se dit que si elle pouvait se faire une amie ça irait
beaucoup mieux après. Elles marchèrent jusqu’au dépanneur en bavardant et,
au moment de se séparer, Natacha lui proposa de l’attendre le lendemain
après l’école pour faire le trajet ensemble. Marie-Ève prit la direction de
chez elle d’un pas plus léger.
Il
faisait un peu froid. On était en décembre mais Marie-Ève aimait le froid qui
lui piquait les joues et avec la perspective d’avoir enfin quelqu’un à qui
parler, le trajet jusqu’à la maison lui parut moins long. Elle bifurqua à
gauche trois rues après le dépanneur et aperçut, juste après la ruelle, le
grand escalier qui montait à son nouvel appartement. Son chat l’attendait sur
le rebord de la fenêtre. En grimpant l’escalier, elle mit la main dans sa
poche pour y prendre sa clef et réalisa que la clef n’y était pas.
-
Oh, oh…
Elle hésita un moment. Où était la clef ? Elle ne savait plus. Peut-être qu’elle était tombée lorsqu’elle avait pris ses gants. Devait-elle refaire le trajet jusqu’à l’école pour la chercher ? Non à bien y penser, la clef n’était pas dans sa poche lorsqu’elle avait pris ses gants. Son estomac se serra. Elle n’arrivait pas à se souvenir de la dernière fois où elle avait vu la clef. C’était assez inhabituel pour elle. Marie-Ève se rappela le matin qui n’avait pas été très joyeux à la maison. Elle avait hésité à partir pour l’école. Elle regardait sa mère et observait avec inquiétude son visage défait. Elle savait que la nuit avait dû être difficile pour elle. Sa mère lui avait dit :
- Va, va ! Tu vas être en retard.
Elle l’avait poussée vers la porte et la clef, oui c’est ça, la clef était restée sur son bureau où elle l’avait déposée hier.
Sa mère arrivait à quatre heures trente et il était trois heures trente. Elle avait un dollar et vingt-cinq sous dans son petit porte-monnaie et deux billets d’autobus. La solution la plus sage serait de marcher à nouveau jusqu’au dépanneur en prenant bien son temps, d’y prendre un chocolat chaud en flânant un peu et de revenir à la maison juste à temps pour ne pas inquiéter sa mère. À dix ans, presque onze, Marie-Ève savait qu’elle était une petite fille responsable. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour ne pas donner trop de soucis à sa mère qui en avait déjà beaucoup trop.
En se rendant au dépanneur, elle pensait à tous les soucis de sa mère. Il y avait sa rupture avec André, son nouvel ami, après juste six mois de vie commune, le déménagement, son emploi temporaire au gouvernement qui se terminait et aussi grand-maman qui était malade à Trois-Rivières et qu’on n’allait pas voir parce qu’on n’avait pas d’argent. C’était pas mal de tracas. Marie-Ève avait aussi parfois le cœur gros mais elle n’en parlait pas.
Elle prit bien son temps au dépanneur et aussi pour y aller et en revenir. Il lui restait juste quinze minutes à attendre et bientôt sa mère allait arriver. Assise sur la plus haute marche de l’escalier, elle regardait voltiger quelques flocons d’une neige qui commençait. Elle vit arriver quelqu’un au coin de la rue. Le jeune homme se dirigea vers son escalier et monta. Elle se fit petite pour le laisser passer et évita de le regarder.
Continuant à observer le manège de la neige pour se distraire, elle attendit encore quelques minutes puis décida d’aller marcher. Elle fit et refit les cent pas. La nuit était tombée. Elle avait hâte de voir arriver sa mère. Elle marcha jusqu’à l’arrêt d’autobus. Après quelques minutes un autobus arriva. Trois passagers descendirent mais sa mère n’était pas parmi eux. Une jeune femme portant un enfant se dirigeait dans la direction de chez elle et elle la suivit. Elle fut un peu surprise de voir la jeune femme monter son escalier. Elle habitait juste la porte à côté. Elle attendit encore et refit les cent pas. Elle vit le jeune homme ressortir, aller au dépanneur et revenir. Il l’observait maintenant plus attentivement. Il entra dans son logement et quelques minutes après la jeune femme en sortit.
- Bonjour, est-ce toi qui viens d’emménager à côté ?
- Oui, on est déménagé en fin de semaine.
- Et tu attends tes parents ?
- Ma mère. Elle devait arriver à quatre heures et demi.
- Bon, tu devrais entrer pour te réchauffer un peu. Tu peux l’attendre chez nous si tu veux.
Marie-Ève hésitait. Ce n’était vraiment pas dans leurs habitudes de déranger les voisins, mais la jeune femme, qui était vraiment très jeune, avait un bon sourire. Il commençait à faire froid et la petite se dit qu’il serait plus prudent d’être à l’intérieur avec cette famille que toute seule dehors. Elle entra.
- Bonjour, moi c’est Guillaume et lui Nathan et ma blonde s’appelle Annie. Tu peux enlever ton manteau et tes bottes et t’asseoir. Ça fait un petit bout de temps que tu es dehors. Tu dois commencer à geler.
- Ça fait plus qu’une heure.
Guillaume installait Nathan dans sa chaise pour le faire manger.
- Lui, il est toujours affamé quand il arrive.
- Est-ce que c’est à vous le bébé, ou bien vous le gardez ?
- Il est à nous. Est-ce que tu nous trouves trop jeunes pour avoir un bébé ?
- Ben oui. On dirait que vous avez juste quinze, seize ans.
- Moi j’ai dix-huit ans et ma blonde en a dix-sept. On se débrouille bien. Annie va au Cegep, Nathan à la garderie et moi je travaille.
Marie-Ève regardait l’appartement. Pas riche du tout. Les meubles étaient du genre qu’on voyait dans les vitrines des commerces de meubles usagés du quartier. L’appartement était comme le sien mais inversé. Marie-Ève et sa mère avaient encore de beaux meubles. C’est tout ce qui leur restait du divorce. Mais ils étaient trop gros pour leur petit appartement minable d’un quartier tout aussi minable.
Annie avait ouvert la télé et commençait à préparer le souper. Nathan était attiré par les petits bonhommes. Marie-Ève restait sagement assise à sa place et faisait semblant elle aussi d’écouter la télé pour ne pas déranger. Annie lui offrit des bas de laine, puis lui offrit à souper. À six heures la petite était toujours là. Toujours aussi sage. C’était les nouvelles locales et on entendit qu’il y avait un important retard sur la ligne bleue du métro.
- C’est la ligne de métro que prend ma mère.
- Bon, tu vois, elle devrait être là bientôt.
À 19h00 on entendit sonner à la porte. Deux policiers se présentèrent.
- Est-ce que vous connaissez les gens qui habitent à côté.
- On ne connaît pas la dame mais la petite fille est ici avec nous.
- Nous allons lui poser quelques questions.
Les policiers entrèrent. Ils demandèrent à Marie-Ève si elle avait de la famille à Montréal et s’il était possible de rejoindre quelqu’un.
- Est-ce que vous savez où est ma mère ?
