La crise Patriotes

"À la mémoire des héros de notre histoire, ils ne seront jamais oubliés"

 

 

Depuis l'entrée en vigueur de l'Acte constitutionnel de 1791, le Haut et la Bas-Canada possèdent chacun une chambre d'assemblée distincte et élu par le peuple. L'intention de Londres: satisfaire les demandes loyalistes. Il faut bien comprendre que ce changement de système, pour le peuple canadien, était tout à fait nouveau, habitué au despotisme français et par la suite anglais, voilà que l'Angleterre leur reconnaît presque un état national distinct. Il s'enclenche presque soudainement un attrait pour la politique chez les canadiens, ils utiliseront leur droit de vote et la chambre sera majoritairement francophone et plus surprenant encore le premier orateur sera lui aussi canadien (Jean-Antoine Panet). Effet non souhaité chez les Anglais qui voulaient contrôler en totalité la chambre pour pouvoir favoriser le capitalisme et la suprématie anglophone. C'est dans ces années qu'apparaissent les premiers personnages politique canadiens, les plus connus: Pierre-Stanislas Bédard, fondateur du parti canadien, les deux frères Viger, Louis-Hypolite LaFontaine, Wolfred Nelson, Ludger Duvernay, mais surtout le grand Louis-Joseph Papineau. Très tôt l'élite politique canadienne revendiquera la maîtrise totale des lois et des dépenses, ce qui veut dire le contrôle de tout le rouage administratif, les gouverneurs trouveront ce projet scandaleux : début des luttes contre les représentants de la métropole. La chambre d'assemblée, représentante du peuple, est mené par le Conseil législatif, c'est elle qui refuse ou accepte les lois voté par la chambre inférieur. Il va s'en suivre une crise politique qui durera plus de 30 ans.

L'idée directrice de ma recherche sera de prouver que l'agitation aurait été prématurée car elle aurait été incitée par les Anglais pour qu'ils puissent atteindre tout de suite la faiblesse patriote: le manque de préparation. Moyens efficaces utilisés: le racisme flagrant des anglais qui a échauffé les esprits dans la colonie et le despotisme politique des gouverneurs.

 

Les débuts de Papineau

 

L'année 1815 marque l'arrivée d'un nouvel homme politique qui siégera en tant qu'orateur de la chambre d'assemblée, Louis-Joseph Papineau. C'est avec lui à la tête du parti patriote que les idées deviendront plus radicales, l'obtention de la responsabilité ministérielle, le contrôle des dépenses publiques et une démocratisation totale étaient leurs principales volontés.

La guerre de 1812 a fourni un répit, mais les députés n'oublient pas les anciennes luttes, les relations entre le Conseil Législatif et la chambre basse ne s'améliorent pas. Toujours les mêmes débats: juges et subsides.

Le débat sur les juges s'explique ainsi: La chambre dénonce le fait que l'on désigne souvent des juges dans les grandes fonctions publiques, ainsi ils s'introduisent dans la politique du pays, ils se lient avec les membres de l'administration et émettent souvent des jugements qui sont contraire aux lois du pays. Les députés dénoncent donc les abus de la justice, l'intervention de l'administration dans des causes, etc. Un système de justice n'étant pas impartial peut-il être une justice?

Le nouveau gouverneur s'offre comme un homme bien disposé et dans son discours inaugural il aborde la question des subsides, la chambre obtient finalement ce qu'elle réclamait depuis longtemps, pouvoir voter la liste civile. Après avoir consacré temps et énergie, on vote finalement les subsides. Cependant, la décision des députés d'étudier la liste civile article par article est une décision qui dérange beaucoup l'Assemblée Législative: elle juge cette manière de procéder inconstitutionnelle, alors le projet de loi n'obtiendra pas la sanction du Conseil. Nouvelle déception des parlementaires, depuis ce temps-là ils refuseront de les voter.

L'approche conciliatrice du gouverneur Sherbrooke ne fera pas long feu, pour cause de maladie il doit retourner dans la métropole. Les premières années de siège de Papineau, 1815-1821, verront 4 gouverneurs se succéder, le dernier de ceux-ci, Dalhousie. Les guerres Papineau-gouverneurs ne feront alors que commencer, la crise unioniste est d'ailleurs à l'horizon.

