Groupe de discussion
« Si nous avons toujours raison ou si nous avons toujours peur de nous tromper, que nous reste-t-il à apprendre ? Nous sommes secrètement convaincus de tout savoir. C’est là un grave problème si nous voulons nous libérer, car la vraie liberté est proportionnelle à ce que nous sommes disposés à découvrir sur nous-mêmes. »
Guy Finlay
Solange St-Pierre,
Quand j’ai commencé à penser à la
rédaction de mon texte sur le lâcher prise, j’étais aux prises avec une
question délicate pour moi. Je venais de vivre un épisode difficile par
rapport à la création du site Web de Palabre.
Après quelques tentatives de travail avec un
de nos collaborateur, lors des premières ébauches du site, j’ai réalisé un
jour que la faille allait en s’élargissant entre nos deux points de vue. Je
voulais que l’image du site me ressemble, mon collaborateur le voyait
autrement. Je voulais pouvoir dire ce que j’en pensais, ce qui me convenait et
ce qui ne me convenait pas. Je voulais aussi que nous établissions des
objectifs de travail et des échéanciers (par exemple j’avais besoin que le
site soit fonctionnel et que tous les liens soient actifs pour le début de mes
discussions). Et chaque fois que je lui parlais de mes attentes et de mes
désirs, il me reflétait que j’étais une personne contrôlante et que je
voulais tout diriger. Il me disait que dans un travail d’équipe on doit
apprendre à laisser à chaque personne son champ de responsabilité. Il
travaillait bénévole comme nous tous et voulait aussi y trouver son plaisir.
Je suis donc ressortie de ma dernière
tentative de collaboration avec lui avec une grosse boule dans l’estomac,
beaucoup de déception, un sentiment d’impuissance, une grande anxiété par
rapport à la réalisation des objectifs que je m’étaient fixés et une
certaine gêne de continuer à publiciser un site Web qui ne me convenait pas et
où je constatais que je n’avais plus grand chose à dire.
C’est alors que j’ai pensé à la
rédaction de mon texte. J’ai pris le livre de Guy Finlay, dont j’avais l’intention
de m’inspirer, et je me suis dis : « Voici une belle occasion pour
moi de pratiquer le lâcher prise. ».
Lâcher prise m’est toujours apparu comme la
chose la plus difficile à faire. Pour lâcher prise, il faut d’abord tenir à
quelque chose. Quand je tiens beaucoup à quelque chose, je m’enthousiasme et
Palabre en est un bel exemple. C’est un rêve, un projet qui me tient à cœur.
Je l’ai investi d’une forte charge émotive. Je me projette dans l’avenir
et j’y vois déjà toutes les réalisations possibles. Je suis fière par
anticipation et je pourrais y travailler pendant des heures. Mais Palabre est
une réalisation collective dont la mission est :
Une communauté d’esprit…
… un esprit de communauté
Ça n’allait pas très bien avec ce que je
ressentais. Consciemment je me disais que je devais lâcher prise, mais lâcher
prise sur quoi ? Sur ma collaboration avec cette personne ? Sur ma
vision du site ? Sur mon empressement à ce que le site soit
fonctionnel ? Sur les délais que je m’étais donnés ?
Aucune de ces solutions ne me convenait. Je
voulais encore que tout cela se réalise. Je n’avais pas envie de lâcher
prise. Il y avait quelque chose en moi qui tenait, qui retenait, qui protestait
et qui ne voulait absolument pas lâcher.
Alors j’ai commencé une nouvelle lecture du
livre avec l’idée que j’allais peut-être arriver à dénouer ce gros nœud.
