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bullet1L'oecuménisme, un don d'amitié

bullet2Vivre l'oecuménisme dans une communauté de Foi et Lumière

Une histoire de Bob Brooke en Angleterre

Seacroft est un grand ensemble de HLM près de Leeds, grande ville industrielle du Nord de l’Angleterre. Seacroft a plus de 30000 habitants, autant qu’une ville moyenne. Il y a une grande paroisse anglicane et cinq églises avoisinantes dont a la charge une équipe de prêtres: deux églises catholiques et trois églises plus petites, une méthodiste, une baptiste et une congrégationiste. A Seacroft, “Églises Ensemble” rassemble les paroissiens de diverses églises, qui préparent chaque année des rencontres au moment de Noël, de Pâques et de la semaine de l’unité en janvier. Un groupe de prière se retrouve aussi une fois par mois, le dimanche soir, et réunit des gens des différentes Églises qui souhaitent “prier pour Seacroft.”

Lorsque nous avons eu l’idée de démarrer une communauté Foi et Lumière à Seacroft, il nous a semblé normal de rencontrer “Églises Ensemble” pour voir s’ils étaient prêts à soutenir et encourager Foi et Lumière. Ils l’ont fait volontiers. Grâce au soutien des Églises locales, la première rencontre de la communauté de Seacroft a pu avoir lieu en 1993. Aujourd’hui la plupart de ses membres réguliers sont catholiques ou anglicans mais certains ne viennent d’aucune Église. Nous nous rencontrons chaque mois : une fois à Saint-Luc, l’église anglicane, la fois suivante à Notre-Dame du Bon Conseil, l’église catholique. C’est une façon de dire que notre communauté n’appartient à aucune église ou confession en particulier, mais qu’elle accueille tout chrétien. Nous ne célébrons pas l’Eucharistie lors de nos rencontres mensuelles, mais nous avons une célébration permettant la pleine participation de chacun, avec de la musique vivante, des sketches, des mimes et souvent des moments profonds de calme et de prière. En tant que prêtre anglican, je suis l’aumônier de la communauté mais souvent, l’un des prêtres catholiques locaux et deux de mes collègues anglicans nous retrouvent et occasionnellement ils animent volontiers le temps de prière. Il leur arrive aussi de participer d’une manière différente. Lors de l’une de nos dernières rencontres un prêtre anglican a animé la prière tandis qu’un prêtre catholique était au piano électronique et un autre prêtre anglican à la guitare.

En février 1996, la communauté de Seacroft accueillait la célébration régionale de la Fête de la Lumière. Nous avons reçu dans une paroisse anglicane voisine plus de quatre cent personnes des communautés Foi et Lumière de tout le Yorkshire. Aucune des églises de Seacroft n’était assez grande pour accueillir tout le monde. En plus de recevoir tous nos amis de Foi et Lumière, ce fut l’occasion de partager notre célébration et notre joie avec les paroissiens de cette église. Lors de nos rencontres mensuelles, nous invitons des musiciens d’autres Églises à jouer pour nous. Nous encourageons les membres de Foi et Lumière à participer aux activités et aux célébrations des églises du quartier et surtout aux témoignages et services oecuméniques organisés par “Églises Ensemble”. C’est notre manière de contribuer un peu ait rapprochement des Églises, de mieux nous comprendre et d’apprécier les traditions des autres, et de nous en enrichir.

Nous participons aux célébrations et pèlerinages régionaux et nationaux de Foi et Lumière, et trouvons souvent, à ces occasions, qu’il est difficile et triste de ne pas pouvoir partager complètement l’Eucharistie ou la Messe. Mais nous préférons être ensemble et souffrir parfois de nos divisions plutôt que d’être séparés.

Et une histoire de Marie en Suède

En Suède, il y a quatre communautés de Foi et Lumière bien établies et on est en train d’en commencer un autre pour les enfants. Toutes les communautés suédoises sont mixtes: il y a des catholiques et des protestants.

Les deux communautés de Göteborg ont des aumôniers catholiques mais un pasteur de l’Église de Suède (luthérien) est membre de l’une d’elles. La communauté d’Uppsala a un aumônier protestant alors que la communauté de Stockholm a un aumônier catholique.

La communauté dont je fais partie a toujours été mixte. Nous suivons généralement le carnet de route pour préparer nos rencontres, mais nous laissons parfois de côté certains aspects qui ne sont pas familiers à tous. Si nous introduisons quelque chose qui n’est pas familier à tous, nous l’expliquons aux autres. Nous ne célébrons pas la messe lors de nos réunions. Nous lisons un passage de la Bible, nous en parlons et parfois aussi nous le mimons. Nous aimons beaucoup prier en faisant circuler une bougie. Celui qui tient la bougie dit une prière en silence ou à voix haute, et les autres prient en silence pour lui.