 

 

L’Union assimilatrice (1822)

 

L’année 1822 a été une date importante dans la vie politique des français et des anglais, car c’est au cour de cette année que parut le projet d’Union des deux provinces canadiennes, le Haut-Canada et le Bas-Canada. Cette année marque aussi le début des prises de position radicale de Papineau. Ce projet fut imaginé par les bureaucrates, ces intrigants coupables, et soumis à l’adoption du Parlement Impérial, le tout à l'insu du Peuple.

``Ce que voulaient les Bureaucrates ce n’étaient, ni plus ni moins, que la destruction de tout ce qui contribue à former et à soutenir une nationalité : le milieu géographique, l’ordre social, la communauté d’origine, de culture, de langue, de traditions, de lois, d’intérêts matériels et moraux et de religion.`` C’était tout cela que l’on voulait ravir aux Canadiens afin de les fusionner dans l’entité britannique pour mieux les asservir.

Ces anglicisateurs, dans leur combat pour le nationalisme et l'Oligarchie, n’étaient pas considérés comme des nationalistes et n’avaient pas l’excuse d’être des nationalistes : ils versaient plutôt dans le racisme le plus pur. Dans les Canadiens, ils ne voyaient que des Français dégénérés. Ils voyaient en eux que des défauts et refusaient d’admettre qu’ils avaient des qualités. À ces dégénérés, à cette race inférieure selon eux, c’était faire une grande faveur que de l’affranchir de tous ses préjugés, de ses coutumes ridicules, de ses lois arriérées, de sa mentalité stationnaire, de sa religion abrutissante, pour l’inviter et l’inciter à se fusionner avec cette brillante et supérieure entité qu’était la race anglo-saxonne. Papineau ne pouvait rester indifférent vis-à-vis cette affaire, il entreprit très vite des pourparlers avec l'Angleterre où il s'y rendit en 1823.

Tous les éléments constitutifs de la nationalité étaient des points d’attaques successifs et simultanés de la part de la Bureaucratie et du parti Anglais et formaient en même temps de la résistance pour les Canadiens. Ainsi s'explique facilement les réactions patriotes, la minorité anglo-saxonne voulait à tout prix contrôler la majorité, ce qui était mal vu de la part des députés canadiens où dans leur tête commençait déjà à se former le rêve démocratique.

Depuis la Constitution de 1791, la nationalité canadienne s’était vue assigné un habitat propre dans lequel elle était censée pouvoir se développer librement, cependant le parti Anglais entreprit de modifier les conditions d’habitat en donnant lieu à trois poussées distinctes, toutes destinées à noyer la population canadienne. Ces trois poussées consistent dans les divers projets d’union politique avec les autres provinces, dans le démembrement du Bas-Canada, et dans l’immigration.

L’Union des deux Canada était le premier cheval de bataille du parti Anglais, car tant que les provinces seraient divisées, la représentation française dans la chambre d'assemblée était majoritaire, et la Chambre constituait un rempart contre lequel ils se heurtaient toujours. Pour en arriver à leur but, ils retournèrent au cadre d’avant 1791, de l’élargir pour faire entrer les provinces de l’Est. Ils pourraient ensuite forcer les Canadiens à n’employer que la langue anglaise, à ne fréquenter que les écoles anglaises, à adopter les lois anglaises, et la religion anglaise. Le juge Jonathan Sewell, un adversaire farouche des débuts de Papineau, était l’un des premiers à avoir eu cette idée.

L’occasion du parti Anglais d’appliquer leur projet se présenta vers 1820. ``La lutte commençait à se corser entre la Chambre, d’une part, et le Conseil, soutenu par l’Exécutif, de l’autre.`` ``De plus, certaines difficultés avaient surgi entre les deux provinces au sujet du partage des revenus douaniers.`` Le projet de loi vint devant la Chambre, mais un membre de la loyale opposition, Mackintosh, demanda un report de six mois sur la question tout en acceptant cependant de discuter des problèmes douaniers, donc le ministère le renvoya à la session suivante. Dans son opposition, Mackintosh déclara: "La Chambre était tenue de consulter les sentiments des habitants du Canada pour deux raisons: premièrement, parce qu'il était essentiel au bonheur de ce peuple qu'on eût égard à ses sentiments; et secondement, parce que la choses était essentielle à la sûreté de notre autorité. Si nous ne faisons aucune attention aux vœux des sentiments du peuple, nous mettrons notre autorité en danger et nous découvrirons une faiblesse dont même le gouvernement le plus absolu, agissant d'après les principes du sens commun, serait honteux". Ces paroles ne sont-elles pas révélatrices de ce qui se formante au Bas-Canada? La crise politique qui engendre les représailles que l'on connaît bien? Peu importe, le "Canada Trade Act" est adopter le 26 juillet de l'année 1822.