- Elle ne peut pas te rejoindre maintenant, elle a un empêchement. Est-ce que tu connais quelqu’un qui pourrait s’occuper de toi ce soir.
- Non. Je veux rester ici et l’attendre.
- Ce n’est pas possible, elle va être absente pour quelque temps. Où est ton père ?
- Il est à Gatineau. C’est là qu’il travaille.
- Est-ce que tu as son numéro de téléphone ?
- C’est notre ancien numéro, je le connais par cœur.
Les policiers eurent l’air soulagé. Ils avaient visiblement hâte de trouver quelqu’un pour prendre la responsabilité de cette enfant qui leur tombait sur les bras. Quand ils eurent réussi à joindre le père au téléphone, ils notèrent une adresse et demandèrent à la petite de prendre ses affaires et de les suivre.
- Nous allons t’emmener chez ta grand-mère à Valleyfield. Ton père va venir te chercher là.
- Et maman ?
- On va lui dire où tu es. Elle va te reprendre quand elle pourra.
- Et mon chat ? Qui va s’occuper de mon chat ?
Guillaume dit qu’il allait s’occuper du chat jusqu’au retour de Marie-Ève. Il demanderait à la propriétaire de lui ouvrir la porte le lendemain matin.
Marie-Ève n’aimait pas beaucoup cette histoire. Pourquoi est-ce qu’on ne lui disait rien ? Elle s’habilla pour suivre les policiers et prit son sac d’école. Elle jeta un coup d’œil derrière elle.
- Bon au revoir et merci pour le souper. Mon chat s’appelle Boris.
- On va s’en occuper Marie-Ève. Ne t’inquiète pas.
._._._._._._._._._._._._._
Gaétane
Germain fut très surprise ce soir là d'avoir un appel de son garçon. Comme d’habitude
elle répondit au téléphone avec beaucoup d'entrain mais elle déchanta assez
vite. Le choc de la tentative de suicide de Marie-Claire l'abasourdit
totalement. Marie-Claire avait tenté de s’enlever la vie en plongeant devant
le métro du haut d’une balustrade. Elle avait manqué son geste et était
tombée sur le dessus du métro avec pour résultat une solide commotion
cérébrale. Raymond demanda à sa mère de prendre la petite pour la nuit. Il
passerait la chercher un peu plus tard le lendemain le temps de remplir quelques
formalités concernant Marie-Claire. Pour le moment il se rendait directement à
l’hôpital.
« Comment
Marie-Claire avait-elle pu en arriver là ? » se demanda t-elle en
raccrochant. La mère de Raymond connaissait peu Marie-Claire qui avait toujours
été distante avec toute la famille et elle ne la comprenait pas du tout dans
ce qu’elle considérait comme un trop grand besoin d’indépendance. Le
mariage était trop lourd à porter pour Marie-Claire. Elle savait que
Marie-Claire s'était mariée enceinte de quatre mois de Marie-Ève. Selon
Raymond c’était un accident de parcours, le condom avait perforé. Raymond à
l'époque croyait que Marie-Claire l’aimait mais elle-même en avait toujours
douté. Ils étaient mal assortis et son fils aurait eu avantage à choisir une
compagne ayant un peu plus les pieds sur terre que cette rêveuse qui semblait
toujours perdue dans ses pensées.
Raymond
avait été amoureux fou de Marie-Claire depuis le tout début de leur
rencontre. Sa joie avait été très grande lorsqu'il avait appris que sa blonde
était enceinte. Ses rêves les plus grands se réalisaient, il aimait une femme
extraordinaire et en plus elle attendait un enfant de lui. Pour lui, les huit
années passées avec elle et sa fille avaient été les plus belles de sa vie
et il ne se faisait toujours pas à l’idée d’avoir perdu « sa »
Marie-Claire. Raymond n’avait jamais rien compris aux états dépressifs de sa
femme mais il avait fait de son mieux pour lui offrir ce qu’il pouvait. Il ne
s’était jamais expliqué les raisons de son départ, se disant qu’il avait
tout fait pour la rendre heureuse. Gaétane Germain soupira en repensant à
toute cette histoire et se dit que c’était bien dommage pour la petite qui
subissait tout ça.
Elle
accueillit Marie-Ève, qui arriva vers 23H00, et lui offrit les soins qu’elle
put, laissant à son fils le soin de l’informer de cet horrible évènement,
de la manière qu’il jugerait la plus convenable.
._._._._._._._._._._._._._
Raymond
arriva en début d’après-midi. Il prit sa fille à part pour lui expliquer
que sa mère avait eu un « accident » dans le métro hier soir mais
qu’elle n’était pas en danger. Elle avait une blessure à la tête et
devrait se reposer pour un certain temps. Il avisa Marie-Ève qu’elle allait
revenir vivre avec lui pour un certain temps, le temps que sa mère soit tout à
fait remise. Un peu plus tard, pendant qu’elle regardait la télé au salon,
la petite entendit murmurer son père et sa grand-mère dans la cuisine. Elle
avait beau porter attention, elle ne comprenait que des bribes de la
conversation. Elle comprit le mot coma à plusieurs reprises toutefois elle ne
savait pas ce que ce mot voulait dire.
En fin d’après-midi, ils allèrent à Montréal chercher les vêtements de Marie-Ève et récupérer le chat qui était déjà hébergé chez le voisin. Raymond trouva bien triste et sordide le petit logement. Alors qu’il avait partagé une belle maison en banlieue avec Marie-Claire, il constata encore qu'elle était bien perdante de l'avoir laissé deux ans auparavant.
Ce jour-là, le voyage vers Gatineau parut bien long pour Marie-Ève et son père. La petite s’était enfermée dans une sorte de mutisme et répondait à peine aux questions que son père lui posait sur leur nouvelle vie. L'autoroute vers Ottawa était dégagée, les charrues avait bien fait leur travail et la neige de la veille était entassée sur les bas-côtés. Boris dormait dans une boîte, sur le siège arrière et Marie-Ève était sur le point de s'endormir quand un mot lui revint à l'esprit.
-
Papa, coma qu'est-ce que ça veut dire ?
-
Eh bien, coma Marie c'est ce dont ta mère souffre actuellement. Le choc
contre sa tête dans l'accident a causé une commotion cérébrale et elle est
dans un coma, c'est à dire qu'elle est comme dans un sommeil profond ;
c'est comme si elle dormait tout le temps. Le docteur et les infirmières sont
près d'elle et ils la surveillent constamment. Lorsque tu seras installée à
la maison à Gatineau, je reviendrai voir ta mère demain.
-
Est-ce que maman dormira bien longtemps, papa ?
-
Je ne sais pas ma chérie, les docteurs ne peuvent pas me répondre sur
cette question. Parfois c'est long et d'autres fois c'est court, quelques jours
ou quelques
semaines. Si on est chanceux, ta maman reviendra bientôt, je l'espère.
-
Est-ce que je pourrai venir avec toi demain ?
-
Non ma puce, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Tu resteras
chez Nadia.
