L’humilité
est une vertu
L’humilité
est une vertu. C’est ce que nous avons appris dans notre enfance
et pour nous, cette notion de vertu évoque trop souvent une
réminiscence de notre passé religieux. Humilité est synonyme d’humiliation
et nous avons l’impression de nous abaisser en faisant acte d’humilité.
Dans notre petit catéchisme, l’acte d’humilité se lisait comme
suit :
« Mon
Dieu, je ne suis que cendre et poussière ; réprimez les
mouvements d’orgueil qui s’élèvent dans mon âme, et
apprenez-moi à me mépriser moi-même, vous qui résistez aux
superbes et qui donnez votre grâce aux humbles. »
Il
n’est pas étonnant que, tout au fond de nous, l’humilité
évoque encore aujourd’hui l’aplat- ventrisme et la soumission
à l’autorité de sa sainte mère l’Église qui régnait alors
sur la société.
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L’orgueil
nous protège
La
« persona » moderne ne veut pas être humble. Elle se
distingue et refuse de s’écraser envers quiconque. Nous sommes
fier et nous nous tenons debout et marchons seul…seul…seul…
Pour
tenir à notre image sociale, nous nous condamnons à l’isolement.
Nous ne dévoilons pas nos faiblesses et notre souffrance profonde.
Dans notre milieu de travail et dans notre famille, nous faisons
bonne figure. Nous partageons les bons coups, pas les mauvais. Tout
semble aller pour le mieux dans les autres familles et pour les
autres alors nous aussi nous faisons « comme si ». Puis
un beau jour un de nos collègue de travail dont nous ignorions la
détresse profonde se suicide. Finalement ça n’allait pas si bien
pour lui mais nous ne le savions pas.
Et
puis un beau jour nous apprenons que le fils d’un ami a été
retrouvé mort par overdose dans un parc public. Nous ne comprenons
pas. Il est difficile de comprendre avant que notre propre système
de référence ne se soit effondré.
Nous
croyons fermement que lorsqu’un malheur arrive aux autres c’est
parce qu’ils ont fait quelque chose de pas correct. Nous à leur
place nous aurions fait mieux. Ils n’avaient qu’à faire ceci ou
cela. Nous pouvons juger les autres jusqu’à ce qu’un jour nous
devenions celui qui est jugé. Nous sommes en dépression, nous
faisons faillite, nos enfants sont déviants ou marginaux et, pour
les biens pensants, nous devenons l’autre à
« juger ». Difficile pour l’orgueil. Vers qui pouvons
nous alors nous tourner? Porterons-nous seul le poids de la honte et
de la culpabilité?
Nous
pouvons être tenté de nous draper encore plus intensément dans
notre manteau d’orgueil et de fierté et accuser « le
système », « l’école », « la
télévision » ou « la culture », « notre
éducation » ou « notre enfance malheureuse » de
ce qui est venu nous atteindre.
Je
me souviens, dans une émission sur le suicide des jeunes, d’un
psychiatre dont les deux fils s’étaient suicidé et qui disait
que s’était la musique « satanique » qu’ils
écoutaient qui les avait incité au suicide. Mais qu’est-ce qui
amène donc les jeunes à écouter si avidement cette musique ?
J’aurais aimé que cet homme là puisse avoir accès à sa
souffrance et à celle de ses enfants.
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Souffrir
d’une blessure mortelle
L’orgueil
est un des nombreux visage du narcissisme. Pour Thomas Moore, le
narcissisme est le revers de l’humilité et la seule manière de
vaincre notre narcissisme est de souffrir d’une blessure mortelle.
Cette souffrance nous permet alors de déchirer l’image de
nous-mêmes que nous avons soigneusement élaborée et maintenue.
Je
me souviens de ma première blessure mortelle. J’avais vingt ans.
Je voulais terminer mes études collégiales et j’étais enceinte
de quatre mois. J’avais décidé d’avoir cet enfant et de l’élever
seule. J’étais démunie et sans ressources. Mes amis s’étaient
envolés et je ne voulais pas, par fierté, avoir à demander quoi
que ce soit à ma famille.