Quand nous faisons un camp, nous célébrons habituellement l’eucharistie protestante un jour et la messe catholique l’autre jour. Ceux qui ne peuvent recevoir la communion, reçoivent une bénédiction. Nous l’expliquons toujours avant chaque célébration.



Vivre l’œcuménisme dans une communauté Foi et Lumière uniquement  catholique.
L’expérience de Foi et Lumière en Irlande


Il y a 23 communautés Foi et Lumière en Irlande et 6 d’entre d’elles en lrlande du Nord. Toutes sont catholiques. Ce n’est pas un choix délibéré niais il se trouve que c’est comme ça. Dans de nombreux pays où existe Foi et Lumière, des communautés sont enracinées dans des dénominations différentes, des Fois différentes. L’Irlande est peut-être l’illustration d’une dure réalité où existent des obstacles importants à l’unité entre les dénominations chrétiennes, qui sont davantage dus à des différences culturelles, historiques et politiques qu’à des différences d’enseignement et de convictions.

Au départ, beaucoup de parents en Irlande se tournent vers Foi et Lumière car ils savent que leur fils ou leur fille pourra aller à la messe, recevoir la communion et être bien acceptés comme ils sont sans crainte d’être rejetés. Dans de nombreux cas, c’est la seule fois dans le mois où leur fils, ou leur fille, aura cette occasion.

C’est donc une tradition très précieuse pour nous en Irlande. Toutes les communautés qui ont la chance d’avoir un aumônier, font de la célébration de la messe le moment de prière principal de leur rencontre mensuelle. Les pèlerinages, les vacances, les retraites, sont tous préparés dans une perspective catholique. Alors comment être témoin en Irlande de la vision oecuménique de Foi et Lumière ? Comment une communauté Foi et Lumière entièrement catholique peut-elle vivre l’œcuménisme ?

Le Pape Jean-Paul Il a dit à propos de l’Église Catholique:
“L’œcuménisme est une partie intégrante de sa vie et de son oeuvre et doit donc pénétrer tout ce qu’elle est et fait.”
(Ut Unum Sint, 20)


A Foi et Lumière, c’est tout simplement en étant avec des personnes ayant un handicap que l’on découvre la pauvreté de l’esprit, l’humilité, l’ouverture, l’accueil. Nous découvrons que la différence n’est pas menace mais enrichissement. Nous apprenons à dire “Je t’accepte tel que tu es.” Nous apprenons à vivre comme des êtres égaux, à reconnaître les dons de chacun, à nous encourager. Tous ces enseignements ouvrent nos cœurs à la possibilité d’accepter ceux qui sont différents, différents dans leurs capacités, mais aussi par leur façon de prier, différents par leur tradition d’Église, différents par certaines de leurs croyances ecclésiales.

Faire partie de Foi et Lumière implique que lorsqu’on voit Anne qui a un handicap mental, on la traite avec respect et dignité, on apprécie ses dons et le rôle qu’elle joue dans notre humanité brisée mais commune. Si nous laissons l’esprit de Foi et Lumière envahir tout ce que nous sommes et faisons, et brisons nos barrières de préjugés et de supériorité, alors ce regard éclairé sur Anne peut aussi nous conduire à traiter ceux qui appartiennent à des traditions religieuses différentes avec respect et dignité. Nous pourrons apprécier les dons de leur tradition et reconnaître que nous faisons tous partie de cette humanité brisée mais commune. Jésus m’aime comme je suis, niais Jésus t’aime aussi comme tu es.

A Foi et Lumière, nous constatons tous les jours que les petites choses sont importantes. Ce n’est pas notre mission de changer le monde aujourd’hui ! Il nous est demandé de se faire pauvre, petit, de descendre de l’échelle pour y rencontrer Jésus. Peut-être que le moyen le plus efficace pour nous de vivre l’œcuménisme et particulièrement en ce moment en Irlande, est de prier pour l’œcuménisme. Etre simplement en compagnie de Jésus dans la prière, de savoir qu’il désire notre unité et de faire nôtre la prière qu’il a dite la veille de sa mort. “Qu’ils soient un afin que le monde sache que c’est toi qui m’as envoyé.”


En lrlande, nous avons pu vivre l’oecuménisme lorsque nous nous sommes ouverts à d’autres et les avons invités à nous rejoindre. La communauté d’Hannah a organisé une fête dans le jardin, en été, lorsque Simon et Inge du Danemark étaient là. Elle a invité le recteur de l’Église d’Irlande locale, ainsi que ses jeunes visiteurs luthériens, également du Danemark. Le Père Barry a invité le révérend Tony à animer avec lui la prière communautaire. La rencontre de diverses traditions et cultures fut un moment béni pour la communauté locale de Foi et Lumière, l’occasion d’ouvrir son cœur et son esprit.