._._._._._._._._._._._._._
Pendant
les semaines qui suivirent, Marie-Ève s'occupa de son mieux chez son père.
Raymond fit des démarches pour que Marie puisse aller à l'école à Gatineau.
Elle retrouva son amie Nadia chez qui elle passait le plus clair de son temps
chaque fois qu’elle venait à Gatineau. La mère de Nadia avait été sa
gardienne lorsqu’elle était bébé et toute la famille gardait un attachement
pour Marie-Ève. Pendant toute cette période, Raymond descendit à Montréal à
chaque quatre jours pour voir sa Marie-Claire à l'hôpital
Maisonneuve-Rosemont. Son état était stable, ses signes vitaux excellents,
elle ne portait plus de bandage sur la tête, mais son visage était encore
tuméfié à la suite de sa chute. Raymond apportait des fleurs régulièrement
et s'assoyait à côté d'elle en lui parlant. Les infirmières lui avaient dit
qu'en parlant aux personnes dans le coma, celles-ci entendaient tout ce qu'on
leur disait.
Les
infirmières du département observaient Raymond faire ses allées et venues.
Elles savaient qu'il venait de loin, et n'eut été cette grande distance
causée par son travail, Raymond aurait été présent à son chevet tous les
jours, beau temps, mauvais temps.
Marie-Claire
retrouvait peu à peu ses couleurs au fil des jours. Raymond, qui avait toujours
admiré sa femme, la retrouvait telle qu'il l'avait laissée deux ans plus tôt.
Un joli visage aux lignes pures,
une bouche aux lèvres pulpeuses, de grands cils sur des yeux verts. Il était
repassé au petit logement pour prendre ses chemises de nuit et éliminer la
jaquette d'hôpital ; le lieu était déjà assez triste et Raymond voulait
que Marie-Claire paraisse à son mieux. À chaque fois qu’il la visitait, il
peignait ses cheveux roux, ce n'était pas parce qu'elle était inconsciente
qu'elle devait avoir l'air moche, se disait-il.
Pour
Nöel, il lui mit un peu de rouge sur les lèvres avec un petit pinceau. Il
souligna l’événement avec sa fille et remit à chacune un petit cadeau. Il
demanda à Marie-Ève d’ouvrir celui de sa mère. Marie-Ève qui était déjà
venue à l'hôpital à trois reprises était toujours restée impassible en
voyant sa mère. Elle ouvrit les boîtes qui contenaient deux chaînes en or
sans manifester aucune joie et les déposa simplement sur la table devant elle.
Lorsque son père sortit pour fumer une cigarette, elle s’approcha de sa
mère. Elle prit un papier mouchoir et essuya le rouge trop vif sur ses lèvres.
-
Maman, t’as l’air d’un clown, maquillée comme ça. Je n’aime pas
beaucoup qu’il s’occupe de toi comme si t’étais une poupée. Je pense pas
que t’aimerais ça non plus.
Marie-Ève
s’enhardit et grimpa finalement sur le bord du lit pour être plus près de
cette mère qui lui manquait tellement. Elle avait si peur de ne jamais plus
pouvoir l’entendre rire. Même les grands moments de tristesse qui
submergeaient si souvent sa mère lui auraient été plus rassurants que ce
silence sans fin. Au contact du corps chaud et immobile de sa mère elle sentit
sa gorge se serrer. Elle ne voulait pas pleurer mais ça faisait si mal. Elle se
dit que peut-être sa maman entendrait finalement ce qu’elle pourrait lui dire
même si c’était comme dans un rêve. Elle s’approcha de son oreille et
commença à murmurer des secrets qui seraient comme un jeu entre elles. Comme
ces jeux que Marie-Claire lui inventait quand elle était petite.
._._._._._._._._._._._._._
Le printemps approchait et en dépit du pronostic favorable émis quelques mois plus tôt par le personnel médical, Marie-Claire jouait toujours la « Belle aux bois dormant ».
Raymond commençait à se sentir fatigué, d’abord à cause de l’hiver qui avait été particulièrement froid mais surtout à cause des allers-retours qu’il effectuait deux fois par semaine entre Gatineau et Montréal; en plus aujourd’hui, il se sentait déprimé. Ce sentiment l’avait envahi suite à l’entrevue qu’il avait eue à l’Hôpital Rosemont-Maisonneuve dans la semaine.
En effet ce mardi, il avait pris une journée de congé pour aller rencontrer le médecin traitant de Marie-Claire et son psychiatre; on lui avait fait une lecture abrégée du rapport du neurologue et au-delà des explications scientifiques, Raymond avait compris qu’aucune cause physiologique n’expliquait le coma de Marie-Claire. Le psychiatre avait même émis l’hypothèse que Marie-Claire refusait inconsciemment de revenir à la vie normale à cause des sentiments dépressifs qui l’habitaient au moment sa tentative de suicide. Il suggéra même qu’on lui fasse des électrochocs, traitement, disait-il, qui donnait des résultats positifs chez les personnes suicidaires mais Raymond avait refusé catégoriquement. Par conséquent, avait conclu le médecin traitant, il ne restait qu’une solution à envisager, c’était celle de transférer Marie-Claire dans un centre pour soins prolongés en attendant qu’elle sorte du coma.
On était vendredi soir et Raymond ressassait tout ça dans sa tête en tapant nerveusement sur le volant de sa voiture bloquée dans la circulation de l’autoroute 50 à l’entrée du pont des Draveurs ; de plus, mercredi soir, il avait eu une discussion avec Marie-Ève qui s’était mal terminée. Il ne comprenait toujours pas comment ça avait pu dégénérer ainsi car sa fille avait semblé réceptive lorsqu’il lui avait fait un compte-rendu de sa discussion avec le psychiatre, elle était même restée silencieuse lorsqu’il lui avait fait part de la tentative de suicide de sa mère et qu’il lui avait expliqué qu’il serait plus pratique que Marie-Claire soit transférée à l’hôpital La Piéta à Hull. Curieusement, elle avait explosé lorsqu’il avait parlé des dispositions qu’il comptait prendre pour résilier le bail de Marie-Claire ; il n’avait pas insisté pour connaître les raisons de cet éclat. Marie-Ève lui semblait parfois aussi imprévisible que Marie-Claire. Il se dit qu’elle finirait bien par se faire à l’idée de ce retour de sa mère dans la région.
Raymond arriva enfin chez lui, épuisé. Le silence de la maison l’accueillit. Comme à son habitude, Boris le chat devait dormir dans la chambre de Marie-Ève. Il lut le mot que lui avait laissé sa fille sur la table de la cuisine l’informant qu’elle était allée dormir chez son amie Nadia à quelques rues de la maison. Certes, il n’avait pas à s’inquiéter car il connaissait les parents de Nadia depuis plusieurs années, mais ce soir il n’avait pas envie d’être seul. Il se servit une bière qui fut suivie de plusieurs autres au cours de la soirée. La bière l’engourdissait toujours un peu et il se dit qu’il devrait peut-être diminuer sa consommation surtout lorsque la petite était là. L’autre soir, par exemple, il avait été maladroit en voulant se rapprocher de sa fille. Marie-Ève avait mal réagi et il sentait bien que son geste avait été mal interprété. Il ne savait pas s’il devait s’excuser ou s’expliquer. Comme d’habitude, les mots lui manquaient pour communiquer ce qu’il ressentait. Peut-être qu’après tout ce n’était pas si grave. Il aurait juste aimé que Marie-Ève soit plus affecteuse avec lui.
