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Albani
( Emma Lajeunesse ) Née a Chambly le 1er novembre 1852, du mariage de Joseph Lajeunesse et de Mélina Mignault. Son père, d'origine bretonne, était un fervent musicien. Organiste de l'église de Chambly, monsieur Lajeunesse jouait encore le violon et la harpe. Madame Lajeunesse était également une excellente musicienne, et c'est avec elle, que tout d'abord, Emma fit ses premières études musicales, que son père continua plus tard... Élève des Dames du Sacré-Coeur, a Montréal, sous la direction de Madame Trincano qui comprit tout ce que recelait son âme ardente, ainsi que l'avenir réservé a son brillant talent, elle devint la femme accomplie qui a conquis les sympathies de tous ceux qui l'approchèrent,, de même qu'elle captiva l'admiration des foules qui l'entendirent. Après la mort de sa mère, Emma Lajeunesse habita Montréal avec son père. Quelques années plus tard, ils s'installèrent a Albany d'ou, protégée par l'évêque et d'éminents citoyens, elle partit pour Paris, ou elle étudia avec l'illustre ténor Duprez qui la confia a Lamperti. Le grand professeur de Milan après un travail attentif la fit débuter a Messine, le 17 novembre 1870, juste a l'anniversaire de ses dix-huit ans. Puis ce furent Aci, Reale, Florence, Malte, Londres, et la consécration suprême : Paris. Partout, ce furent d'inoubliables triomphes. Sa belle voix de soprano ravissait tous les auditoires, et ses triomphes se multiplièrent de par le monde,et jusqu'en Russie, ou ses succès tinrent du prodige. Partout on la couvrit de fleurs et de bijoux. Elle chanta a New-York, en 1874, et en 1883 elle vint jusqu'a nous. Aucun triomphe n'a jamais été comparable au sien. La foule délirait d'enthousiasme, de fierté et, disons-le, de tendresse... Celle qui chantait ainsi, qui avait enivré l'univers de son merveilleux don, était une Canadienne, une Canadienne française ! Montréal la consacra dans un mouvement d'extraordinaire enthousiasme, et personne n'a jamais reçu chez-nous, un tel baiser de la gloire... Elle passa a travers tous les pays d'Europe, et chacun de ses concerts augmentait sa renommée... Sa réputation allait de pair avec celle de la Patti a la grâce piquante et la Grisi a la beauté sculpturale, telles toutes les plus grandes cantatrices. Son talent était tel qu'il émerveillait et enchantait. On l'entendit au concert et elle brilla a l'opéra ou elle créa des rôles d'une façon qui mérita tous les éloges. Elle reprit également des rôles déja interprétés par des vedettes fameuses, mais de chacun d'eux, elle fit toujours une création supérieure. En 1876, elle épousa M. Ernest Gye, fils du directeur de l'opéra italien de Covent Garden, dont elle eut un fils qui vit a Londres. Ce fut également dans la métropole anglaise, devenue sa seconde patrie, qu'Albani mourut après avoir connu la renommée la plus glorieuse, respectée et admirée des grands comme des humbles, après avoir fait rayonner autour d'elle les plus hautes et les plus belles vertus de la femme. Albani ! Je ferme les yeux pour retrouver la femme que je veux fixer en ce portrait, telle qu'elle m'est apparue en 1903, alors qu'elle nous donna son chant du cygne, dans la chaude cordialité de son petit salon intime de l'hôtel Windsor ou elle avait bien voulu me permettre de l'interviewer. Des mains gentilles s'emparèrent des miennes, me firent tourner vers la lumière, et j'entendis : Comme vous êtes jeune... c'est drôle, je vous croyais grande, forte, et beaucoup plus âgée. Elle souriait amusée de mon air ahuri. Elle m'expliqua : Lorsque j'ai reçu votre lettre me demandant une entrevue, je me suis tout de suite rappelée ce joli article que vous avez publié sur moi, l'an dernier dans La Patrie et que mon fils a traduit pour un grand journal de Londres. Elle m'entraîna jusqu'au petit divan et m'attira tout près d'elle sans laisser mes mains qu'elle retint entre les siennes jusqu'au moment du départ, et elle m'interrogea longuement, sur mes goûts, mes travaux, mes projets, et que sais-je qu'elle se plut a me demander, comme si je pouvais intéresser, humble correspondante de journaux, la prima donna merveilleuse qui avait atteint le sommet de la gloire... Je compris combien cette femme était bonne qui se faisait presque maternelle pour me questionner. Elle parlait de cette voix qui lui attirait tous les coeurs. J'appris ainsi, combien de toute son âme elle restait nôtre et avec quelle douce fierté elle attestait ses sentiments nationaux. On a parlé de son ingrate patrie. Elle ne semblait pas savoir que cette patrie lui eût tant manqué......Sans doute jugeait-elle que les circonstances seules l'avaient fait partir d'Albany pour la conquête du monde. Elle disait son émotion de se retrouver sur la terre natale. Tout cela prenait une douceur incroyable. ...L'idéal qui l'animait transperçait en tous ses mots. Elle n'avait jamais été une faible ; le travail et l'étude ont dominé toute son existence. Elle a entouré sa voix comme le don merveilleux a qui l'on doit du respect et des soins. Elle accomplit tous les sacrifices qu'exigeait son talent. Elle n'a rien gaspillé de son bien incomparable, non plus qu'elle n'a omis d'en dispenser l'harmonieux hommage. Elle connut des années royales et sut ne jamais en tirer de puérile vanité. Parmi celles-la, nulle ne lui fut plus tendre et plus fidèle que celle de sa souveraine, la reine Victoria. Elle chanta aux concerts de la Cour, dont elle était la favorite, mais dans son intimité, la vieille reine aimait a l'attirer et a l"écouter. Sans doute que l'illustre couronnée aimait a se rapprocher ainsi, de plus près, de cette autre reine que le talent avait sacrée, et qui tenait bien elle aussi, son pouvoir, du droit divin. Lorsque sa mère mourut, Édouard V11, grand roi et fils très tendre, eut cette pensée exquise de prier Albani de chanter une dernière fois pour sa reine. Rien n'exprime l'émotion de cette suprême entrevue que l'âme ardente de l'Albani devait rendre singulièrement pathétique. Ce fut alors pour Fréchette l'occasion d'écrire de beaux vers. Des biographes éclairés, notamment Mgr. Olivier Maurault a qui j'emprunte largement bien des détails inscrits dans ces Marges d'histoires, ont célébré la Canadienne qui a le plus glorieusement illustré sa race. J'ai voulu la peindre a mon tour dans le reflet discret et intime ou elle m'est apparue, si bienveillante encore que si glorieuse. L'Albani ne peut être oubliée puisque le culte qu'elle mérite est impérissable !
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