MON PÈRE.

Mon père était à mes yeux un homme doux et
extraordinaire. Arrivé à Causapscal
à l'âge de 3 ans, il demeure dans les rangs et ensuite près d'un moulin à bois où il
y travaille pour enfin s'établir sur la route nationale où il y restera jusqu'en 1952.
En février 1916, il épouse ma mère, Marie-Blanche Tremblay avec qui ils eurent 14
enfants vivants. Ils en élevèrent 11. Pour héberger cette grande famille, il acheta une
terre d'une superficie de 100 acres de grand-père Ulysse. Il la paya $1,200.00, donna
$200.00 comptant et remboursa $100.00 par année par la suite.

La vie étant difficille à cet époque, d'octobre à
avril, il allait dans les chantiers et revenait ensuite pour faire ses semences.
Il a jobbé à la branche sud du lac Causapscal à la Nouvelle. Ses occupations
dans les chantiers, n'étaient que le travail.

Sa journée débutait à 5.00 heures du matin. Il dînait
au coin du feu, même à 40 degrés sous zéro, avec du pain, du lard et de la mélasse,
du baloney et du thé . Il ne rentrait au camp qu'à 7:00 heures du soir pour souper,
soignait ses chevaux, ensuite réparait ses attelages et se couchait. Le dimanche, dans
ses loisirs, il fabriquait des manches de hache en érable. très beaux, à ce qu'il
paraît. Grand travailleur, il ne parlait pas, chiquait son tabac au lieu de bourrer sa
pipe pour éviter de perdre du temps.

Patois favori à l'ouvrage:*Baptême!* Pour un hiver dans
un chantier, il gagnait environ $1000.00; ses hommes, eux $300.00.
A la maison, c'était un homme sage, doux, tranquille. Il
savait lire, calculer, écrire malgré à peine une 4ième année. Il lisait le Soleil, la
Terre de chez-nous et le Bulletin des Agriculteurs.

Sa couleur préférée: le rouge. Les élections
l'intéressaient, c'est à dire les comités, les parties de berlan et la pêche au saumon
dont il ressortit avec une mauvaise expérience du temps qu'il braconnait. Les Américains
l'avaient surpris, battu et laissé pour compte sur le bord de la rivière. Pour régler
cette situation il fut nommé garde-pêche et il y resta 35 ans
à très petits salaires.

Chez-nous, il aimait se faire cuisiner des omelettes au
lard, du sucre à la crème, du porc frais et des fèves au lard.
Son premier radio fut une RCA Victor à piles sèches de 9
volts. Pour ménager ses piles, il n'écoutait que les nouvelles de la guerrre, Séraphin
et les nouvelles rurales le midi. Sur quoi on l'entendait ronfler assis dans sa chaise
bercante.
L'été, durant la prohibition, il cachait son gallon de ptit blanc dans la
fournaise.Mes parents louaient un banc à l'église et se sont toujours assis dans le
même soit le no. 59;cette location se chiffrait annuellement à douze dollars.

Jamais de loisirs sur la ferme. Les jours de pluie. Il
triait les patates,trimait les petits cochons et faisait boucherie. Un fait cocasse de sa
vie, c'est lorsqu'en dormant, il alla sans s'être habillé, enlever l'échelle sur le
toît de la maison. Ce fut rappelé à maintes occasions dans la famille.

Il se servit très peu de notre premier téléphone à
cornet chromé, 3 grandes sonneries et une 1 petite. Mon père n'a jamais eu d'auto.
Il a failli en posséder une, lorsqu'un commis voyageur tua une de ses vaches avec
la sienne. L'auto fut saisie pour payer l'animal, réparée mais revendue $300.00
En 1952, il vendit sa terre à son aînée. Déménagé au
village en 1953, il travaille encore quelques saisons au Lac Causapscal. Dans ce
temps-là, il gagnait $168.00 par mois. La maladie l'envahit et il s'éteignit le 6
octobre 1961 à l'âge de 68 ans.
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