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Groupe de discussion    Le Tour de Table     animé par :Solange St-Pierre

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L’humilité

Citation (C.Whitfield)

L'Humilité est une vertu

L'orgueil nous protège

Souffrir d’une blessure mortelle

La première étape

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’humilité c’est d’être ouvert à la connaissance de soi-même, de sa Puissance supérieure et de celle des autres. Ces dimensions représentent une aide puissante dans le rétablissement de presque toutes les blessures. Lorsqu’on est humble (ce qui est loin de vouloir dire être une créature rampante ou un paillasson), il est possible d’abandonner ses frontières de façon saine, de sorte que l’on puisse découvrir des choses nouvelles et possiblement salubres à propos de soi et des autres.

C. Whitfield

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L’humilité est une vertu

L’humilité est une vertu. C’est ce que nous avons appris dans notre enfance et pour nous, cette notion de vertu évoque trop souvent une réminiscence de notre passé religieux. Humilité est synonyme d’humiliation et nous avons l’impression de nous abaisser en faisant acte d’humilité. Dans notre petit catéchisme, l’acte d’humilité se lisait comme suit :

« Mon Dieu, je ne suis que cendre et poussière ; réprimez les mouvements d’orgueil qui s’élèvent dans mon âme, et apprenez-moi à me mépriser moi-même, vous qui résistez aux superbes et qui donnez votre grâce aux humbles. »

Il n’est pas étonnant que, tout au fond de nous, l’humilité évoque encore aujourd’hui l’aplat- ventrisme et la soumission à l’autorité de sa sainte mère l’Église qui régnait alors sur la société.

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L’orgueil nous protège

La « persona » moderne ne veut pas être humble. Elle se distingue et refuse de s’écraser envers quiconque. Nous sommes fier et nous nous tenons debout et marchons seul…seul…seul…

Pour tenir à notre image sociale, nous nous condamnons à l’isolement. Nous ne dévoilons pas nos faiblesses et notre souffrance profonde. Dans notre milieu de travail et dans notre famille, nous faisons bonne figure. Nous partageons les bons coups, pas les mauvais. Tout semble aller pour le mieux dans les autres familles et pour les autres alors nous aussi nous faisons « comme si ». Puis un beau jour un de nos collègue de travail dont nous ignorions la détresse profonde se suicide. Finalement ça n’allait pas si bien pour lui mais nous ne le savions pas.

Et puis un beau jour nous apprenons que le fils d’un ami a été retrouvé mort par overdose dans un parc public. Nous ne comprenons pas. Il est difficile de comprendre avant que notre propre système de référence ne se soit effondré.

Nous croyons fermement que lorsqu’un malheur arrive aux autres c’est parce qu’ils ont fait quelque chose de pas correct. Nous à leur place nous aurions fait mieux. Ils n’avaient qu’à faire ceci ou cela. Nous pouvons juger les autres jusqu’à ce qu’un jour nous devenions celui qui est jugé. Nous sommes en dépression, nous faisons faillite, nos enfants sont déviants ou marginaux et, pour les biens pensants, nous devenons l’autre à « juger ». Difficile pour l’orgueil. Vers qui pouvons nous alors nous tourner? Porterons-nous seul le poids de la honte et de la culpabilité?

Nous pouvons être tenté de nous draper encore plus intensément dans notre manteau d’orgueil et de fierté et accuser « le système », « l’école », « la télévision » ou « la culture », « notre éducation » ou « notre enfance malheureuse » de ce qui est venu nous atteindre.

Je me souviens, dans une émission sur le suicide des jeunes, d’un psychiatre dont les deux fils s’étaient suicidé et qui disait que s’était la musique « satanique » qu’ils écoutaient qui les avait incité au suicide. Mais qu’est-ce qui amène donc les jeunes à écouter si avidement cette musique ? J’aurais aimé que cet homme là puisse avoir accès à sa souffrance et à celle de ses enfants. 

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Souffrir d’une blessure mortelle

L’orgueil est un des nombreux visage du narcissisme. Pour Thomas Moore, le narcissisme est le revers de l’humilité et la seule manière de vaincre notre narcissisme est de souffrir d’une blessure mortelle. Cette souffrance nous permet alors de déchirer l’image de nous-mêmes que nous avons soigneusement élaborée et maintenue.