._._._._._._._._._._._._._
Dans l’autobus qui la ramenait à Montréal, Marie-Ève se sentait fébrile. Pour se rassurer elle se répétait son plan et tout ce qu’elle se proposait de faire. Elle avait bien planifié son escapade à Montréal. Dès jeudi soir, elle avait retiré toutes ses économies de la banque et subtilisé la clef de leur appartement à son père. Elle avait également rédigé une brève note à l’intention de l’école en imitant l’écriture de son père et chargé Nadia de la remettre à leur professeur le vendredi matin. Ainsi, avec de la chance, son père ne la chercherait pas avant le samedi. Elle aurait le temps de passer voir sa mère puis elle pourrait rejoindre sa tante Caroline et lui demander si elle pouvait la prendre avec elle. Elle avait appris par son père que Caroline, la sœur de Marie-Claire, était rentrée d’Europe la semaine dernière. Caroline pourrait l’aider à empêcher son père de ramener Marie-Claire auprès de lui. Caroline trouverait bien une solution. Elles savaient toutes les deux à quel point Marie-Claire avait détesté cette vie et cette ville. Même inconsciente il n’était pas question qu’elle y retourne.
Elle n’avait pas eu peur de prendre l’autobus toute seule puisqu’elle avait fait le trajet à plusieurs reprises lorsqu’elle venait passer les fins de semaine chez son père. Certes, ses parents l’avaient toujours amenée et attendue au terminus ; mais en demandant son chemin, elle saurait se rendre à l’hôpital à Montréal, parler avec sa mère et elle n’aurait plus mal, se disait-elle tandis que l’autobus filait à vive allure sur l’autoroute. Pourquoi sa mère avait-elle voulu mourir ?… Et pourquoi lui avait-on menti pendant tous ces mois?… Pourquoi sa mère l’avait-elle abandonnée ?… Elle sentait monter en elle des sentiments mêlés de peine et de colère et l’état d’abandon qui l’avait terrassé lorsque son père lui avait dit que Marie-Claire voulait mourir. Maintenant elle devait faire quelque chose. Il fallait que sa mère sache sa peine et son désarroi.
Il était à peine 11h00 lorsqu’elle débarqua au terminus de Berri-Uqam et quelqu’un lui expliqua gentiment quel métro et quel autobus prendre pour se rendre à l’hôpital. Dès sa descente de l’autobus, elle se précipita dans l’hôpital et se dirigea vers la chambre de sa mère ; elle connaissait bien le chemin puisqu’elle accompagnait son père chaque dimanche depuis le mois de janvier. Même si sa mère n’avait jamais répondu aux confidences qu’elle avait pris l’habitude de lui faire quand son père s’absentait pour aller fumer ou prendre un café, Marie-Ève avait continué de lui confier ses secrets. Mais aujourd’hui, elle en avait gros sur le cœur. Elle voulait que sa mère entende.
La jeune fille enleva son manteau, déposa son sac à dos et s’assit à sa place habituelle. Elle prit la main inerte de sa mère et commença à lui parler comme elle le faisait les autres fois; tout doucement, des larmes se mirent à rouler le long de ses joues et les mots retenus depuis que son père lui avait parlé de la tentative de suicide de sa mère franchirent ses lèvres d’abord de façon saccadée, puis dans un flot continu. À la fin de son récit, Marie-Ève en pleurs posa sa tête sur le ventre de sa mère:
- J’en peux plus maman ; j’sais plus quoi faire, je me sens tellement seule depuis que tu es malade; maman ne me laisse pas toute seule avec lui ; je n’aime pas ça quand il prend de la bière et qu’il me parle de toi. Pourquoi est-ce qu’il ne s’est pas trouvé quelqu’un d’autre aussi ? Il me laisserait un peu tranquille… Je ne veux pas que ça recommence comme avec ton André… C’est ma faute… je le sais… Quand il m’a dit que je devenais aussi belle que ma mère…j’ai paniqué !… Maman, il vaut mieux que je m’en aille, je ne fais toujours que du trouble… Je t’en prie maman, fais quelque chose. Ils disent que tu ne veux pas te réveiller, que tu cherches encore à mourir. C’est pas vrai, hein ?… Non, je suis sûre que c’est vrai… Tout est de ma faute… C’est à cause de moi qu’on est déménagées, c’est aussi à cause de moi que tu veux mourir… je le sais… Maman ! Je t’en prie, dis-moi quelque chose !
Malgré les supplications de la petite fille, le visage de la femme demeurait impassible. Tout à coup, à son insu, une grande colère monta en-dedans de Marie-Ève et fusa comme un jet de vomi et telle une furie, elle se mit à invectiver sa mère :
-
Pourquoi tu m’as mise au monde, alors, si tu
veux plus rien savoir de moi ? Je le sais, que tu n’as jamais voulu de
moi, papa me l’a dit que tu t’es mariée enceinte! Tiens meurs donc au lieu
de continuer à nous faire souffrir papa et moi si c’est ça que tu
veux! Moi je m’en vais ! Je
te hais !
Sur ces entrefaites, une infirmière entra dans la chambre et aperçut la fillette qui se débattait pour remettre son manteau.
- Qu’est-ce qui se passe ici ? Je viens d’entendre crier. Où est ton père ? demanda-t-elle.
- Il est à la cafétéria.
- Attends une minute, ne pars pas, qu’est-ce qu’il y a ? Est-ce que tu veux me parler de ce qui te fait tant de peine ? demanda l’infirmière en voyant le visage défait de l’enfant.
- Non merci madame. Je m’en vais rejoindre mon père.
Marie-Ève ramassa son sac à dos et s’enfuit en courant. Après avoir pris quelques renseignements, elle se retrouva dans le quartier où se trouvait leur logement. Elle arrêta au dépanneur, prit quelques provisions et atteignit rapidement l’appartement. Elle déverrouilla la porte avec fébrilité et entra. Une sensation de froid humide la saisit aussitôt. Elle remonta alors le chauffage dans toutes les pièces et balança ses affaires sur la table de la cuisine. Enfin seule ! Ici au moins, elle ne dérangerait plus personne. La télé-commande traînait encore sur le divan du salon et elle alluma le poste de télévision. Un grand frisson la traversa tout à coup, alors elle enleva les couvertures de son lit et les jeta sur le divan du salon. Elle s’enroula dedans pour se coucher en chien de fusil. Elle se sentait tellement seule avec sa grande peine qu’elle se permit enfin de pleurer tout son saoûl.
C’est la sonnerie de la porte qui sortit la fillette de sa torpeur et elle se rendit à la porte remplie de craintes. Mais ce n’était que la voisine, la jeune Annie.