Lorsque "le méchant bill" revint devant les députés, Papineau et son allié John Neilson, étaient à la barre de la Chambre et s’imposèrent avec tant de décision et de fermeté que le ministère dut retirer son projet. Cet échec ne découragea pas le plus fidèle défenseur de l'Union, Edward Ellice, il continua son combat à Londres et formait toujours une menace pour les parlementaires coloniaux. Le projet ne passa toujours pas. Les chefs canadiens l’empêchaient d’être présenté devant le Parlement. Par contre, le ministère avait adopté les idées d’Ellice, et attendait l’occasion favorable pour réaliser l’Union. ``Cela ressort clairement de la déclaration de Stanley à la session de 1834-1835.`` ``Il est vrai, disait-il, que sur 204 fonctionnaires, 47 seulement sont Canadiens français, mais cet état de choses est juste si l’on considère que bientôt les deux Canada seront réunis, et qu’alors la majorité de toute la population sera anglaise.`` Cette phrase est à retenir, car elle en dit long sur l’esprit du cabinet anglais d’alors.

Le projet d’Union était un coup droit porté à la nationalité canadienne. ``En principe, les Canadiens seraient toujours représentés au Parlement uni, mais en réalité, ils n’y jouiraient d’aucune influence.`` Leur langue serait gardée, le roi aurait la haute autorité de l’Église, l’usage des lois françaises resteraient pour la majorité, tout comme l’école. Les Bureaucrates étaient assurés de la victoire sur cet article de leur programme. Les Canadiens ne pouvaient que retarder plus ou moins cette échéance. Malheureusement, ils n'y ont pas résister longtemps, la manigance bureaucrate connaissait bien les conséquences d'une rébellion: Union des 2 colonies en guise de représailles, Durham en 1840 émettra ce projet.

 

 

Émeute et choléra(1832)

 

Les Canadiens français ne pouvaient et ne voulaient accepter la situation qu’on voulait leur imposer à moins d’être complètement démoralisés. Tel n’était pas le cas, car ils pouvaient être une nation conquise, mais ils n’étaient pas vaincus. Vers 1834, la situation était devenue intenable, une réaction nationale s’imposait, et ce fut la gloire des Patriotes que de s’en faire les promoteurs.

C’est aux élections de 1827 que le mot patriote fut employé pour la première fois pour désigner le parti Canadien. Cette année-là, Dalhousie, qui viola la Constitution, avait dissous le parlement ab irato. Le mot canadien semblait trop exclusif et trop compréhensif à la fois. Il y avait beaucoup d’anglais partisans de Papineau, tandis qu’il y avait quelques canadiens partisans Bureaucrates. Le mot patriote avait l’avantage d’inclure les Anglais papineautiques et d’exclure les Chouayens (mot qui désigne les traîtres).

L’hiver et le printemps de 1832 furent marqués d’événements violents et tragiques : arrestations de Duvernay et Tracey, élections dégénérant en bagarres, fusillade du 21 mai, le choléra. Tout cela effraya le peuple. Papineau prit à partie Aylmer et la Bureaucratie avec une violence inaccoutumée. Comme on avait opposé le mot patriote à Dalhousie, on l’opposa aussi à Aylmer qui était son successeur.

C'est un peuple de plus en plus frustré face à la politique coloniale qui se manifeste au Bas-Canada. Les événements de 1832 feront monter la tension qui déjà était très élevé. Le tout commence par l'arrivée des immigrants Irlandais attirés par un pays en croissance économique fuyant ainsi la famine et les épidémies de choléra d'Europe. Malgré les précautions prisent par le gouverneur l'épidémie atteint maintenant le Bas-Canada faisant des ravages encore plus grand que dans toutes autres partis de l'Angleterre. Certains députés dénoncent l'inconscience du gouverneur, d'autres vont même à dire que cette épidémie a été l'oeuvre des pensées machiavéliques de l'Angleterre.