Je me souviens de ma première blessure mortelle. J’avais vingt ans. Je voulais terminer mes études collégiales et j’étais enceinte de quatre mois. J’avais décidé d’avoir cet enfant et de l’élever seule. J’étais démunie et sans ressources. Mes amis s’étaient envolés et je ne voulais pas, par fierté, avoir à demander quoi que ce soit à ma famille.

Un vendredi après-midi je suis arrivée au bout de ma résistance psychologique. J’étais seule dans un logement miteux de demi sous-sol mal meublé, mal chauffé, mal éclairé. Je n’avais plus d’argent et rien à manger dans le frigo. Je n’avais personne à qui parler et je n’avais même pas le téléphone chez-moi. La veille, je m’étais arrêtée au bord du trottoir à me demander ce que ça ferait de se laisser glisser doucement sous un gros camion qui avançait dans la rue. Je pourrais disparaître et plus rien ne ferait mal. C’était une toute petite pensée suicidaire mais je voyais encore le soleil qui brillait très fort dans le ciel malgré le froid piquant de l’hiver. Je ne voulais pas mourir, je voulais juste que la souffrance s’arrête.  

J’ai pris la dernière pièce de monnaie qui me restait et je suis sortie pour appeler à l’aide à partir d’une cabine de téléphone public. Il faisait froid. J’avais froid par en dedans. Le monde était gris. Je grelottais. J’ai trouvé le numéro de téléphone des services sociaux. Il était quatre heures. J’ai dis :

-    J’ai besoin d’aide. Je veux que quelqu’un s’occupe de moi.

Je parlais avec une réceptionniste. Elle m’a dit de rappeler lundi. J’ai dis :

-    J’ai besoin d’aide maintenant. J’ai mis ma dernière pièce dans le téléphone. Je n’ai plus d’argent. Je n’ai plus rien à manger et je suis enceinte de quatre mois.

Elle a dit :

-    Bon attends une minute, je vais voir s’il reste quelqu’un au bureau. 

Et quelqu’un est venu. J’ai essayé encore de dire quelques mots mais ça ne passait plus. Je me suis mise à chialer comme un bébé. Elle m’a juste demandé mon adresse. Elle m’a dit d’aller me coucher et qu’elle venait me voir chez-moi. C’était ma première expérience d’humilité. Ça m’a fait un bien énorme. Juste d’admettre que je n’étais plus capable d’y arriver toute seule et que j’avais besoin d’aide. Et quelqu’un m’a aidé.

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La première étape

L’humilité est une étape que nous avons à refaire plusieurs fois dans notre vie. Parce que nous résistons toujours beaucoup à tout ce qui viens remettre en question cette « image soigneusement élaborée de nous même ». Chaque fois que l’image se défait, nous la reconstruisons pour la perdre encore un peu plus loin dans une autre épreuve. 

Les gens qui appellent à l’aide dans toutes les lignes d’écoute, ceux qui se joignent à des groupes d’entraide ou à des mouvements en douze étapes, ceux qui vont demander de l’aide en thérapie sont tous à cette étape. 

Ayant participé à plusieurs reprises à des groupes d’entraide, j’ai réalisé que les nouveaux arrivants ont souvent cette réaction viscérale de ne pas être capable de s’identifier au groupe. Ils se disent tout bas ou en commentaire en dehors du groupe : « ils ont l’air de ceci ou de cela, moi je ne suis pas comme eux. ». C’est encore l’orgueil, ce refus de faire partie de l’humanité souffrante. Certains ne reviennent pas. Certains reviennent par désespoir, parce qu’ils sont au bout de leurs ressources et qu’ils n’ont pas d’autres choix. Ils ont parfois encore un long chemin à parcourir pour reconnaître qu’ils sont incapables de s’en sortir tout seul et qu’ils ont besoin d’aide.

La première étape lorsque nous commençons à cheminer vers le rétablissement, c’est d’admettre que nous sommes impuissants, c’est avouer aux yeux de nos familles, de nos amis, de nos pairs et à nos propres yeux que nous sommes en situation d’échec. Pour admettre notre impuissance, nous devons d’abord en faire l’expérience, c’est-à-dire souffrir de cette blessure mortelle qui nous permet de constater notre manque de pouvoir sur la vie et les événements.

