Et ce qui devait arriver, arriva! (2/4)
« Après un long moment de congé sans solde, sans cabarets, sans
télévision, sans spectacles, je reçois un téléphone d'un réalisateur de
Télé-Métropole, qui voulait savoir si je pouvais jouer un rôle de Clown,
à l'émission du Capitaine
Bonhomme . Je lui demande si c'est un gag. Il me dit que non,
que c'est très sérieux. Si j'accepte, il me prendra à l'essai et, si
tout va bien, si je fais l'affaire, j'embarque dans la série pour le
reste de l'année. Il me laisse en me disant : "Penses-y et rappelle-moi
le plus tôt possible." J'avais pas sitôt raccroché que je mets à penser
: "Cout'donc, y veulent-tu rire de moi? Après dix-sept ans de métier! Y
peuvent prendre n'importe quel jeune comédien, le maquiller puis lui
faire faire le clown!"1 . »
Il téléphone à son ami Gilbert Chénier, qui l'encourage à accepter, prétextant qu'un clown est un rôle comme un autre dans le fond! Jacques accepte l'offre sans se douter de tout ce qui suivrait... Lors du « meeting de production » avec Michel Noël, Marthe Choquette, l'oncle Pierre ( Désiré Aerts) et le réalisateur, on définit le rôle.
« Le réalisateur attire l'attention sur les clowns russes, tout le monde trouve l'idée intéressante d'autant plus que la Russie est un pays mystérieux et intriguant. Pourquoi pas le faire sortir de la Sibérie, d'où viendra sa légende? Il s'appellera Patof, clown russe, prénom Grégor, venu du fin fond des steppes de l'Asie-centrale, ayant fait partie des grands cirques des stars et que le Capitaine Bonhomme avait engagé lors d'un de ses voyages1 . »
Pierre Gauthier crée le look du personnage et Jacques s'embarque ainsi dans l'aventure Patof...
« Chaque fois que j'entrais sur scène, le Capitaine était toujours de mauvaise humeur après Patof. Il lui faisait subir les pires humiliations. J'étais son souffre-douleur. Au milieu de l'émission, en grande pompe, on annonçait que le clown Patof, allait faire un gag. Le clown entrait et allait s'installer, au son des trompettes, sur un petit tabouret et faisait son petit gag. En terminant je disais : "on m'applôôôdit!"1. »
Patof connaît rapidement le succès, on décide de le garder pour la saison. Comme Jacques a toujours aimé faire des parodies de chansons, il improvise souvent sur le succès de Roger Whittaker « Oh Mammy Blues », changeant les paroles pour « O Patof Blues ». Cela plaît immédiatement aux enfants... à chaque entrée du clown les enfants chantent : « O Patof blues ». Jacques propose alors à un producteur d'endisquer la chanson, Gilbert Chénier écrit les paroles et voilà... En juillet 1972 la vague Patof fait rage au Québec. En peu de temps, il se vend au-delà de 100 000 copies. « Il s'est sûrement vendu plus de "Patof Blues" que la version originale "Mammy Blues" de Whittaker, au Québec! », raconte Jacques. Devant ce succès inattendu, le producteur Yves Martin et Gilbert Chénier décident de préparer un microsillon qui raconte toute l'histoire du clown Patof, arrivé de sa Russie natale.
Patof fait de la télévision en dehors de l'émission « Le Cirque du Capitaine » et est invité à chanter ses succès dans les émissions pour « teen-age ». C'est d'ailleurs dans une de ces émission que Patof reçoit son premier disque d'or pour « Patof Blou ». Télé-Métropole, voyant que la popularité de Patof monte en flèche, confie à Jacques l'animation d'une émission qui portera le nom de Patofville. Patof sera le maire du village et habitera dans une bottine géante. Chénier fera office de policier et de pompier, d'où le nom de Polpon, et aura comme maison une théière parce qu'il adore le thé (dans l'émission). Roger Giguère qui était bruiteur au « Capitaine Bonhomme », fera un général du nom de Itof et habitera dans une citrouille. C'est dans un décor imagé et fantaisiste que se produiront toutes les situations qui peuvent arriver dans un village. Une semaine après la fin de la série « Le Cirque du Capitaine », « Patofville » (CFTM, 1973) entre en onde en essai pour l'été. Patof et Polpon deviennent vite les personnages préférés des enfants. L'heure de l'émission devient leur rendez-vous quotidien. Après quelques mois seulement et le succès obtenu, Télé-Métropole décide de garder l'émission pour la saison d'automne.
« Le phénomène Patof était à son paroxysme. Ça n'a pas pris de temps avant que les compagnies de produits de toutes sortes me sollicitent. Un premier manufacturier me demande si je peux lui donner les droits pour mettre sur le marché des pyjamas, avec mon effigie. Je me rends compte de l'emprise de Patof et des possibilités de commercialisation. Je tiens à protéger mon personnage et je n'ai pas l'intention que d'autres s'emparent et profitent du clown. Je demande conseil à mon avocat qui me dit que je n'ai pas d'autre alternative que de faire enregistrer le personnage; ce qui signifiera donc que personne d'autre que moi ne pourra utiliser le nom, l'image, les couleurs de son maquillage, le costume et un éventail de produits inimaginables, dont je ne soupçonnais même pas à ce moment-là, l'existence1. »
Les pyjamas se sont vendus d'une façon incroyable. Cependant, Jacques confie :
« On oublie de plus en plus Jacques Desrosiers. Mon nom s'efface derrière le nom prestigieux du clown Grégor Patof. Lorsque je me promène dans la rue et les endroits publics, tout le monde m'appelle Patof. Ce qui me fait rire, c'est la réaction des enfants quand leurs parents me pointent du doigt en disant : "Regarde, c'est lui Patof". Et les tout-petits, d'un air sceptique, regardent les parents en voulant dire : "Ça s'peut pas! C'est pas un clown lui!" et ils continuent à chercher, sans faire l'association, Desrosiers –Patof1. »
Patof décroche une seconde fois le numéro du Hit-Parade avec « Patof le roi des clowns ». Aussitôt sorti, le disque bat encore une fois les records de vente et Patof reçoit son deuxième disque d'or. En mai 1973, Jacques est ensuite engagé pour animer le Cirque des Shriners au forum. Il y revient pour un second passage l'été suivant.
« Pendant quatre jours au forum, je suis le Maître de la piste. C'est Patof qui présente les numéros : les éléphants savants, les singes en bicyclette, les trapézistes et tout le cirque... Un soir, le clown avait été très impressionné par une vieille funambule qui lui avait raconté que depuis trois jours elle était peinée car elle n'arrivait plus à faire son triple saut du haut de son fil de fer, or elle devait le réussir au moins à son dernier spectacle pour sauver son honneur, car, si elle ne le réussissait pas, elle perdrait toute sa crédibilité devant les gens du cirque. Le dernier soir, lorsque j'annonçai la funambule Malakova dans son triple saut, j'avais le coeur serré en lui souhaitant Bonne Chance! Et, c'est sous les ovations et les bravos, qu'elle réussit son triple saut. C'est une histoire pathétique, relatant la vie de cirque. Patof en était aussi. Devra-t-il, un jour, se confronter devant le triple saut? Cette situation m'a inspiré une chanson, où je cite Malakova et ses adieux au Cirque : " Goodbye, au revoir, dasvidanie! "1 . »
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