- Bonjour Marie-Ève ! Je n’avais pas cours cet après-midi et comme j’entendais la télévision, je suis venue voir comment tu allais, dit Annie ; est-ce que tu vas bien ?
- Oui, je m’étais juste endormie ;
- Es-tu toute seule ici ?
- Oui mais j’ai tout ce qu’il me faut, répliqua Marie-Ève et tante Caroline s’en vient me rejoindre.
- Bon, si tu as besoin de quoi que ce soit, ne te gêne pas, viens frapper à la porte.
- OK. répondit la fillette en refermant la porte.
Annie s’en retourna chez elle toute songeuse, voire inquiète en se disant qu’elle retournerait plus tard voir la petite fille.
._._._._._._._._._._._._._
Raymond se leva avec difficulté du divan où il s’était assoupi lorsque la sonnerie du téléphone retentit.
- Monsieur Germain, dit une voix polie, je suis Annette Duval infirmière à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont ; je suis de service ce soir et il y a une note au dossier de votre femme recommandant de vous aviser s’il y avait des changements dans l’état de votre femme. Voilà ! J’ai peut-être une bonne nouvelle à vous annoncer. Votre femme a donné quelques signes de réveil depuis que j’ai débuté mon service à 16H00 et durant la soirée, elle a bougé les doigts de façon significative à plusieurs reprises. C’est peut-être un faux espoir, mais pour ma part, je suis confiante.
- Fantastique ! s’écria Raymond. Merci Garde, dois-je y aller maintenant ?
- Non, attendez encore un peu, c’est un processus qui peut être long. Nous vous préviendrons lorsque votre femme reprendra conscience.
Raymond reposa l’appareil en proie à la joie et à l’anxiété. Qu’allait-il se passer maintenant ? Marie-Claire allait-elle l’accepter ou le rejeter ? Il avait été tellement facile de l’aimer durant toutes ces semaines, de la regarder avec amour et de la toucher sans qu’elle ne le rejette… Bon, il n’allait pas attendre le téléphone de l’hôpital, mais plutôt prendre ses dispositions pour aller à Montréal dès demain. Même s’il était tard, il allait téléphoner chez les parents de Nadia afin que Marie-Ève soit prévenue qu’il passerait la prendre tôt demain matin…
._._._._._._._._._._._._._
Sa
tête était lourde, tout comme ses paupières d’ailleurs qu’elle s’efforçait
en vain d’ouvrir. Marie-Claire commença à prendre conscience de la nausée
qui l’habitait et de la lourdeur de son corps. Il fallait qu’elle fasse un
effort pour se réveiller, il le fallait à tout prix car elle avait quelque
chose à faire, même si pour le
moment, elle ne savait pas quoi. Ça y est, elle sentit qu’elle bougeait ses
doigts et maintenant, elle allait fermer sa main. Elle entendit une voix au loin
qui l’encourageait mais elle était tellement fatiguée… Oui c’est ça,
continuer pour Marie-Ève… Elle avait réussi à serrer la main de cette
femme. Où suis-je ?… On verra ça plus tard ; pour l’instant se
concentrer sur ce corps qui pesait une tonne. « Mon Dieu, aidez-moi, je n’y
arrive pas ! » Réussir à ouvrir les yeux ; « Aïe !
la lumière m’éblouit ! Ouf ! la femme a compris et elle l’a
fermée… Alors tout doucement, Marie-Claire ouvrit les yeux avec l’impression
que ça avait pris un temps incommensurable. Une femme, vêtue de
blanc, lui tapota la main et chuchota d'une voix calme qui se voulait
rassurante :
-
Vous revenez de loin, ma p'tite madame. Allez-y doucement. Vous avez
été endormie très longtemps depuis votre accident. Moi, je m'appelle Monique.
Vous êtes à l'hôpital et on prend soin de vous... Prenez tout votre temps
pour vous réveiller complètement. Ça se peut que vous vous sentiez faible et
vous aurez peut-être des courbatures un peu partout et des nausées, mais c'est
normal après avoir été inconsciente aussi longtemps. Je vais prendre votre
pression et débrancher le sérum.
-
Marie-Ève, ma fille, je veux la voir, dit faiblement Marie-Claire comme
dans un murmure à peine audible.
-
Je suis convaincue que vous aurez de la visite avant longtemps quand
votre famille aura été avertie que vous avez repris conscience... Votre pouls
est régulier et la pression remonte; c'est bon signe.. Continuez de bouger
doucement vos membres mais n'essayez surtout pas de vous lever toute seule. Je
dois sortir mais je vais revenir dans quelques minutes.
Restée
seule dans ce lieu stérile et inconnu, Marie-Claire sentit monter en elle cette
souffrance si familière et aussi virulente qu’avant : cet odieux mal de
vivre, cet envahissant mal d’être qui prenait toute la place et provoqua une
montée de larmes qui glissèrent lentement sur ses joues.
._._._._._._._._._._._._._._
Raymond
raccrocha le téléphone. Il ne comprenait tout simplement pas. Marie-Ève n’était
pas chez son amie. Nadia, qui avait été complice de la fugue de son amie,
venait d’avouer que Marie-Ève était partie à Montréal ce matin en autobus.
Des
pensées confuses se bousculèrent dans sa tête. Pourquoi Marie-Ève avait-elle
fait cette fugue? Elle avait semblé perturbée ces derniers jours depuis la
discussion orageuse qu'ils avaient eue, mais de là à s'enfuir en cachette?
Elle voulait parler à sa mère? Parler de quoi avec une personne inconsciente?
Si elle avait planifié si bien sa fuite... Ah! Mais oui! Elle allait sûrement
se réfugier dans l'appartement qu'elle occupait avec sa mère à Montréal. Il
aurait fallu qu'il parte immédiatement pour Montréal au lieu d'attendre le
lendemain matin, mais était-ce prudent avec toutes les bières qu'il avait
ingurgitées depuis la fin de l’après-midi? Il songea à prendre une bonne
douche froide et un café après avoir appelé à l'appartement de Montréal
pour vérifier si la petite y était. Mais si elle décidait de ne pas répondre
ou n’y était pas, il ne serait pas plus avancé, ni rassuré. Pourtant, cela
lui sembla la chose la plus sensée à faire dans l’immédiat avant de se
rendre là-bas en pleine nuit.
._._._._._._._._._._._._._._
Marie-Ève
fut réveillée par la sonnerie du téléphone. Le coeur battant à tout rompre,
la tête confuse quelques instants, elle s'assit en coup de vent sur le divan,
reprenant conscience de l'endroit où elle se trouvait, malgré l'obscurité de
la pièce. La peur et l'incertitude l'envahirent. Devait-elle répondre au
téléphone? Elle n'en avait pas du tout envie et c'était sans doute une erreur
de numéro puisque personne ne savait qu'elle se trouvait là. Elle avait
appelé plusieurs fois chez sa grand-mère dans l’espoir d’y trouver
Caroline mais n’avait pas eu de réponse. Elle alluma la lampe de table et
fronça les yeux sous la lumière éblouissante. L'horloge indiquait 10h52.
