L'Humain évolue-t-il toujours ?

Pour que l'évolution fonctionne, il faut trois choses :

  1. une différence entre les individus
  2. des conditions de vie très difficiles
  3. et du temps !

Pour ce qui est de l'espèce humaine, nous avons certainement la première : des milliards d'individus tous différents. Nous avons également la troisième, bien qu'une période de dix mille ans, par exemple, soit un laps très court en chronologie évolutionniste. Mais nous n'avons pas la deuxième.

En effet, quoiqu'on en pense, les conditions de vie ne sont pas difficiles actuellement pour l'homo sapiens puisque, en environ 50 000 ans, elle s'est répandues sur toute la Terre et qu'aujourd'hui sa population augmente a un rythme de plus en plus rapide.

Donc, présentement, l'espèce humaine n'est pas dans une phase d'évolution. Toutefois, il y a quand même transformation puisque chaque nouveau-né est différent de ses parents. Mais toutes ces différences, dont certaines pourraient être un facteur d'Évolution, sont immédiatement diluées dans le grand nombre d'individus.

Si l'espèce n'est pas en phase d'évolution, elle est alors en phase de diversification. Chaque être humain représente une combinaison unique et particulière de gènes. Comme tous les individus, ou presque, réussissent à se reproduire, chacune de ces combinaisons a de grandes chances d'être conservée et d'engendrer elle-même de nouvelles variantes. Chaque génération est donc une réplication de la précédente, mais en même temps, on y voit apparaître encore plus de diversité. De cette manière, l'espèce se pourvoit contre toute éventualité.

Ceci veut dire que, peu importe la catastrophe qui pourrait menacer l'espèce, les chances que certains de ses individus puissent y survivre sont d'autant meilleures que la diversité est grande. Par exemple, si le sida se propageait au point de tuer la majorité des humains, on s'apercevrait peut-être (espérons-le) que certains individus sont génétiquement protégés contre ce virus et que, même si l'épidémie était générale, il resterait quelques individus pour perpétuer l'espèce.

Il serait grandement étonnant que sur les 5 ou 6 milliards d'humains présentement vivants, il n'y en ait pas quelques-uns qui puissent résister au virus HIV.


La poule ou l'oeuf ?

Voici une question qui intrigue tout le monde et qu'on retrouve, bien sûr, chez les opposants, mais aussi chez tous ceux qui se questionnent au sujet de l'Évolution. Je l'ai même vue dans un article sur Stephen Hawking, le célèbre physicien. Qu'un scientifique d'un tel calibre se pose cette question nous montre à quel point la réflexion publique sur l'Évolution est peu avancée et ce, malgré le fait qu'on en parle tant. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'Évolution est un sujet difficile.

Ma réponse à cette question est tellement simple que beaucoup vont en être déçus. Qui est venu en premier, la poule ou l'oeuf ? C'est l'oeuf, bien entendu ! Après tout, comment voulez-vous avoir une poule sans qu'il y ait eu d'abord un oeuf ? Cela ne serait possible que dans un contexte créationniste. Mais, vous allez me dire : c'est la même chose, comment avoir un oeuf sans poule ?

Il y a mille façons. La nature ne cesse d'imaginer de nouveaux moyens de fabriquer des oeufs. La plus simple est la réplication. C'est-à-dire qu'une cellule ─ et un oeuf est une cellule ─ se dédouble en recueillant dans le milieu environnant, atome par atome, le matériel nécessaire à faire une copie parfaite d'elle-même.

L'oeuf peut très bien se reproduire sans poule, c'est-à-dire sans enveloppe protectrice, simplement en se laissant flotter dans un milieu liquide, attirant au passage, par simple réaction chimique, les atomes dont il a besoin pour faire une copie de lui-même. Mais, arrive un jour où le milieu devient saturé d'oeufs et où la matière première vient à manquer. Les oeufs en formation continueront à flotter au hasard, attendant la rencontre improbable de matériaux disponibles. Ils sont comme des maisons en construction momentanément abandonnées faute de matériaux.

Cependant, certains oeufs plus chanceux se découvriront la possibilité de pouvoir capter directement sur leurs voisins l'atome qu'ils recherchent. Parfois cet atome se détachera et alors l'oeuf plus chanceux l'aura « volé » à l'autre, qui voit alors sa survie compromise. C'est comme si un entrepreneur décidait de terminer une maison avec des briques prises sur les autres.

Mais il se peut, aussi, que l'oeuf plus chanceux capte un atome et du même coup, tout l'oeuf qui était jusque-là propriétaire de cet atome. On a ici une association de deux oeufs qui aboutira à la survie d'au moins un des deux. Et il n'y a pas de raison que l'association s'arrête à deux. Progressivement, l'oeuf plus chanceux, c'est-à-dire celui qui possède cette capacité de s'entourer des cadavres de ses voisins en manque de matériaux, attirera d'autres atomes qui viendront avec leur ancienne structure former une véritable membrane autour de lui.

Pendant le processus de dédoublement, la cellule est très vulnérable. Si bien que celle qui réussit à s'entourer d'une enveloppe protectrice accroît ses chances de rendre la réplication à terme et donc de donner naissance à une nouvelle cellule. Cette nouvelle elle-même devrait aussi posséder cette caractéristique de pouvoir s'approprier de force les matériaux nécessaires à sa réplication. Peu à peu, ces oeufs plus chanceux deviendront plus nombreux, jusqu'à prendre toute la place et à susciter une nouvelle compétition, encore plus féroce, pour la recherche des matériaux ─ c'est-à-dire la nourriture ─ et qui devrait aboutir à une nouvelle phase d'évolution.