Tout ce que nous découvrons tandis que nous répondons timidement à cette invitation, peut nous permettre de vivre en profondeur l’esprit d’oecuménisme. Maura à Bantry raconte comment en prenant une idée du carnet de route de janvier 1995, son équipe de coordination a invité des paroissiens de l’Église d’Irlande locale à leur fête. Au moment de la prière, ils ont fait circuler une bougie allumée.  Chacun pouvait prier à voix haute ou en silence lorsqu’il avait la bougie dans la main. Zoé, une personne handicapée membre de l’Église d’Irlande a commencé à s’agiter tandis que la bougie s’approchait d’elle, puis elle a demandé d’une voix forte : “Est-ce que c’est Dieu ?“ Une question innocente mais qui a provoqué la panique chez Maura. Est-ce que l’utilisation de la bougie allait mettre les invités protestants mal à l’aise ?  L’équipe de coordination avait-elle bien réfléchi aux conséquences de son invitation ?

C’est très important d’être sensible et respectueux des traditions des autres. Nous devons être conscients que certaines choses qui semblent aller de soi dans une communauté catholique ne seraient peut-être pas acceptables dans d’autres traditions. On devrait reconnaître et expliquer certaines différences. L’effort de reconnaissance ou d’explication est le signe d’un respect de la différence et garantit qu’il n’y aura pas de quiproquo et que personne ne se sentira offensé ou mal à l’aise. En fait dans le petit groupe de Bantry, personne n'a été offensé mais pour Maura, Zoé fut celle qui a mis en évidence le besoin d’une plus grand sensibilité et d’un respect pour la différence.

Une autre communauté Foi et Lumière de la région Nord a dû affronter une question encore plus sensible. Un jeune homme trisomique avait émis le souhait de faire partie de la communauté Foi et Lumière locale. Comme il vivait dans un foyer, un membre du personnel a décidé de l’accompagner à la réunion mensuelle. Mais l’équipe de coordination de Foi et Lumière devait d’abord répondre au problème le plus douloureux: la communion inter-confessionnelle.

 Ce jeune homme venait de l’Église d’Irlande. La joie qu’éprouvait la communauté à accueillir un nouveau membre était assombrie par la tristesse de ne pouvoir partager la communion autour de la même table ; le corps brisé est devenu une réalité criante pour le groupe. Des avis tranchants furent émis, des sentiments exacerbés et deux points de vue opposés ont émergé. Le groupe a reconnu l’importance du respect des convictions chrétiennes de leur nouvel ami, et la nécessité du partage a été reconnue aussi comme très importante.

L’équipe de coordination a rencontré son évêque dont la sagesse a su indiquer la route à suivre. Avec l’accord des parents et du pasteur du nouveau membre, et vu qu’il n’y avait pas la possibilité d’une eucharistie anglicane, il put être invité à participer à la communion avec sa communauté Foi et Lumière.

Le mot oecuménisme n’est compris par le plus grand nombre que comme l’unité de l’Église, niais l’œcuménisme est un concept beaucoup plus large. C’est un mot grec qui signifie à la fois “habitation” et “maison”, et il a pris le sens de “monde entier habité.” On a alors l’image du monde entier et c’est comme si tout le monde vivait sous le même toit, uni malgré les différences de culture, de langue, de couleur, de foi ou de capacités. L’œcuménisme ce n’est pas chercher à rendre les gens semblables, niais c’est plutôt respecter le droit de chacun à être différent, c’est reconnaître la différence comme quelque chose qui enrichit; c’est découvrir dans la diversité une source possible d’unité. Dans chaque famille il peut y avoir des différences et pourtant l’unité peut être là ; dans chaque communauté Foi et Lumière, il y a des différences et pourtant nous nous efforçons inlassablement de vivre l’unité.

Pour nous à Foi et Lumière, “l’acceptation” est un mot qui petit à petit prend chair. L’acceptation des autres tels qu’ils sont. C’est le contraire d’une démarche qui consisterait à changer les autres pour qu’ils deviennent comme moi pour que je puisse les accepter. Mais dans la paix qui trouve sa source dans l’acceptation, l’amitié et l’humilité de cœur, le Saint-Esprit a le pouvoir de changer nos cœurs. Finalement, nos amis handicapés de Foi et Lumière ne nous renvoient-ils pas sans cesse à ce besoin d’être accepté, d’avoir des amis ?

L’esprit de l’oecuménisme peut vivre dans tous les cœurs, dans le cœur d’un Catholique, dans le cœur d’un Protestant, dans le cœur d’un Musulman, dans le cœur d’un Hindou. Il peut aussi vivre dans le cœur d’une communauté Foi et Lumière même si elle est uniquement catholique. Si nous aimons le don de Foi et Lumière alors nous n’avons pas d’alternative quand il est question d’œcuménisme. Il y a là Zoé et tant d’autres pour nous entraîner sur ce chemin.


Anne Gibson