La
télé, restée allumée, la fit sortir lentement des brumes du sommeil et elle
se souvint de sa visite à l'hôpital pour voir sa mère et de son arrivée à
l'appartement. Elle se leva pour aller aux toilettes. Le téléphone cessa enfin
de sonner. Bien que n’ayant pas très faim, elle entreprit de grignoter le
chocolat et les croustilles qu’elle avait achetés plus tôt en regardant d’un
oeil distrait la télé.
La
nuit commençait à peine et elle n’avait plus envie de dormir. Un profond
sentiment de solitude l’envahit. Cette nuit allait être la plus longue et la
plus solitaire de toute sa jeune vie. Elle se sentit abandonnée et trahie. Elle
avait toujours été de trop où qu’elle fut. Elle n’avait sa place nulle
part. Comme elle aurait aimé avoir Boris à ses côtés pour le caresser afin
de se sentir moins seule! Recroquevillée à nouveau dans sa couverture, sur le
divan, elle recommença à pleurer, doucement cette fois, oppressée par la
grosse boule dans sa gorge et la sensation d’un poids lourd dans sa poitrine.
._._._._._._._._._._._.
Raymond
arriva à l’aube. Son angoisse n’avait cessé de s’intensifier au fur et
à mesure qu’il approchait de la ville. Après avoir longtemps hésité, il s’était
finalement risqué en auto, en pleine nuit, sans être certain d’avoir bien
dégrisé d’abord. Comme il ne pouvait trouver le sommeil; après avoir
appelé à Montréal plusieurs fois sans succès; il avait pris la décision de
partir. D’autant plus que l’hôpital avait téléphoné à nouveau très
tard pour lui annoncer que Marie-Claire avait bel et bien repris conscience,
ajoutant qu’il pouvait venir lui rendre visite n’importe quand.
Maintenant
qu’il se trouvait dehors devant la porte du logement, il était en proie à
une appréhension manifeste. Si Marie-Ève s’y trouvait, il ne voulait pas l’effrayer
en frappant à la porte de si bonne heure et ne savait trop quelle attitude
adopter. Par contre, si elle n’était pas là, il allait être au désespoir…
Il frappa plusieurs fois à la porte, doucement d’abord.
Marie-Ève
ayant passé une nuit blanche à pleurer et à broyer du noir pensa que c’était
peut-être Annie qui revenait prendre de ses nouvelles. Les yeux bouffis, elle
se leva pour aller ouvrir et resta stupéfaite en voyant son père sur le
palier.
-
Ma petite chérie! J’avais bien deviné! Merci mon Dieu!… Marie-Ève,
j’étais tellement inquiet ma puce! Il ne fallait pas partir en cachette! J’étais
si malheureux de ne pas savoir où tu étais! Tu n’as même pas répondu au
téléphone quand j’ai appelé hier soir?
-
Comment tu pouvais t’inquiéter de moi?… Je suis toujours de trop de
toute façon; c’est maman que tu veux, pas moi..
-
Voyons ma chouette! Faut pas penser comme ça, je t’aime et tu le sais.
-
Ouais, tu m’aimes. Comme André qui m’aimait lui aussi!
-
André? Le copain de ta mère? Qu’est-ce qu’il a à voir là-dedans,
lui? J’comprends pas. Ecoute… Je pense qu’il faudrait qu’on se parle
franchement parce que je veux comprendre qu’est-ce qui t’a poussé à partir
sans avertir comme tu l’as fait. Je suis sûr que tu avais tes raisons. Si j’ai
dit ou fait quelque chose qui t’a blessée, c’était involontaire de ma
part. Je veux qu’on se réconcilie… Et tu sais quoi? Je viens t’annoncer
une nouvelle formidable! Ta mère a repris conscience à l’hôpital! Je pense
qu’on devrait aller la voir ensemble pour la réconforter de sa longue
période de maladie loin de nous deux. Elle aura besoin de toute notre aide et
de notre présence maintenant.
Marie-Ève
ne sut comment réagir à cette nouvelle. Elle avait dit à sa mère qu’elle
se foutait bien qu’elle décide de mourir mais maintenant qu’elle la savait
consciente, sa première pulsion aurait été d’aller la voir et de l’embrasser.
Mitigée dans sa réaction, elle resta sur la défensive et mentit en explosant,
les larmes au bord des yeux:
-
Je m’en fous qu’elle aie repris conscience! Elle s’en foutait de me
laisser toute seule, elle! C’était pas un accident! Pourquoi tu m’as menti?
Elle a jamais été là quand j’ai eu besoin qu’elle m’aide ou qu’elle m’écoute,
moi. J’aurais pas dû naître de toute façon parce qu’elle n’a jamais
voulu de moi, non plus. J’ai envie de mourir moi aussi maintenant… ça
arrangerait tout le monde et je n’aurais plus aussi mal en dedans, dit-elle en
touchant sa poitrine de ses petites mains.
Atterré,
Raymond restât sans mot. Il n’avait encore jamais constaté la détresse
profonde de sa fille, probablement trop préoccupé par la sienne d’abord.
Pourtant, il avait pensé la protéger en ne lui révélant pas toute la
vérité sur la tentative de suicide de sa mère au début. Attendri, il eut un
élan d’affection vers Marie-Ève pour la prendre dans ses bras mais l’enfant
recula et fusa:
-
Non! Ne me touche pas! Tu vas vouloir être gentil avec moi toi aussi; je
veux pas!
._._._._._._._._._._._.
Depuis
son retour d’Europe, une semaine plus tôt, Caroline s’était rendue
quelques fois au chevet de sa sœur. Elle avait été atterrée d’apprendre
que, faute de répondant, c’était Raymond Germain qui avait pris les
décisions concernant le traitement de Marie-Claire. Caroline n’avait jamais
vraiment beaucoup aimé Raymond. Il n’était pas son type d’homme. C’était
un homme un peu mou, sans caractère. Elle savait que sa sœur n’avait jamais
été heureuse avec lui. Elle avait été soulagée d’apprendre son divorce,
croyant alors que Marie-Claire pourrait se reprendre en main et sortir enfin de
la dépression qui la rongeait depuis des années.
Malheureusement,
depuis le retour de sa sœur à Montréal deux ans plus tôt, Caroline n’avait
constaté aucune amélioration. Marie-Claire sombrait de plus en plus
profondément. Caroline savait qu’elle consommait beaucoup d’alcool et
quelques drogues. Au moment de son départ pour l’Europe au début du mois de
novembre, elle était particulièrement inquiète pour sa sœur et pour la
petite qu’elle adorait. Marie-Claire allait d’aventure en aventure, à la
remorque de types de plus en plus louches dont le dernier, André, lui était
apparu tout à fait irresponsable et peu recommandable. Lorsqu’elle avait
appris la tentative de suicide de sa sœur, elle s’était sentie très
coupable et avait choisi d’abréger son stage pour rentrer s’occuper de
Marie-Ève. Si elle avait seulement
été là le soir de l’accident, elle n’aurait pas laissé partir Marie-Ève
à Gatineau, sachant trop bien le peu d’entendement de Raymond pour les choses
du cœur. Tant que Marie-Claire demeurait inconsciente, elle n’avait rien pu
entreprendre pour récupérer la petite. Maintenant elle le pourrait. Elle
était venue le plus vite qu’elle avait pu de Trois-rivières lorsqu’elle
avait reçu l’appel de l’hôpital lui indiquant que Marie-Claire avait
repris conscience et qu’elle la demandait.