Cette enveloppe protectrice devient donc un objet d'évolution. De simple membrane qu'elle était au départ, elle deviendra carapace. Puis, elle se dotera de membres pour pouvoir se déplacer, puis d'yeux pour pouvoir se diriger, puis le trou par où entre la matière extérieure nécessaire à la réplication se transformera en bouche avec des dents, puis un estomac où s'effectue la digestion, suivi d'un tube par où sont rejetées les matières inutiles.

La première poule fut probablement ce genre de membrane formée de restants d'oeufs voisins moins chanceux au jeu de la survie. Aujourd'hui, toutes les formes de vie, de la plante à l'éléphant, en passant par la poule et l'humain, sont l'équivalent de telles membranes qui permettent à l'oeuf, ou à la graine qui leur a donné naissance, de se répliquer.


Pourquoi certaines espèces semblent-elles
avoir cessé d'évoluer ?

Par exemple, pourquoi les fourmis ont-elles arrêté à ce stade de leur évolution au lieu de continuer leur complexification vers un état semblable à celui de l'humain et même au delà ?

Plusieurs verront immédiatement un grave délit d'anthropocentrisme dans la formulation de cette question ─ l'anthropocentrisme étant ce vilain défaut de voir le monde comme si l'humain en était la raison ultime, donc son centre. Il n'y a aucune raison de croire que l'humain soit un aboutissement ou même un sommet. Quand on réalise aujourd'hui la place qu'occupe la Terre dans l'Univers, on revient à des considérations plus modestes quant à la situation de l'humain.

En fait, la réponse à cette question est la même que celle à la question « l'humain évolue-t-il toujours ? » Les espèces qui semblent avoir arrêté d'évoluer sont, le plus souvent, en période de diversification. La fourmi en est une. Et, devrait-elle évoluer encore des milliards d'années, je ne crois pas qu'elle ressemble un jour à un humain. Le but de l'Évolution, si je puis utiliser cette formulation, n'est pas de faire des humains, mais de faire des espèces qui ont une capacité de survie maximale. Dans bien des cas, ce but est largement atteint car beaucoup d'espèces, n'étaient-ce des prédateurs et du manque de nourriture, pourraient recouvrir la Terre en quelques mois, tant leur taux de reproduction est grand.

Donc, tout comme pour les humains, les fourmis ont la diversité, elles ont le temps, mais elles n'ont pas des conditions de vie difficiles. Elles se reproduisent facilement et en grand nombre. C'est là le seul but de l'Évolution, la survie, et son seul moteur, la compétition. Une espèce évolue vers la survie ou elle disparaît ; c'est la loi impitoyable de la nature. L'intelligence ou autres caractères humains ne sont pas des buts à atteindre mais des moyens utilisés par certaines espèces pour assurer leur survie. L'intelligence a certainement été l'outil privilégié utilisé par l'espèce humaine pour envahir la Terre. L'espèce fourmis, quant à elle, s'appuie surtout sur une très grande fécondité et un apparent manque d'intérêt de la part des prédateurs. Ce qui fait qu'on peut dire que la fourmi, tout comme l'humain, est bien installée dans sa niche écologique.

Le concept de niche écologique est utilisé par les naturalistes pour décrire l'ensemble des caractéristiques importantes pour la survie d'une espèce. Chaque espèce occupe sa niche écologique et est constamment menacée d'en être délogée. Les espèces qui partagent une niche écologique recherchent la même nourriture, le même genre d'habitat et se défendent contre le même prédateur : elles sont en compétition.

Le sens de la vie

Plusieurs personnes disent que si l'être humain n'a pas une dimension spirituelle la vie n'a pas de sens et ne vaut pas la peine d'être vécue. Pourtant nous savons qu'il ne serait pas raisonnable de nous fermer à aucune hypothèse aussi déplaisante puisse-t-elle nous paraître. Hubert Reeves, dans son ouvrage L'heure de s'enivrer (page 217) écrit que ce n'est pas la morale qu'il faut changer mais bien les fondements de cette morale, indiquant par là qu'il serait temps de remettre en cause les anciennes croyances représentées par les religions traditionnelles. Bien sûr, les réticences sont grandes. Même dans les milieux non croyants, on appréhende avec craintes les conséquences que pourrait avoir une baisse trop rapide de la foi dans la population. Mais la plus farouche résistance vient des croyants eux-mêmes qui espèrent toujours une nouvelle découverte qui viendra affermir leur foi.

Beaucoup sont déchirés entre la raison et la foi. C'est que, depuis 400 ans, toutes les découvertes de la science n'ont fait qu'apporter de plus en plus d'eau au moulin de l'athéisme. Les croyants ont beau lancer des accusations de « réductionnisme » à la science et à ses plates explications, il reste qu'ils ne peuvent, jusqu'à ce jour, et malgré d'immenses efforts, en trouver de meilleures.

Quel est le sens de la vie ? La vie a-t-elle un sens ? La vie sur la Terre est apparue grâce à l'énergie du Soleil et le but de la vie est de s'accaparer le plus possible de cette énergie. Les millions de kilomètres carrés de forêt et de jungle sont comme des cellules photo-électriques qui transforment l'énergie solaire non seulement en bois et en chlorophylle, mais en gazouillis d'oiseaux, en bourdonnements d'insectes et en courses effrénées du prédateur après sa proie.

Voilà le sens de la vie : un mélange d'eau, de roche et de gaz, animé par de chauds rayons de pure énergie. Et le phénomène de l'évolution est le résultat normal et naturel de cette guerre totale provoquée par la soif, le désir, l'envie que possède chaque parcelle de vie d'avaler, à elle seule, le Soleil.



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P. Cloutier · octobre 2000