Groupe de discussion
25 avril 2000
Nul ne peut se sentir, à la fois,
responsable et désespéré.
A. de St-Exupéry
Solange St-Pierre,
Quelle est la différence entre se sentir
coupable et se sentir responsable?
La culpabilité est un sentiment qui accable
et qui détruit notre confiance sans toutefois nous permettre d’agir. Je me
sens coupable de quelque chose que j’ai fait ou que je n’ai pas fait et que
« j’aurais du » faire. Je me ronge et je me fais des reproches à
ce sujet. Je suis mauvaise. Je n’ai pas su faire, dire ou donner ce qu’il
fallait. Je me sens inadéquate devant les forces adverses de la vie. Il y a
toujours quelque chose qui va mal et que je suis tout à fait impuissante à
résoudre par mes propres moyens. Je ne suis pas bien là-dedans. Je voudrais
être ailleurs, autrement ; je voudrais être quelqu’un d’autre.
Après une période d’errance du côté de
la culpabilité qui ronge, lorsque je cesse la ronde interne des pensées
débilitantes ou qu’elle s’arrête d’elle-même parce que rendue au fond
du puits, je réalise que personne ne viendra me sauver. Je suis seule avec
moi-même. Je suis la seule personne qui puisse faire quelque chose pour sortir
de l’impasse ou je me suis dirigée. Je ne ferai pas de miracle, je n’aurai
pas de solution magique mais je vais faire humblement tout ce que je peux avec
les moyens dont je dispose. Je commence alors à être RESPONSABLE.
La responsabilité commence lorsque j’accepte
d’être entièrement qui je suis avec mes forces et mes faiblesses et que je
cesse enfin d’être paralysée dans l’inaction. La responsabilité est une
prise de conscience à la fois de notre pouvoir et de notre devoir. La
responsabilité est une force positive qui va dans le même sens que la Foi.
Parce que je crois en ma force intérieure, je peux et je dois faire quelque
chose (pas je devrais). J’agirai pour être capable de relever la tête de me
regarder dans le miroir sans m’en vouloir, pour pouvoir un jour être fière d’une
réalisation si minime soit-elle.
La culpabilité ronge et affaiblit, la
responsabilité redresse par l’intérieur, refait notre alignement interne et
nous permet enfin de recommencer à AGIR.
La dépression est l’état qui accompagne
généralement la culpabilité. Au fond du puit il n’y a pas de lumière. Nous
errons sans but avec l’immense fardeau de nos fautes de notre impuissance et
de notre insignifiance. La conscience de notre force ne nous rejoint plus, nous
avons coupé les ponts avec la lumière et la souffrance devient intolérable.
C’est la destruction totale ou partielle qui
se fera par l’alcool ou autres dépendances qui vont de pair avec notre
sentiment d’inadéquation, par la maladie et son cortège de médicaments ou
par le suicide. Le suicide est-il un acte de courage ? Quelqu’un a posé
cette question sur un forum auquel je participe sur l’internet. Le suicide est
le courage des dépressifs. Il leur apparaît comme la seule avenue possible. Au
fond du puits, dans le noir, au bout de leur errance il n’y a plus rien. Vivre
leur demanderait encore plus de courage. Ils ne savent pas ou le trouver.
Ceux qui touchent le fond se suicident ou
reviennent à la surface. Ceux qui en sont revenus nous diront qu’ils ont une
conscience plus claire et la fermeté de ceux qui ont confiance en leur pouvoir.
La dépression qui est un phénomène normal et fondamentalement sain indique l’imminence
de changements majeurs qui sont nécessaires à notre évolution. Pour sortir du
gouffre ou nous sommes, il nous faut abandonner notre manière actuelle de voir
la vie et nos problèmes. Il nous faut renoncer à certaines idées défaitistes
qui nous sont chères et prendre notre vie en main.
Selon Scott Peck, auteur du livre « Le chemin le moins fréquenté », faire la distinction entre ce dont nous sommes responsables et ce dont nous ne sommes pas responsables est l’un des plus grands problèmes de l’existence et qui n’est jamais tout à fait résolu.
Les névrosés ont tendance à tout prendre sur eux et nourissent ainsi de forts sentiments de culpabilité qui les paralysent dans leur évolution. Par contre les personnes souffrant de troubles du caractère ne se sentent tout simplement pas responsables de leurs problèmes et ne parviennent guère à les résoudre. Aussi longtemps que la faute est reportée sur quelqu’un d’autre ou sur quelque chose d’extérieur (le mauvais conjoint, l’école, les parents, la société, etc. ) les problèmes persistent.
Les névrosés font leur malheur, les personnes souffrant de troubles du caractère font le malheur des autres. En fait beaucoup d’individus souffrent à la fois de névrose et de trouble du caractère : dans certains domaines, ils se sentent coupables parce qu’ils assument des responsabilités qui ne sont pas les leurs, et, d’un autre côté, ils ne parviennent pas à se prendre réellement en charge.
La névrose et le trouble de caractère sont deux façon de nier notre RESPONSABILITÉ et de refuser d’entreprendre une action saine et constructive sur notre vie et sur les relations que nous avons choisies d’établir avec le monde. En refusant la responsabilité, la situation peut nous paraître de prime abord plus confortable, mais il y a un blocage important dans notre vie et dans notre évolution spirituelle.
Nous finissons par devenir un poids pour la société sur laquelle nous projettons notre malaise. Lorsque nous ne faisons pas partie de la solution, nous contribuons nécessairement au problème.
La neuvième étape se lit comme suit :
« Nous
avons fait amende honorable à toutes les personnes à qui nous avons causé du
tort, sauf si en le faisant, nous pouvions nuire ou faire du tort à d’autres. »
La neuvième étape est celle du redressement,
nous acceptons notre RESPONSABILITÉ. Elle est aussi l’étape de l’action,
nous commençons à AGIR, à poser des gestes concrets et perceptibles pour ceux
qui nous entourent. Après le changement de point de vue de la septième étape
et la reconnaissance de notre système relationnel perturbé (étape 8 sur la
manipulation) nous sommes maintenant prêts à entrer en action pour modifier
certains paramètres de notre vie. Cela demande du courage.
Cette étape rejoint aussi beaucoup la prière
de la sérénité qui est connue dans tous les groupes de douze étapes.
« Donnez-moi la sérénité d’accepter
les choses que je ne puis changer,
le courage de changer les choses que je peux,
et la sagesse d’en connaître la
différence. »