L'émeute du 21 Mai est un autre événement qui ébranle la colonie. Le tout débute alors qu'un député donne sa démission, alors des élections sont déclenchées dans le comté de Montréal-Ouest. Deux candidats important se font la lutte: Stanley Bagg qui est un candidat des bureaucrates et qui obtient l'appui des Anglais et Écossais du coin, puis Daniel Tracey, irlandais de souche, mais épousant fermement la cause "patriotes". La lutte s'annonce très chaude entre les 2 candidats et quelques bagarres éclatent entre les partisans des 2 groupes. Beaucoup d'Irlandais et de Canadiens appuient Tracey. Parmi les jeunes qui le supporte se trouve Louis-Hypolite La Fontaine.

À la fin de la première journée Bagg sort avec 23 voix d'avances mais avec un peu de triche derrière. Certains ont été empêchés d'aller voter par des boulés* à la solde de Bagg.

À la fin de la deuxième journée, Tracey détient 22 voix d'avance. À chaque jour ses combats, pas une journée n'est passé sans qu'il y ait accrochage. Le 2 mai Tracey a une avance de 74 voix.

Le 12 mai, les 2 candidats se retrouvent nez à nez avec chacun 633 voix. Le 18 alors que Bagg détient 1 voix d'avance, une tentative d'assassinat est portée contre Tracey. L'atmosphère est lourde dans les rues de Montréal-Ouest. Le samedi 19 mai les 2 candidats se retrouvent de nouveau nez à nez.

21 mai, journée de pluie sur Montréal, près d'une cinquantaine de personne se trouvent devant le bureau de vote. Tout semble calme jusque vers 2 heures de l'après midi sur la Place d'Armes. Les partisans des 2 groupes commencent à s'injurier, les juges de paix font appelle aux soldats pour rétablir l'ordre. À la fermeture du bureau, Tracey se trouve en majorité de 3 voix, ses partisans décident de le raccompagner jusqu'à sa demeure du faubourg Saint-Antoine. Les partisans de Bagg se lancent alors à leur poursuite et quelques pierres sont projetées vers les patriotes alors qu'ils se trouvent sur la rue Saint-Jacques. Les patriotes protestent à leur tour en lançant des pierres vers les amis de Bagg. Entre-temps les troupes ont reçu des renforts et se dirigent vers le lieu de l'émeute. Immédiatement arrivée, les soldats font feu en direction de la foule patriote, trois canadiens furent tués sur le coup. Mais pire encore voici un extrait de ce que la "Minerve" rapporta le jour suivant la fusillade:

" Des partisans de M. Bagg s'approchèrent des cadavres en riant et regardèrent avec une joie féroce le sang canadien qui ruisselait dans la rue. On les a vus se donner la main, se féliciter et regretter que le nombre de morts ne fût pas plus grand ; on les a entendu dire qu'il était pénible qu'on n'eût pas décimé les Canadiens".

La nouvelle de la fusillade fait le tour du pays et dans tous les coins une rage féroce s'élève dans les esprits, surtout à Montréal où cohabitaient anglais et français. Tracey gagne les élections, mais meurt quelques mois plus tard du choléra qui faisait rage en ce pays. Ces derniers mots furent pour les Canadiens qui l'ont appuyé lors de sa campagne:

"Messieurs , je vous prie d'assurer pour moi les Canadiens que le plaisir le plus doux que j'éprouve en mourant est d'avoir la consolation d'être aimé des Canadiens, et dites-leur que mon dernier soupir et ma dernière pensée seront pour eux ; je vous en prie , ne l'oubliez point. "

 

*boulés: fier-à-bras qui utilisait sa force pour empêcher les gens de voter .

