« Mais finalement, c'est quoi le succès? » (1/4)

Posté par Bespin le 23 mars 2004 dans Biographie
Édité : 07 juillet 2009 19:27

Jacques Desrosiers Quand Jacques Desrosiers se posait cette question dans son autobiographie intitulée « millionnaire », il faisait bien sûr référence à l'époque où il se pensait en pleine gloire quand il faisait salle comble dans les cabarets et que les journaux parlaient du fantaisiste Desrosiers... puis de l'époque plus rapprochée de Patof... qui lui a apporté une popularité immense, beaucoup de sous... des remises en question. C'est quoi le succès, Jacques?

Septième d'une famille de quinze enfants (dont la majorité sont devenus artistes), une mère musicienne, pianiste de concert qui a rapidement été obligée d'abandonner le clavier pour passer à la planche à laver, un père comédien (à qui Olivier Guimond doit son surnom de Ti-Zoune), chanteur, conférencier, homme politique qui s'intéressait au mouvement ouvrier. Jacques est le seul enfant du clan Desrosiers à ne manifester aucun talent artistique.

« Tout le monde chantait à la maison. Le seul qui n'était pas voué à la carrière artistique, c'était bien moi! D'abord j'avais une petit voix nasillarde, je chantais faux. (Vous me direz que ça n'a pas changé!) J'étais d'un tempérament peu combatif et d'un naturel brailleur. C'était tout un concert : moi je chialais et toute ma ribambelle de frères et soeurs chantaient1 . »

C'est vers l'art dramatique, pourtant, que Jacques Desrosiers se dirige à l'adolescence. Il s'inscrit au cours de Sita Riddez mais, au bout de six mois, laisse tomber. Jacques fait alors partie d'un groupe de comédiens amateurs qui montent des spectacles. Sa première place, Altitude 3200, lui fournit l'occasion de découvrir et de faire découvrir son potentiel comique. À la première, il fait son entrée au beau milieu du mauvais acte. Les spectateurs éclatent de rire. Lorsqu'il revient pour lancer son unique réplique : « Oh là! là! Armand est blessé  », au lieu du ton dramatique attendu, il le fait avec un fort accent du Midi à la Fernandel

« Après le spectacle, j'étais un peu gêné, mal à l'aise d'avoir provoqué des rires là où il n'en fallait pas. Les commentaires étaient partagés. Les deuxième, troisième et quatrième rangées m'avaient trouvé ben drôle, le metteur en scène un peu moins. L'accessoiriste de la troupe me prit à part et me dit avoir remarqué que j'avais de la facilité dans les imitations, de ne pas me décourager, d'exploiter mon côté fantaisiste, de travailler en ce sens et que, si je pouvais me monter un petit numéro, elle pourrait peut-être m'introduire à Radio-Canada par l'entremise d'un de ses amis, réalisateur, pour qui elle travaillait1. »

Jacques met alors au point quelques imitations (c'est d'ailleurs comme imitateur qu'il fera ses débuts) et apprend quelques chansons. Après un entretien avec Nicolas Doclin, réalisateur à Radio-Canada, il lui offre de tenir de petits rôles de figuration dans l'émission « Paillettes » (SRC, 1956). Jacques ameute parents et amis pour qu'ils surveillent ses débuts. Hélas, la première fois Jacques incarne un porteur noir, la seconde, il transpire sous un costume de gorille. Personne ne l'a reconnu. Il clôturera néanmoins la saison de la même émission en faisant une parodie du Ed Sullivan Show qui durera vingt minutes. Le journal Radio-monde titre : « Paillettes meurt en beauté avec le jeune Desrosiers ».

Les choses s'enchaîneront lentement mais sûrement pour le comédien. Après un séjour de neuf mois à Paris où il découvre, émerveillé, la ville Lumière, il rentre au pays et s'attelle sérieusement à sa carrière. À son retour il se joint au Théâtre de la Roulotte de Paul Buissonneau, jouant notamment dans « Les oiseaux de lune » (1958) à la Comédie Canadienne (aujourd'hui le TNM). Ensuite, c'est l'époque des engagements dans les cabarets de second ordre. Heureusement, la télévision recourt régulièrement à ses talents. Se constituant un répertoire de chansons fantaisistes, dont « Dans nos campagnes » (de Jacques Blanchet) et « La java à Lumina  », ainsi que de numéros d'imitations, Jacques Desrosiers fait ses débuts au cabaret La Page blanche de Québec en 1958. Il se produit ensuite Chez Gérard où il est remarqué par Andy Cobetto, le propriétaire du Casa Loma, qui l'invite à chanter en vedette à son prestigieux cabaret en novembre 1960. Faire le Casa Loma, à l'époque, c'était la consécration des consécrations!
 
Jacques se produit ensuite pendant plusieurs mois en 1963 et 1964 dans la revue musicale « Zéro de conduite » avec Dominique Michel, Denise Filiatrault et Donald Lautrec. Il s'agit d'un succès foudroyant. Il joue ensuite dans la comédie musicale « Le vol rose du flamant » (1964) de Clémence Desrochers et Pierre F. Brault. Habitué des émissions de variétés, Jacques Desrosiers anime à la télévision « Les trois cloches  » (TM, 1968), « Vaudeville » (TM, 1970), « Café-terrasse » (TM, 1972) et « Madame est servie » (TM, 1973).


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