La lecture du livre de Guy Finlay fut rafraîchissante. Elle m’apporta la distance nécessaire pour réexaminer le problème sous un angle nouveau. Je découvris d’abord que je n’avais pas à me sacrifier ni à sacrifier quoi que ce soit pour résoudre mes difficultés :
« Lâcher prise ne signifie pas vivre dans le
regret de ce qui aurait pu être. »
« Lâcher prise ne signifie pas diminuer nos
attentes. »
« Lâcher prise ne signifie pas prétendre qu’on peut laisser tomber ce qui nous tiens à cœur à tout moment. »
Selon Guy Finlay, lâcher prise est une expérience personnelle qui a surtout à voir avec la sincérité que l’on a envers soi-même. On affronte une situation au niveau où on la comprend. À chaque fois que nous comprenons mieux une de nos réactions négatives, elle perd un peu de son emprise sur nous. Ce qu’elle perd nous le gagnons. Ce n’est pas l’événement qui nous perturbe mais plutôt notre réaction face à cet événement. L’univers de nos pensées, de nos sentiments, de nos élans et de nos désirs est sous notre responsabilité et notre capacité de voir clair dans cet univers dépend de notre niveau spirituel.
« Le dehors dépend du dedans. »
« N’essayez pas de changer le monde qui vous
entoure. Changez plutôt votre attitude et votre point de vue. »
« La prochaine fois que vous serez anxieux ou craintif face à un problème, avant de faire quoi que ce soit d’autre : ARRÊTEZ-VOUS, REGARDEZ et ÉCOUTEZ. »
Nous devons reconnaître qu’aucun état d’esprit ne mettra fin de lui-même à sa propre existence. Plutôt que de laisser les sentiments négatifs nous guider, nous devons prendre une distance bénéfique avant d’agir. En observant, nous permettons à notre nature supérieure de régner sur les pensées et les sentiments qui autrement nous assailleraient. Ce point de vue nous confère une plus grande capacité de détachement. L’observateur muet qu’est notre Témoin intérieur ne réfléchit pas. Il voit. La frustration s’estompe et cède la place à l’apprentissage. Notre champ de vision intérieure s’élargit et ce que nous voyons nous bouleverse moins.
« Plus nous évoluons intérieurement, plus notre
vie devient facile. »
Choisissons de nous consacrer au seul travail dont les effets perdurent : le travail sur soi-même.
« En abordant la vie de cette façon vous ne
perdrez plus d’énergie à vous démener pour faire vos preuves, aux yeux des
autres et à vos propres yeux. »
« C’est notre nature supérieure qui nous permet de renoncer aux pensées et aux sentiments restrictifs et terrifiants qui obscurcissent notre vie. »
Nous devons simplement nous poser la question : « Qu’y-a-t’il en moi qui tient à souffrir ? » « Ces sentiments sont-ils bons pour moi ? ». Les crises que nous traversons comportent une leçon et nous en retirons les plus grands bienfaits si nous ne quittons pas la classe. Le choix supérieur est celui de ne rien faire et de laisser le pouvoir silencieux accomplir ce que nous ne savons pas accomplir.
« Toute
crise est une rencontre avec la vérité. »
La crise ne sera un échec que si nous refusons d’y voir une croisée de chemins et si nous acceptons l’enseignement qu’elle contient. Ce malaise avoué est en réalité une acceptation du conflit à un niveau plus conscient. Nous observons les bienfaits engendrés par le fait de demeurer lucide et présent.
C’est le conflit intérieur qui nous fait
souffrir. Par conséquent, l’accord profond avec nous-même sera la solution
pour rompre le sortilège. Nous pénétrons dans l’univers réel où tout est
entier, y compris nous-même. Notre intuition supérieure sait que nous devons
vaincre en les traversant les résistances que nous avons jusque là tenté de
contourner. Il nous faut parfois sortir des sentiers battus et du besoin d’approbation
sans nous sentir coupable de ce que notre vision supérieure nous révèle.
Le résultat de cette lecture ne m’est pas
apparu instantanément. La grosse boule dans l’estomac, la déception et le
sentiment d’impuissance sont restés présents pendant quelques temps. J’ai
finalement compris que ma plus grande peur était celle d’être cette personne
contrôlante que l’autre voyait. Je craignais sa critique et je n’arrivais
pas à ouvrir sur ce sujet parce que j’étais paralysée par la peur du rejet.