 

Les 92 résolutions

 

Papineau, en ces années, jouit d'une grande popularité dans son pays, partout où il va, il est vu comme le grand homme de la situation, beaucoup ne voient que par ses yeux. Commence aussi la période noir de la pré-révolte(1834-1837), où Montréal semble de plus en plus être le foyer de la violence, où le Doric Club multiplie ses attaques et incursions dans la ville, (on osera même bombarder la maison de Louis-Joseph, rue Bonsecours, où sa famille se barricade pour éviter les pierres). Ce sont aussi les pires années de récolte que l'histoire canadienne est connue. Papineau sera sujet aux pires attaques comme celle-ci qui paru dans le Herald sous forme d'annonce:

"TIR À LA CARABINE

AVIS: Personnage en plâtre figurant un agitateur bien connu tiendra lieu de but dans les derniers jours du mois prochain. Un prix sera remis aux tireurs qui abattront la tête du personnage à cinquante verge."

Les années de la résistance légale débute et des assemblées populaires s'organisent partout sous le signe des 92. L'épuisement et la fatigue des parlementaires patriotes face à la situation bas-canadienne amèneront ceux-ci à rédiger un texte célèbre qui passera à l'histoire sous le nom des 92 résolutions. Ce texte est en fait un bilan des réclamations patriotes. Ils seront discuté en chambre où un comité spéciale sera chargé de faire des modifications ou des amendements. Je vais faire un résumé de ce qu'étaient en gros les principaux point des 92(tiré de l'Histoire Populaire du Québec):

Les résolutions 1 à 5 formulent des professions de foi et de fidélité envers l'Angleterre. La 6e est un rappel de la pétition de 1827 et le fait que la plupart des abus dénoncés à l'époque, existent encore. Les résolutions 9 à 40 concernent le Conseil Législatif que l'on souhaite voir évoluer vers le gouvernement responsable, soit être élu par le peuple. Les résolutions 41 à 47 recommande une constitution plus à l'image de la nation et de ses idées. On dénonce ensuite le ton de certaines communications venant de la métropole, qui sont insultantes aux dires des patriotes. Une des résolutions soulève un point important, le fait français au Bas-Canada; elle fait figure de répliquer aux stratégies anglaise d'assimilation. Ainsi va la 52e :

" Que puisqu'un fait, qui n'a pas dépendu du choix de la majorité du peuple de cette province, de son origine française et son usage de la langue française est devenu pour les autorités coloniales un prétexte d'origine, d'exclusion, d'infériorité politique et de séparation de droits d'intérêts, cette Chambre en appelle à la justice du gouvernement de Sa Majesté et de son Parlement, et à l'honneur du peuple anglais; que la majorité des habitants du pays n'est nullement disposée à répudier aucun des avantages qu'elle tire de son origine et de sa descendance de la nation française, qui sous le rapport des progrès qu'elle a fait faire à la civilisation, aux sciences, aux lettres et aux arts, n'a jamais été en arrière de la nation britannique; et qui, aujourd'hui, dans la cause de la liberté et de la science du gouvernement est sa digne émule; de ce qui ce pays tient la plus grande partie de ses lois civiles et ecclésiastiques, la plupart de ses établissements d'enseignement et de charité, et la religion, la langue, les habitudes, les mœurs et les usages de la grande majorité de ses habitants."

Les résolutions suivantes abordent toutes les questions internes du pays discuté sous divers projets de lois qui n'ont aboutit à rien dans l'exercise de la Chambre. La 84e résolution contient en tout, 16 griefs différents qu'il est inutile d'énumérer. La 85e, par exemple accuse personnellement le gouverneur en fonction, Aylmer le grand aristocrate anglais. Les rédacteurs demandent de porter contre Aylmer des "accusations parlementaires" pour son administration illégale et inconstitutionnelle.

Les dernières résolutions parlent de certains hommes politiques en faveur des patriotes.

Ainsi dans son intégralité, les 92 sont le dernier cris d'espoir des patriotes. On peut qualifier la réaction de l'Angleterre comme un état de surprise face à l'audace de Papineau et de ses supportaires, sinon comment expliquer le silence de Londres après l'envoi de ce texte? Ils savaient parfaitement que la colonie venait de s'engager sur un point de non-retour, un refus signifiait une révolte. Ils envoyèrent donc la mission Gosford. Les patriotes se réjouissent du départ d'Aylmer, comme le montre bien le caractère ironique de cet article paru dans la Minerve: "Nous éprouvons l'indicible douleur d'annoncer que Mathieu lord Aylmer est définitivement rappelé du commandement qu'il exerça si loyalement dans le Bas-Canada. Concitoyens! Gémissons! Gémissons!! Gémissons!!!"