Lorsque
Raymond entra dans la chambre, Caroline y était déjà. Elle recula d’un pas
pour laisser Raymond approcher après avoir murmuré à sa sœur qu’elle avait
une nouvelle visite. Marie-Claire demeurait confuse et somnolente mais sa réaction,
à l’approche de Raymond fut vive. Elle ne savait pas pourquoi; elle s’était
réveillée avec le sentiment d’urgence d’éloigner cet homme de sa fille.
Elle retira sa main de celle de Raymond et dit :
-
Ne me touche pas, tu me dégoûtes.
Raymond
resta pantois. Après tout ces mois où il avait pris le plus grand soin de
celle qu’il n’avait jamais cessé d’adorer et de sa petite fille chérie,
voilà que les deux personnes qu’il aimait le plus au monde le rejetaient.
-
Marie-Claire ma chérie qu’est-ce qui se passe?
- Je ne suis pas ta chérie, où est ma fille?
- Elle est là, dans la salle au bout du corridor. Je voulais juste voir comment tu allais avant de la laisser entrer.
Sur ces entrefaites Marie-Ève, qui épiait dans le couloir, se précipita aussitôt qu’elle entendit sa mère la demander.
- Maman !..maman !…, j’ai eu si peur que tu ne te réveilles pas !
- Je n’aurais pas pu te faire ça…
Marie-Claire manquait de force pour continuer. Il y aurait eu tellement à dire ; elle était si fatiguée. Elle implora Caroline du regard. Marie-Ève aperçut alors Caroline et se précipita dans ses bras en pleurant à gros sanglots.
- Je suis là maintenant Marie. Je vais rester avec toi et ta mère va s’en sortir. Elle est forte tu sais. Il ne faut pas trop la fatiguer pour le moment. L’infirmière a recommandé qu’on ne reste pas trop longtemps. Je suggère qu’on aille déjeûner tous les trois ensemble et ensuite on reviendra faire un tour.
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Le retour de Marie-Claire à la vie et la présence de Caroline avaient peu à peu apaisé Marie-Ève. Caroline avait tenu à ce que l’enfant rencontre une travailleuse sociale. Après plusieurs rencontres avec le père, la mère et la tante, il fut convenu que Marie-Ève vivrait avec sa tante jusqu’à ce que sa mère soit en mesure de la reprendre. Il n’était pas tout à fait clair pour la psychologue qui suivit Marie-Ève en thérapie que l’enfant avait été abusée par son père mais Marie-Claire semblait en être convaincue. La petite parlait peu mais il était évident qu’elle ne voulait pas retourner chez son père. Raymond fut profondément blessé. Lorsqu’il tenta à nouveau de revoir Marie-Claire, elle lui avoua enfin que Marie-Ève n’était pas sa fille. Elle voulait qu’il disparaisse complètement de sa vie. Raymond refusa. Il voulait continuer d’assumer la petite parce qu’il l’aimait sincèrement. Il se dit qu’avec le temps Marie-Ève finirait par revenir vers lui mais il comprit enfin que Marie-Claire ne lui reviendrait jamais.
Marie-Claire était suivie en psychiatrie. Elle tentait à nouveau de reprendre pied. Elle passa en maison de convalescence puis en foyer supervisé. Le diagnostic de maniaco-dépression finit par être officiel. La médication était lourde et elle réagissait mal aux traitements qu’on lui administrait.
Marie-Ève reconstruisit sa vie avec l’aide de Caroline. Elles s’étaient installées toutes les deux dans l’appartement de Marie-Claire. Caroline projetait de toute façon de revenir vivre à Montréal à son retour d’Europe. Ainsi, Marie-Ève eut l’occasion de terminer le primaire à l’école du quartier où elle retrouva Natacha qui devint sa grande amie. Elle reprit aussi contact avec Annie et Guillaume qui furent ses voisins de palier pendant au moins trois ans jusqu’à ce qu’ils se séparent. Marie-Ève eut beaucoup de chagrin de les voir partir car elle commençait à garder Nathan de temps à autre. Sa mère qui avait réintégré sa place auprès d’elle après un an de traitement ne voulut pas qu’elle aille garder l’enfant après leur séparation même si Guillaume continuait d’habiter le quartier. Elle ne voulait pas que sa fille dorme chez un homme qui vivait seul car le traumatisme vécu par Marie-Ève avec André continuait de la hanter.
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Marie-Ève, appuyée contre la clôture « frost » de la cour d’école ou elle avait terminé son école primaire, sentait monter en elle une autre vague de tristesse. On était le 15 décembre 2000, tout juste 8 ans après la tentative de suicide de sa mère. Marie-Ève essayait de recoller les morceaux de sa vie. Pourquoi la vie était-elle aussi difficile pour elle? Avait-elle hérité de la maladie de sa mère?
Le mois de décembre restait toujours une grande épreuve à traverser. Elle avait hâte qu’il finisse. Elle n’aimait pas la période des fêtes où tout le monde avait l’air de s’amuser et pas elle. Cette année particulièrement, sa rupture avec son petit ami à la fin de l’été, l’avait plongée dans le doute et l’incertitude. D’elle-même elle avait décidé de consulter. Elle n’aurait jamais cru que ça ferait aussi mal de reparler de son enfance perturbée. D’avoir remué tout ça depuis deux mois avait rendu encore plus vif et douloureux le souvenir de cet anniversaire. Elle aurait tellement aimé avoir des parents « normaux » comme ceux de Natacha et comme ceux de Nadia ses deux meilleures amies où elle s’était si souvent réfugiée les soirs de grande solitude.
Cette année Marie-Ève irait encore chez les parents de Raymond à Noël. C’était la tradition. Depuis que Marie-Ève avait appris que Raymond n’était pas son père biologique, elle avait modifié sa relation avec lui. Elle l’aimait bien et elle avait appris à le prendre comme il était. D’autant plus que les révélations concernant son père ne lui avaient aucunement inspiré l’idée de retrouver cet autre homme qui avait traversé la vie de sa mère le temps d’un éclair. D’elle-même elle avait choisi de garder le contact avec la famille Germain et, pour Raymond, elle était toujours sa petite fille chérie dont il était si fier. Elle irait dans cette famille mais ça ne l’empêcherait pas de se sentir seule et étrangère au milieu de tous.
C’était l’heure de sortie des élèves. Elle se souvenait de la petite fille qu’elle avait été, toujours sage, trop sage…, toujours prête à effacer le mal qu’on lui avait fait. Elle n’arrivait pas à leur en vouloir… Elle se disait juste que c’était ça la vie et qu’elle n’était pas née sous une bonne étoile.