Un
vendredi après-midi je suis arrivée au bout de ma résistance
psychologique. J’étais seule dans un logement miteux de demi
sous-sol mal meublé, mal chauffé, mal éclairé. Je n’avais plus
d’argent et rien à manger dans le frigo. Je n’avais personne à
qui parler et je n’avais même pas le téléphone chez-moi. La
veille, je m’étais arrêtée au bord du trottoir à me demander
ce que ça ferait de se laisser glisser doucement sous un gros
camion qui avançait dans la rue. Je pourrais disparaître et plus
rien ne ferait mal. C’était une toute petite pensée suicidaire
mais je voyais encore le soleil qui brillait très fort dans le ciel
malgré le froid piquant de l’hiver. Je ne voulais pas mourir, je
voulais juste que la souffrance s’arrête.
J’ai
pris la dernière pièce de monnaie qui me restait et je suis sortie
pour appeler à l’aide à partir d’une cabine de téléphone
public. Il faisait froid. J’avais froid par en dedans. Le monde
était gris. Je grelottais. J’ai trouvé le numéro de téléphone
des services sociaux. Il était quatre heures. J’ai dis :
-
J’ai besoin d’aide. Je veux que quelqu’un s’occupe de
moi.
Je
parlais avec une réceptionniste. Elle m’a dit de rappeler lundi.
J’ai dis :
-
J’ai besoin d’aide maintenant. J’ai mis ma dernière pièce
dans le téléphone. Je n’ai plus d’argent. Je n’ai plus rien
à manger et je suis enceinte de quatre mois.
Elle
a dit :
-
Bon attends une minute, je vais voir s’il reste quelqu’un au
bureau.
Et
quelqu’un est venu. J’ai essayé encore de dire quelques mots
mais ça ne passait plus. Je me suis mise à chialer comme un
bébé. Elle m’a juste demandé mon adresse. Elle m’a dit d’aller
me coucher et qu’elle venait me voir chez-moi. C’était ma
première expérience d’humilité. Ça m’a fait un bien énorme.
Juste d’admettre que je n’étais plus capable d’y arriver
toute seule et que j’avais besoin d’aide. Et quelqu’un m’a
aidé.
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La
première étape
L’humilité
est une étape que nous avons à refaire plusieurs fois dans notre
vie. Parce que nous résistons toujours beaucoup à tout ce qui
viens remettre en question cette « image soigneusement
élaborée de nous même ». Chaque fois que l’image se
défait, nous la reconstruisons pour la perdre encore un peu plus
loin dans une autre épreuve.
Les
gens qui appellent à l’aide dans toutes les lignes d’écoute,
ceux qui se joignent à des groupes d’entraide ou à des
mouvements en douze étapes, ceux qui vont demander de l’aide en
thérapie sont tous à cette étape.
Ayant
participé à plusieurs reprises à des groupes d’entraide, j’ai
réalisé que les nouveaux arrivants ont souvent cette réaction
viscérale de ne pas être capable de s’identifier au groupe. Ils
se disent tout bas ou en commentaire en dehors du groupe :
« ils ont l’air de ceci ou de cela, moi je ne suis pas comme
eux. ». C’est encore l’orgueil, ce refus de faire partie
de l’humanité souffrante. Certains ne reviennent pas. Certains
reviennent par désespoir, parce qu’ils sont au bout de leurs
ressources et qu’ils n’ont pas d’autres choix. Ils ont parfois
encore un long chemin à parcourir pour reconnaître qu’ils sont
incapables de s’en sortir tout seul et qu’ils ont besoin d’aide.
La
première étape lorsque nous commençons à cheminer vers le
rétablissement, c’est d’admettre que nous sommes impuissants, c’est
avouer aux yeux de nos familles, de nos amis, de nos pairs et à nos
propres yeux que nous sommes en situation d’échec. Pour admettre
notre impuissance, nous devons d’abord en faire l’expérience, c’est-à-dire
souffrir de cette blessure mortelle qui nous permet de constater
notre manque de pouvoir sur la vie et les événements.
