La légende de Patof
« Il s'appelait Patof, Gregor de son prénom. Né à Bobrouisk (une
petite ville de quatre personnes) dans les steppes blanches de la
Sibérie. Il connaissait le froid mieux que personne, lui qui avait été
nourri de lait en poudre placé au bout d'un glaçon.
Il en parlait d'ailleurs abondamment à ses petits amis canadiens, eux qui savaient parfaitement ce qu'il voulait dire.
Patof était un enfant de la balle dont le père était clown et la mère, femme de clown. Ils travaillaient tous deux pour le grand cirque de Moscou et pratiquaient leur métier avec brio... Mais Gregor devait perdre ses parents rapidement. Son père, tout d'abord, alors qu'il n'avait que six ans. Sa mère plus tard. Celle-ci devait l'abandonner après être morte de rire en apercevant une femme à barbe russe.
Le petit Patof, désormais orphelin de père et de mère, devait rester encore un bon moment avec le cirque de Moscou où il pratiquait tous les métiers : prendre soin des animaux, cirer les bottes des chevaux, tailler les défenses des éléphants et les moustaches des lions, dessiner des taches sur le dos des léopards, etc...
Mais dans ce milieu, tout lui rappelait ses parents et c'est pourquoi il prit la décision de s'éloigner afin de pouvoir oublier. Cependant, il ne désirait pas trop changer de climat et c'est pourquoi il choisit de venir à Montréal, une ville aussi froide que Moscou.
Dès son arrivée, il sut que c'était dans cette ville qu'il voulait désormais habiter... Comme il lui fallait gagner sa croûte, il eut la chance de rencontrer le capitaine Bonhomme qui, toujours prêt à aider, lui fournit un peu de travail de clown à la télévision.
Désormais, Patof avait réalisé son rêve : faire rire les enfants autant qu'il le pouvait. Mais Patof, s'il s'amusait bien, n'était pas riche. Son salaire lui était versé en roubles et il devait constamment dormir à la roulotte du capitaine pour être en mesure d'arriver. De plus, il devait s'occuper des animaux, faire le ménage, etc... Il avait tellement peu d'argent qu'il ne parvenait pas à se faire couper les cheveux ni à se payer un nouveau costume...
Quand on lui disait de faire valoir ses droits, Gregor répondait simplement qu'il ne comprenait pas ce qu'on lui disait, qu'il se sentait heureux.
Cependant, il continuait constamment à rêver à voix haute en exprimant son souhait de pouvoir aller jouer au cirque de Moscou six mois par année et revenir passer l'autre six mois à Montréal. De plus son voeu le plus cher était de mourir sur scène comme son père l'avait fait... Et puis, aussi, comme il aurait voulu voyager, être présent dans tous les grands cirques du monde... »1
1. RICHARD, Pierre. 25 ans de télévision au Québec. Montréal, Les Éditions Québécor, 1986.