Le nouveau gouverneur semble faire la cour au francophone, ainsi "il multiplie les invitations à manger à sa table aussi bien aux députés qu'aux notables de la capitale. Papineau a ses petites entrées chez lui." Le flirt du gouverneur est mal vu de la part des anglais, surtout par ce Adam Thom à Montréal. "La lune de miel" avec le gouverneur sera bien courte, un scandale éclate, Papineau reçoit des extraits des instructions fait au gouverneur par Londres, les bonnes manières de Gosford n'était donc que de vils mensonges! Papineau prendra très mal cette histoire, car il s'était presque fait embarquer dans les jeux du gouverneur.

De 1834 à 1837, de vastes assemblées populaires s'organisent, une des plus populaire est celle de Saint-Ours, où on arbore le fameux drapeau patriote et où on y déclare le boycott et "l'étoffe du pays". La protestation est forte dans le pays surtout à l'arrivée des résolutions Russell. Londres refusait catégoriquement toute concession sur les 92 points en griefs. Voilà où s'arrête la résistance légale, le Richelieu se soulèvera, suivi de la région de Deux-Montagnes.

 

6comtes.gif (20362 bytes)

Assemblée des 6 comtés qui se tint à Saint-Charles. Papineau est à l'avant scène.

Synthèse des faits

 

La stratégie Bureaucrate

 

L'opposition officielle dans la chambre d'assemblée était issu d'une classe pas comme les autres, les riches anglophones que l'on nomme bureaucrates formaient cette partie de la chambre. Le danger de ces personnes était qu'elles avaient des liens étroits avec le pouvoir colonial autant au conseil législatif , dans les milieux économiques anglophone, qu'avec le gouverneur lui-même. Une intention de dominé et de surpassé hiérarchiquement tout le monde, dévorait les membres de ce parti, l'Oligarchie anglaise mondial se ressentait même ici. La Constitution de 1791, n'ayant pas été ce qu'espéraient les loyalistes, était une vieille rengaine du parti bureaucrate, ils avaient mal pris que les Canadiens, dès 1791, prennent le pouvoir de ce qui devait s'avérer être l'outil d'enrichissement anglais. Leur première attaque direct contre la majorité élu était le projet d'union de 1822.

L'autre danger était le racisme pur de ces mêmes bureaucrates, l'assimilation était leur mot d'ordre. Déjà en 1807, on avait pu lire dans le Mercury, journal publié à Québec: "Que nous soyons en guerre ou en paix, il faut faire tous nos efforts pour nous opposer à l'accroissement des Français et de leur influence…Après une possession de 47 ans, il est juste que la province devienne enfin, anglaise…" . Ajouter à cela les propos quelques années plus tard par le fondateur du Doric Club Adam Thom dans le Herald :"Balayons les français de la face de la terre.(…)Cette province doit devenir anglaise, dut-elle pour cela cesser d'être britannique(…)Il faut que la paix et la prospérité soient assurées aux Anglais, même aux dépens de la nation canadienne entière.". Propos racistes, aussi accompagné de violence gratuite autant pendant les élections qu'après.

Un moyen sûr pour amener une nation à se soulever ne serait-elle pas justement de la provoquer? C'est ce que l'on pourrait facilement déduire de l'attitude agressive et oppressive des anglais, attitude aussi d'incompréhension et de mépris à l'égard des canadiens. Mais pourquoi justement la soulever? Pour obtenir la confiscation de la constitution de 1791? Pour se débarrasser de l'élite politique canadienne après une révolution aussi vite écrasée qu'éclatée? Voilà des points importants qui viennent d'être soulever, la révolution aurait été prématurée et préméditée par le machiavélisme des bureaucrates, stratégie fort intelligente puisqu'elle débarrasserait la voix de tout ce qui dérange le pouvoir suprême anglais: Papineau et les autres, puis la constitution de 1791. Le moyen utilisé a été de sortir de la légalité les acolytes de Papineau en les harcelants, les provoquants, jusqu'à la goutte qui fait déborder le vase. L'émeute de 1832 le prouve, les extraits des journaux anglais le prouve, même les conséquences de la révolte le prouve, tout a été pensé et prévu.