J’ai
aussi remarqué que dans les groupes d’entraide, il y a quelque
chose de profondément différent de ce que l’on retrouve dans le
reste de la société. Il y a l’acceptation de chacun tel qu’il
est. Plus nous avons admis notre propre impuissance et plus nous
sommes en mesure d’accepter les autres tels qu’ils sont. Et
parallèlement, dans les moments de « fracture », nous
saurons être touché par ceux qui sont passé en avant de nous sur
la route et qui se tournent pour nous tendre la main.
Les
gens humbles nous attirent parce qu’ils ne nous jugent pas. Ils
ont la capacité d’être vrais et avec eux nous sentons que nous
ne sommes plus seuls.
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RÉSUMÉ
DE DISCUSSION
À
cette première discussion du groupe Le Tour De Table, nous étions
un petit groupe de 6 personnes : deux hommes et quatres femmes
entre 44 et 57 ans.
Quelques
personnes ont mentionné, en début de réunion, que le thème
abordé leur semblait arride et qu’ils ne se sentaient pas
tellement à l’aise avec l’humilité. Pour l’autre partie du
groupe, au contraire, l’humilité apparaîssait comme une règle
de vie et consistait simplement à accepter d’être ce que l’on
est.
Un
participant a dit qu’il avait vu dans le texte sur l’humilité
« une histoire à problème » et qu’il ne se
reconnaissait pas dans cette démarche. D’autres ont témoigné d’expériences
semblables vécues et qui leur ont aussi permis de « lâcher
prise » sur ce qu’ils croyaient pouvoir contrôler.
J’ai
demandé aux participants, dans un tour de table, de nous raconter
un peu qu’elle était leur vision du monde à l’âge de dix ans.
L’humiliation, la fierté et le détachement sont ressortis comme
ayant été des expériences précoces dans la vie de chacun.
Certains se sont sentis écrasés par l’autorité du père ou de
la mère, d’autres ont réagi par le détachement avec l’idée
qu’ils étaient étrangers et différents de leur famille. Une
personne a mentionné que, pour elle, le sentiment d’humiliation
venait du fait qu’elle savait faire partie d’une famille
dysfonctionnelle, porteuse d’une tare. Enfin, un participant a
reconnu qu’il s’était toujours considéré comme une personne
« spéciale » et que cette impression l’avait aidé à
passer au travers d’une enfance difficile marquée par l’abandon.
Nos
expériences précoces ont imprégné profondément notre vision du
monde et, ce qui nous a permis de survivre au départ, est devenu
pour certains un handicap jamais tout à fait surmonté.
Nous
réalisons finalement que nous portons tous intérieurement une part
d’orgeuil et une part d’humilité. Lorsque nous nous sentons en
confiance, acceptés et acceuillis, nous pouvons nous permettre,
dans une plus grande ouverture, d’être simplement
nous-mêmes : spécial, fier, timide, simple ou orgeuilleux,
mais toujours un peu mieux dans notre peau.
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COMMENTAIRES
«...Bonjour!
En
naviguant au hasard ce matin, je suis arrivée sur votre site.
J'ai pris soins de le découvrir et de m'arrêter sur le texte
traitant de l'humilité.
Après
l'avoir lu et pris connaissance du résumé de la première
discussion je vous fais part de mon petit commentaire.
Qui
n'a pas été humilié un jour au l'autre au cours de sa vie?...Dès
notre entrée à l'école, les enfants et adolescents portent des
jugements sur tout ce qui n'est pas considéré comme étant la
norme: grosseur, couleur de la peau, apparence, tenue
vestimentaire, orientation sexuelle..
Ces
différences qu'ils ne sont pas prêts d'accepter tant par leur trop
jeune âge, mais aussi inculquées par la famille sont souvent
source d'humiliation, surtout à l'adolescence où la tempête
sévit dans notre corps; changement d'apparence, humeur, recherche
de son identité.
Certaines
humiliations seront facilements surmontées d'autres nous
demanderons plus de temps et de support de notre entourage.
Oui,
nous pouvons être bien dans notre peau malgré les tars que nous
portons, dans la mesure où nous pouvons être "reconnue",
par notre famille, nos amis, ou par le biais de groupes
d'entraide...»
Johanne
Côté, 6 décembre 2000
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