J’ai aussi remarqué que dans les groupes d’entraide, il y a quelque chose de profondément différent de ce que l’on retrouve dans le reste de la société. Il y a l’acceptation de chacun tel qu’il est. Plus nous avons admis notre propre impuissance et plus nous sommes en mesure d’accepter les autres tels qu’ils sont. Et parallèlement, dans les moments de « fracture », nous saurons être touché par ceux qui sont passé en avant de nous sur la route et qui se tournent pour nous tendre la main.

Les gens humbles nous attirent parce qu’ils ne nous jugent pas. Ils ont la capacité d’être vrais et avec eux nous sentons que nous ne sommes plus seuls.

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RÉSUMÉ DE DISCUSSION

À cette première discussion du groupe Le Tour De Table, nous étions un petit groupe de 6 personnes : deux hommes et quatres femmes entre 44 et 57 ans. 

Quelques personnes ont mentionné, en début de réunion, que le thème abordé leur semblait arride et qu’ils ne se sentaient pas tellement à l’aise avec l’humilité. Pour l’autre partie du groupe, au contraire, l’humilité apparaîssait comme une règle de vie et consistait simplement à accepter d’être ce que l’on est.

Un participant a dit qu’il avait vu dans le texte sur l’humilité « une histoire à problème » et qu’il ne se reconnaissait pas dans cette démarche. D’autres ont témoigné d’expériences semblables vécues et qui leur ont aussi permis de « lâcher prise » sur ce qu’ils croyaient pouvoir contrôler. 

J’ai demandé aux participants, dans un tour de table, de nous raconter un peu qu’elle était leur vision du monde à l’âge de dix ans. L’humiliation, la fierté et le détachement sont ressortis comme ayant été des expériences précoces dans la vie de chacun. Certains se sont sentis écrasés par l’autorité du père ou de la mère, d’autres ont réagi par le détachement avec l’idée qu’ils étaient étrangers et différents de leur famille. Une personne a mentionné que, pour elle, le sentiment d’humiliation venait du fait qu’elle savait faire partie d’une famille dysfonctionnelle, porteuse d’une tare. Enfin, un participant a reconnu qu’il s’était toujours considéré comme une personne « spéciale » et que cette impression l’avait aidé à passer au travers d’une enfance difficile marquée par l’abandon.

Nos expériences précoces ont imprégné profondément notre vision du monde et, ce qui nous a permis de survivre au départ, est devenu pour certains un handicap jamais tout à fait surmonté. 

Nous réalisons finalement que nous portons tous intérieurement une part d’orgeuil et une part d’humilité. Lorsque nous nous sentons en confiance, acceptés et acceuillis, nous pouvons nous permettre, dans une plus grande ouverture, d’être simplement nous-mêmes : spécial, fier, timide, simple ou orgeuilleux, mais toujours un peu mieux dans notre peau.

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COMMENTAIRES

«...Bonjour!

En naviguant au hasard ce matin, je suis arrivée sur votre site.  J'ai pris soins de le découvrir et de m'arrêter sur le texte traitant de l'humilité.

Après l'avoir lu et pris connaissance du résumé de la première discussion je vous fais  part de mon petit commentaire.

Qui n'a pas été humilié un jour au l'autre au cours de sa vie?...Dès notre entrée à l'école, les enfants et adolescents portent des jugements sur tout ce qui n'est pas considéré comme étant la norme:  grosseur, couleur de la peau, apparence, tenue vestimentaire, orientation sexuelle..

Ces différences qu'ils ne sont pas prêts d'accepter tant par leur trop jeune âge, mais aussi inculquées par la famille sont souvent source d'humiliation, surtout à l'adolescence où la tempête sévit dans notre corps; changement d'apparence, humeur, recherche de son identité.

Certaines humiliations seront facilements surmontées d'autres nous demanderons plus de temps et de support de notre entourage.

Oui, nous pouvons être bien dans notre peau malgré les tars que nous portons, dans la mesure où nous pouvons être "reconnue", par notre famille, nos amis, ou par le biais de groupes d'entraide...»

Johanne Côté, 6 décembre 2000

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