Patof vs Desrosiers (3/4)

Posté par Bespin le 23 mars 2004 dans Biographie
Édité : 12 novembre 2009 11:52

Patof blues... Jacques se retrouve à la tête d'une véritable entreprise : il endisque d'autres chansons, produit des gadgets Patof, donne des spectacles, bref, n'arrête pas une minute. Mais comme le succès ne vient jamais seul, la popularité du clown et surtout sa commercialisation commencent à soulever un tollé de critiques.


« Pas de la part du public mais de la part de certains journalistes; je dis certains, parce que ce n'était pas tous les gens de la presse. (...) Mais un médium d'information comme La Presse, consacra une série de sept articles pendant une semaine, sur le phénomène Patof et, durant sept jours, on pouvait voir la photo du clown, avec des titres aussi signifiants que : "Patof exploite-t-il les enfants?"  Je ne comprendrai jamais pourquoi, quand on parlait d'exploitation du clown, par rapport aux enfants, les magasins regorgeaient de produits "made in U.S.A." avec tous les personnages de Disney? Et, je ne comprenais pas non plus que dans le hall d'entrée de la Maison de Radio-Canada, on retrouvait un kiosque où l'on vendait des produits tirés des émissions enfantines telles que Bobino, Nic et Pic... etc1...? »
« L'erreur de Patof, c'est que lui, il vendait beaucoup! Alors, je crois que venant de là, ça a pu attirer une certaine jalousie. Dans le fameux article, on mettait en doute la valeur pédagogique du clown. je n'avais pas été engagé, je crois, comme pédagogue, mais pour divertir. Mon rôle était de faire le clown et d'amuser les enfants. On faisait des efforts du côté éducatif. Chénier se faisait aider par des spécialistes dans la matière pour ses textes mais ce n'étais pas une émission basée sur la pédagogie seulement sinon, les enfants nous auraient vite quittés car, au scolaire, ils en avaient assez de leurs cours. Nous n'étions là que pour distraire1. »
« Le personnage de Patof faisait partie du rêve et de l'univers des enfants. Pourquoi vouloir leur enlever? L'enfance, j'en ai eu une aussi et j'aurais bien aimé également avoir un Patof qui m'aurait amusé et permis de rêver, au lieu de passer mon enfance à genoux dans un coin, à regarder tristement par ma fenêtre, rue Chambly! Moi aussi, j'aurais aimé avoir un pyjama Patof pour me coucher et des jouets avec la photo de mon idole! Mais, en ce temps-là, il n'y avait pas de télévision, pas de jouets, pas de Patof, juste mon petit coussin gris1... »
« Plongé dans une réalité, morne et triste et face aux embûches de la vie, avoir un peu de rêve, quand on est enfant, c'est important! On devient déjà trop vite adulte, et on est trop vite plongé dans un réalisme brutal... J'ai vu des enfants de toutes les sortes, de toutes les couleurs! J'en ai pris sur mes genoux et j'en ai amusé beaucoup. Patof, c'était un monde pour eux. Vous auriez dû les voir toucher mon nez rouge, ils auraient voulu m'emmener chez eux1 ! »

Les émissions de « Patofville » se succèdent de plus belle, on confie également à Jacques l'animation d'une autre émission qui passera les samedis et dimanches du nom de « Patof raconte » (TM, 1975).  Malheureusement un drame vint assombrir le tableau. Pendant un enregistrement de « Patof raconte », le 14 septembre 1975, Gilbert Chénier est victime d'un malaise et se rend à l'hopital où on lui diagnostique une hépatite aigüe.  Six jours plus tard, le 20 septembre, Gilbert Chénier meurt à l'âge de 39 ans.  Jacques perd alors la personne en qui il avait le plus confiance.

« Gilbert qui était à mes côtés quand j'ai perdu ma mère, m'avait secondé, ne m'avait pas laissé d'une semelle pendant toute cette affreuse période et voilà maintenant que c'était lui qui me quittait. Je me sentais vraiment désemparé! Ce que nous avions vécu ensemble, nos grandes peines, nos grandes joies, TOUT S'ÉCROULAIT! Je venais de perdre un grand Ami1! »

La direction de Télé-Métropole remanie le décor, change de formule; l'action se déroulera désormais à la gare de Patofville.

« Nous avons trouvé un autre scripteur qui travaillait souvent avec Gilbert, comme collaborateur, au niveau des idées d'émissions, mais, sans faire de comparaisons, ce n'était pas la même chose et c'était normal parce que Gilbert avait vu naître Patof. (...) C'est lui aussi qui avait donné tout le côté féerique en écrivant les textes et toute sa dimension à l'émission par ses chansons et les situations qu'il inventait. La mort de Chénier avait tout chambardé et ralenti grandement l'élan de Patof1. »

La nouvelle émission connaît quand même du succès. Mais, parce que Télé-Métropole n'était pas préparée à ce genre de phénomène, elle veut désormais s'approprier les droits sur le personnage. Patof, qui dépassait largement le cadre de la télévision demeurait pourtant la propriété de son interprète...

« Avec les droits réservés que je m'étais accaparés, le seul pouvoir que Télé-Métropole avait sur le clown, était de l'enlever de l'horaire et d'arrêter la production de l'émission. C'est par principe que la "grosse machine" voulait reprendre les droits dérivés de Patof, et aussi pour éviter que dans le futur une situation du même genre ne se représente. Ce n'était pas seulement une question d'argent, ce que Patof retirait de ses produits, était quand même minime en comparaison des bénéfices que faisait la direction1 ... »
« C'est en pleine séance d'enregistrement, que je reçois un message du réalisateur, me disant de me présenter au bureau de la direction, dans le plus bref délai. Aussitôt que l'enregistrement est terminé, je monte au Bureau de Direction des programmes. C'est en habit de clown, que j'ai passé devant le comité et qu'il m'a été donné comme avertissement, que si je ne cédais pas mes droits, l'émission n'irait pas en onde et que Patof allait mourir de sa belle mort. Tout cela s'est fait dans un climat assez sarcastique, on m'envoyait des boutades comme : "Ça nous fait bizarre de discuter d'affaires avec un clown"; accompagnées de quelques rires étouffés... Le clown pensait en lui-même : "Attendez de vous retrouver devant le cirque d'avocats que je vous prépare..."1. »

Pendant deux semaine, l'émission ne passe pas en ondes, malgré les téléphones et les lettres de protestation. Après plusieurs discussions et négociations, une entente presqu'amicale survient. Desrosiers cède ses droits pour un contrat d'émissions de deux ans ferme. Il est à noter qu'il existe depuis l'expérience Patof, un bureau de droits dérivés à Télé-Métropole...

La série « Patofville » est rebaptisée « Patof voyage » (TM, 1976) et en voulant faire peau neuve, un nouveau personnage fait son apparition : la marionnette Monsieur Tranquille (Roger Giguère). Tranquille connaît rapidement le succès et passe au premier plan. Patof est relégué aux oubliettes...

« On me rappelle, on me demande si je veux faire l'émission de Tranquille, mais dans le rôle d'un nouveau personnage. Nous ferons une saison avec Eugène et Tranquille (TM, 1977), je passais au second plan, mais l'émission n'a pas connu le succès escompté. Ils trouvent une nouvelle formule la saison suivante avec Tranquille et un autre comédien, puis l'émission est retirée de l'horaire. C'est la fin du clown Patof à la télévision, parce que Tranquille était né de l'univers de Patof et maintenant il est, lui aussi, relégué aux oubliettes1... »

Patof reviendra amuser les enfants aux côtés de Nestor (Claude Blanchard) à l'été 1980, pour une série de spectacles.

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