« Mais finalement, c'est quoi le succès? » (1/4)
Quand Jacques Desrosiers se posait cette question dans son
autobiographie intitulée « millionnaire », il faisait bien sûr référence
à l'époque où il se pensait en pleine gloire quand il faisait salle
comble dans les cabarets et que les journaux parlaient du fantaisiste
Desrosiers... puis de l'époque plus rapprochée de Patof... qui lui a
apporté une popularité immense, beaucoup de sous... des remises en
question. C'est quoi le succès, Jacques?
Septième d'une
famille de quinze enfants (dont la majorité sont devenus artistes), une
mère musicienne, pianiste de concert qui a rapidement été obligée
d'abandonner le clavier pour passer à la planche à laver, un père
comédien (à qui Olivier
Guimond doit son surnom de Ti-Zoune), chanteur, conférencier, homme
politique qui s'intéressait au mouvement ouvrier. Jacques est le seul
enfant du clan Desrosiers à ne manifester aucun talent artistique.
« Tout le monde chantait à la maison. Le seul qui n'était pas voué à la carrière artistique, c'était bien moi! D'abord j'avais une petit voix nasillarde, je chantais faux. (Vous me direz que ça n'a pas changé!) J'étais d'un tempérament peu combatif et d'un naturel brailleur. C'était tout un concert : moi je chialais et toute ma ribambelle de frères et soeurs chantaient1 . »
C'est vers l'art dramatique, pourtant, que Jacques Desrosiers se dirige à l'adolescence. Il s'inscrit au cours de Sita Riddez mais, au bout de six mois, laisse tomber. Jacques fait alors partie d'un groupe de comédiens amateurs qui montent des spectacles. Sa première place, Altitude 3200, lui fournit l'occasion de découvrir et de faire découvrir son potentiel comique. À la première, il fait son entrée au beau milieu du mauvais acte. Les spectateurs éclatent de rire. Lorsqu'il revient pour lancer son unique réplique : « Oh là! là! Armand est blessé », au lieu du ton dramatique attendu, il le fait avec un fort accent du Midi à la Fernandel.
« Après le spectacle, j'étais un peu gêné, mal à l'aise d'avoir provoqué des rires là où il n'en fallait pas. Les commentaires étaient partagés. Les deuxième, troisième et quatrième rangées m'avaient trouvé ben drôle, le metteur en scène un peu moins. L'accessoiriste de la troupe me prit à part et me dit avoir remarqué que j'avais de la facilité dans les imitations, de ne pas me décourager, d'exploiter mon côté fantaisiste, de travailler en ce sens et que, si je pouvais me monter un petit numéro, elle pourrait peut-être m'introduire à Radio-Canada par l'entremise d'un de ses amis, réalisateur, pour qui elle travaillait1. »
Jacques met alors au point quelques imitations (c'est d'ailleurs comme
imitateur qu'il fera ses débuts) et apprend quelques chansons. Après un
entretien avec Nicolas Doclin, réalisateur à Radio-Canada, il lui
offre de tenir de petits rôles de figuration dans l'émission « Paillettes »
(SRC, 1956). Jacques ameute parents et amis pour qu'ils surveillent ses
débuts. Hélas, la première fois Jacques incarne un porteur noir, la
seconde, il transpire sous un costume de gorille. Personne ne l'a
reconnu. Il clôturera néanmoins la saison de la même émission en faisant
une parodie du Ed Sullivan Show qui durera vingt minutes. Le journal
Radio-monde titre : « Paillettes meurt en beauté avec le jeune
Desrosiers ».
Les choses s'enchaîneront lentement mais
sûrement pour le comédien. Après un séjour de neuf mois à Paris où il
découvre, émerveillé, la ville Lumière, il rentre au pays et s'attelle
sérieusement à sa carrière. À son retour il se joint au Théâtre de la
Roulotte de Paul
Buissonneau, jouant notamment dans « Les oiseaux de lune
» (1958) à la Comédie Canadienne (aujourd'hui le TNM). Ensuite, c'est
l'époque des engagements dans les cabarets de second ordre.
Heureusement, la télévision recourt régulièrement à ses talents. Se
constituant un répertoire de chansons fantaisistes, dont « Dans
nos campagnes » (de Jacques Blanchet) et « La
java à Lumina », ainsi que de numéros d'imitations, Jacques
Desrosiers fait ses débuts au cabaret La Page blanche de Québec en 1958.
Il se produit ensuite Chez Gérard où il est remarqué par Andy
Cobetto, le propriétaire du Casa Loma, qui l'invite à chanter en
vedette à son prestigieux cabaret en novembre 1960. Faire le Casa Loma,
à l'époque, c'était la consécration des consécrations!
Jacques
se produit ensuite pendant plusieurs mois en 1963 et 1964 dans la revue
musicale « Zéro de conduite » avec Dominique
Michel, Denise
Filiatrault et Donald
Lautrec. Il s'agit d'un succès foudroyant. Il joue ensuite dans la
comédie musicale « Le vol rose du flamant » (1964)
de Clémence
Desrochers et Pierre
F. Brault. Habitué des émissions de variétés, Jacques Desrosiers
anime à la télévision « Les trois cloches
» (CFTM, 1968), « Vaudeville » (CFTM, 1970),
« Café-terrasse » (CFTM, 1972) et « Madame
est servie » (CFTM, 1973).
« Et ce qui devait arriver, arriva! (2/4) | Page principale | Discographie de Patof - 33 tours »