Je ne me sentais pas respectée, mes frontières étaient envahies et je
réalisais qu’au plus profond de moi, je n’avais pas envie de me confronter
avec lui pour savoir qui avait « raison ». Je ne voulais pas avoir
« raison ». Je voulais juste être bien et pour être bien, il me
fallait sortir de cette toile d’araignée tissée trop serrée.
J’ai laissé passer quelques semaines. J’ai
choisi de retarder certaines échéances. J’ai renseigné les autres sur l’impasse
où nous nous trouvions et j’ai attendu encore un peu. Et puis je me suis
sentie assez forte pour agir malgré la peur. J’ai parlé de la possibilité
de confier la réalisation du site à une tierce personne qui serait
indépendante. J’ai suggéré de redéfinir le projet en formant une équipe
de régie interne qui se chargerait de la planification et de la définition des
contenus. Je lui ai proposé de s’inclure dans un rapport où nous pourrions
tous nous sentir égaux.
En me concentrant sur mes propres émotions,
je l’ai laissé réagir à tout cela et j’ai finalement réalisé que j’avais
réussi à franchir cette étape en pleine conscience de ma peur du jugement et
du rejet. Ça faisait moins mal et je pouvais ainsi permettre à l’autre de
réagir librement et accepter les décisions qui s’en suivirent pour lui.
Nos défauts de caractère sont souvent
reliés à la peur et au manque de confiance. En lâchant prise sur ce qui nous
empêche d’être complètement nous-même, nous pouvons enfin laisser émerger
notre nature supérieure qui n’est ni contrôlante, ni poltrone, ni
vindicative.
Les défenses que nous avons construites pour
nous protéger font partie du faux moi dont l’autre nom est l’orgueuil.
Lorsque nous agissons en fonction de notre nature supérieure, nos actions sont
naturellement empreintes de calme, de paix intérieure et de sagesse et, au cœur
des situations les plus difficiles, apparaissent alors des solutions qui peuvent
nous permettre de progresser sans blesser les autres et sans nous sentir blessés.
Résumé de la discussion
Cette notion de lâcher prise ne semble pas
facile à comprendre pour la majorité d’entre nous et encore plus difficile
à pratiquer.
Les participants à cette rencontre du 4 avril
2000, invités à s’exprimer sur ce qu’ils entendaient par cette expression
ont eu des réponses variées. Pour les deux participants qui avaient lus le
livre de Guy Finlay, le lâcher prise est essentiellement un travail sur les
émotions. À partir du moment ou l’on
prend conscience d’un malaise, l’attention se tourne vers l’intérieur
pour comprendre ce qui se passe en nous. Il semble qu’être en accord avec
soi-même et apprendre à s’estimer et à s’accepter tel que l’on est soit
la clé du lâcher prise.
Pour les autres participants, la notion de
lâcher prise pouvait, selon leur compréhension, s’appliquer à leur manière
d’être en relation avec le monde extérieur. Ils ont mentionné avoir une
propension à ne pas retenir leurs émotions et à régler les choses au fur et
à mesure pour ne pas être perturbés intérieurement (il faut que ça
sorte !…).
Dans la deuxième partie de la discussion,
nous avons parlé des « sentiments restrictifs et terrifiants qui
obscurcissent notre vie ». Nous avons parlé de la difficulté d’abandonner
nos frontières sécuritaires pour explorer le monde dans de nouveaux aspects.
Les difficultés de lâcher prise sont énormes, par exemple, sur les émotions
négatives et les blessures découlant d’une perte ou d’une rupture
amoureuse. Nous avons constaté qu’il nous est parfois difficile d’abandonner
la colère, la souffrance, la désillusion et la fermeture qui ont été le
résultat de nos expériences de vie. Pour certains il y a quelque chose qui
retient tout au fond et qui n’est pas encore réglé. Nous avons tous plus ou
moins des zones ou nous sommes retenus par la peur et d’autres ou nous avons
une plus grande confiance. C’est à partir de nos expériences plus positives
que nous pouvons retravailler sur les aspects les plus fragiles de notre
personnalité.