L'autre coup droit des bureaucrates contre la nationalité canadienne, "la submersion des canadiens au moyen de l'immigration". (Loin de vouloir porter des discours discriminatoire et être contre l'immigration de ce peuple en pleine crise, je veux illustrer le changement social que cela a provoqué au Bas-Canada et de l'avantage que les anglais, détestant pourtant les Irlandais, ont su tirer de ce phénomène.) L'historien Benjamin Sulte écrit à ce sujet: "Un élément nouveau, introduit en Canada à la suite de la misère qui régnait en Irlande, vint à point nommé, renforcer la main des Anglais et des bureaucrates. Les Irlandais combattirent partout les Canadiens, sans doute pour reconnaître l'extrême charité dont ceux-ci avaient fait preuve envers eux lors de leur arrivée parmi nous. Vers 1833, nous avions sur les bras ces antagonistes d'un nouveau genre, et nous les avons encore, bien que le bâton soit aboli à présent.". Les bureaucrates ont donc su tirer avantage de cette immigration massive et ils ont réussi partiellement cette noyade de la nation française, ce qui permit graduellement de nous réduire à l'état de minorité. Il y a aussi le fléau du paupérisme et de la maladie que ces immigrants firent entrer au pays, ainsi 10 000 Canadiens périrent lors de la seule épidémie de choléra de 1832. Je n'accuse en aucun cas les bureaucrates d'avoir voulu introduire volontairement la maladie dans le pays, l'épidémie était mondiale et au nombre de bateau venant d'outre-mer, on pouvait s'y attendre, mais il faut dire que ça donne un bon coup de main! (un peu de sarcasme)

 

 

La réplique Patriote

 

La réplique patriote, bien que peu violente au début, eu tôt fait de réagir violemment, surtout à Montréal où le Doric Club échauffait les esprits par leurs actes de vandalisme, mais où aussi les événements de 1832 restaient encré dans les mémoires. On peut associer cette période à un certain éveil ressenti par la population canadienne, et court période puisque presque aussi vite que commencé, l'éveil est suivi de la période de dépendance qui s'étalera jusqu'à 1960.

Entre en scène la réplique politique de Papineau, qui dès la crise unioniste de 1822, s'est exprimé radicalement. Le succès de sa lutte contre le projet d'union lui vaudra d'être détesté et aussi crains par les bureaucrates. Les mêmes problèmes demeurent au retour de Papineau de Londres, le Conseil refuse toujours de changer ses positions sur la question des juges, mais surtout sur la question des subsides. À moins d'être totalement idiots, les députés ne pouvaient se résigner à jouer le rôle de spectateurs et de simple faiseur de lois surtout car ils représentent le peuple. Les élections se faisaient toujours dans la violence et l'atmosphère était tendu dans la ville de Montréal, ainsi s'explique l'émeute de 1832, le Doric Club, la création de l'association des Fils de la Liberté, etc.

La crise politique dégénérera et les députés rédigeront les 92 résolutions, derniers espoirs. Peines perdus, la réponse s'avéra négative de Londres. Les patriotes ont atteint le non-retour et le tout finira par la prise d'armes dans la vallée du Richelieu…

 

À suivre…

 

                     

Le drapeau patriote.

 

 

Références :

Bibliographie:

FILTEAU, Gérald, " Histoire des patriotes ", Montréal, Les Éditions de l’Aurore, 1975, 481 pages

SULTE, Benjamin, " Histoire des Canadiens Français, 1608-1880 ", Montréal, Wilson & cie, 1989, 160 pages

PAPINEAU, Amédée, "Journal d’un Fils de la Liberté", Ottawa, Réédition-Québec, 1972, 111 pages

LACOURSIÈRE, Jacques "Histoire populaire du Québec, de 1791 à 1841", Sillery, Éditions du septentrion 1995, 446 pages

LACHANCE, Micheline "Le roman de Julie Papineau" Édition Québec Loisirs, 516 pages

Internet :

Les Patriotes de 1837-1838, Les Patriotes de 1837-1838, (10 au 18 novembre 1999) : http://www.er.uqam.ca/nobel/k14664/patriote.htm