Les enfants étaient presque tous partis. Deux ou trois gamins traînaient un peu derrière les autres. Un homme arriva près de la barrière. Elle l’entendit appeler :
- Nathan, tu viens mon grand ?
- Oui, oui j’arrive. Je voulais juste échanger des cartes avec Julien.
Marie-Ève leva la tête et reconnu sans peine Guillaume. Le gamin était le petit Nathan qu’elle avait connu bébé lorsqu’ils étaient voisins de palier. Son cœur bondit dans sa poitrine. Guillaume ne lui avait jamais été indifférent même lorsqu’elle était au début de l’adolescence. Elle hésita quelques instants puis choisit de l’aborder.
- Guillaume ?
Il la regarda attentivement et ses yeux s’allumèrent de surprise et de joie.
- Marie-Ève ? Mon Dieu tu as bien changé. Je t’ai reconnu plus par ton sourire et par ta voix… Tu avais juste quatorze ans la dernière fois qu’on s’est vu. Mais qu’est-ce que tu fais ici ? Mon Dieu mais… tu as l’air d’être gelée jusqu’à l’os !
- Oui, j’ai un peu froid. J’ai coupé mes cheveux ; ça me change pas mal.
Marie-Ève grelottait. Il vit bien qu’elle n’était pas dans son assiette. Il lui proposa de venir prendre un café chez-lui. Elle accepta avec reconnaissance.
Guillaume regardait la jeune femme avec tendresse. Elle était frêle. Elle portait un manteau trois quart et une jupe courte moulante. Ses cheveux courts coiffés à la mode « punck » lui donnaient l’air d’un petit chat mouillé. Il ressentait le besoin de la protéger. Il connaissait un peu son histoire déjà trop lourde à porter lorsqu’elle était adolescente. La première fois qu’il avait vu Marie-Ève, elle ne devait pas être beaucoup plus vieille que l’était Nathan maintenant. Elle était toute seule assise dans les marches d’escalier à attendre sa mère qui n’arrivait pas. Cette fois avait été la pire mais il y en avait eu d’autres.
Marie-Ève marchait à ses côtés et grelottait toujours. Il lui prêta son foulard et ses gants.
- Ce n’est pas bien loin, on est juste à cinq minutes de l’école.
Ils entrèrent dans un petit appartement dont une bonne partie semblait envahie par la présence d’un ordinateur et de nombreux papiers qui s’empilaient un peu partout.
- Tu travailles à la maison ?
- Oui, c’est plus pratique avec Nathan. Comme ça je peux m’occuper de lui après l’école, même les semaines où c’est Annie qui a la garde.
Guillaume prépara du café en racontant un peu sa vie de père célibataire et son travail. Il était heureux de pouvoir maintenant gagner sa vie comme travailleur autonome en faisant des contrats de création de sites Internet. Il avait des clients à lui et il travaillait aussi comme sous contractant pour une plus grosse firme. Il était très fier de son nouvel ordinateur. Marie-Ève commençait à parler un peu de ses cours au Cegep et de sa vie en appartement avec Natacha lorsque Nathan les interrompit pour dire qu’il avait faim. Guillaume invita la jeune fille à partager leur repas. Elle hésitait.
- Bon, il faut que je sorte faire quelques courses. Je n’ai plus de pain ni de lait. Veux-tu rester un peu avec Nathan. Je vais rapporter quelques films pour lui et, si tu veux, on pourra parler encore un peu tous les deux.
Marie-Ève avait envie de parler. Elle en avait même grand besoin aujourd’hui et l’acceuil était tout simple et chaleureux. Ils parlèrent longtemps, bien longtemps après que Nathan se fut endormi en écoutant son film. Guillaume alla déposer le petit dans son lit et revint avec une couverture et un oreiller pour Marie-Ève.
- Si tu n’as pas d’obligation, tu peux rester à dormir.
- Mais j’arrive comme ça par hasard et je prends racine. Je suis pas mal dérangeante.
- Tu ne me déranges pas du tout, au contraire. J’ai passé une excellente soirée et je suis très heureux de t’avoir revue. Te souviens-tu la première fois qu’on s’est vus ? Tu es arrivée comme ça chez nous et nous t’avons invitée à souper.
- Oui, je m’en souviens. C’était en décembre…, le soir où ma mère avait tenté de se suicider.
- Oh ! Excuse-moi Marie-Ève, je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs.
- Ça fait juste huit ans aujourd’hui tu sais. C’est pour ça que je suis venue dans le quartier aujourd’hui. Je ne veux pas oublier maintenant. J’essaie au contraire de me rappeler ce qui s’est passé pour en sortir… Je fais une thérapie.
- C’est bon. Ça va t’aider. Avec ta mère ça n’a pas toujours été facile. Tu t’inquiétais toujours pour elle. Elle était si imprévisible. Je crois qu’il lui arrivait d’oublier que tu existais.
- Oui c’est vrai. Ma mère m’aimait mais elle n’était pas responsable. Elle était trop perturbée elle-même pour pouvoir me protéger. Des fois j’avais l’impression que c’était moi la mère. Elle partait sur un « trip » de jeux dans les vidéos pockers et elle oubliait de rentrer. Parfois on n’avait plus rien à manger… Elle prenait ses médicaments ; elle allait dans ses meetings ; ça commençait à bien aller ; et chaque fois que ça commençait à bien aller elle arrêtait de prendre ses médicaments ; elle lâchait tout et c’était à recommencer.
- Je ne savais pas que ta mère avait ce problème.
- Je n’en parlais pas. J’avais honte. Elle a commencé à jouer gros quand elle a essayé d’arrêter de boire. Elle a remplacé une dépendance par une autre. C’est souvent comme ça dans ce genre de problème.
- Et maintenant comment va-t-elle ? Est-ce que tu la vois encore ?
- Elle va mieux depuis quelques années. Elle s’est fait un chum dans ses groupes de douze étapes. Elle ne joue plus mais elle passe tout son temps dans les meetings. Au moins je peux dormir tranquille. Je ne suis plus inquiète pour elle.
Marie-Ève avait repris son air triste. Guillaume se rapprocha. Il passa son bras autour des épaules de la jeune fille et elle se glissa contre lui. Il proposa de mettre un autre film qu’il avait rapporté pour eux. Ils s’installèrent à deux sous la couverture profitant simplement de leur chaleur mutuelle et du rapprochement qui semblait parfaitement leur convenir.
- As-tu eu quelqu’un dans ta vie depuis ta rupture avec Annie ?
- Oui, mais pas très longtemps. Avec un enfant à mon âge ce n’est pas facile d’établir une relation. Nathan prend beaucoup de place dans ma vie. Il me faudrait quelqu’un qui soit capable d’être confortable avec mon fils. Peut-être une ancienne gardienne, tiens…
Il avait dit cette dernière phrase avec un regard malicieux vers Marie-Ève. Elle sentit une chaleur nouvelle monter en elle. Peut-être que ce mois de décembre serait finalement moins froid qu’elle ne l’avait anticipé.
FIN