Foi et Lumière

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bullet1 L'inspiration et les valeurs de Foi et Lumière
bullet2 La responsabilité

bullet3 Au jour le jour

Au moment de son élection, le responsable de la communauté se sent souvent porté, soutenu par l'équipe de coordination et la communauté tout entière. Il est conscient de ses limites mais en même temps, il est sûr de la force que le Seigneur lui donnera pour accomplir sa mission. C'est seulement peu à peu que sa responsabilité risque de lui apparaître comme une croix, parfois bien lourde, parfois impossible à porter, encore que celle-ci soit sans comparaison avec la croix visible du handicap ou d'autres plus cachées, que portent dans leur propre chair tant de personnes de nos communautés.


En quoi peut consister la croix de la responsabilité à Foi et Lumière?

La souffrance

Le responsable est appelé à porter en lui une certaine part des soucis et des souffrances que vivent les membres de la communauté. Parmi ces souffrances, il y a d'abord la réalité du handicap avec tout son cortège de conséquence: culpabilité, révolte, honte des parents, accentuées bien souvent par le refus de toute forme de fragilité de la part de la société... Dans nos communautés, les familles, les amis, les personnes handicapées elles-mêmes, et aussi les responsables continueront de porter ensemble le poids de ce rejet. Cette souffrance-là est ineffaçable. Elle est la terre d'enracinement de nos communautés, et même leur raison d'être.

La mission de nos communautés est de porter témoignage la valeur infinie de la personne handicapée, si démunie soit-elle, dans le champ de bataille des idées véhiculées aujourd'hui plus que jamais par la société au sujet handicap et de toute fragilité de la vie humaine. C'est au coeur de cette réalité de luttes et de souffrances que nos communautés sont appelées à devenir de petits oasis paix et d'amour mais même au coeur de nos communautés, la souffrance et parfois la révolte resteront présentes sous de multiples formes.

Nous savons que nous ne pouvons ni fuir ni évacuer la souffrance, mais qu'il faut apprendre à accompagner celui qui souffre dans un chemin de vraie compassion.

• ...    La compassion est la première attitude du responsable qui aime les personnes qui lui sont confiées.

A certains moments, ce chemin de compassion peut nous paraître bien au-dessus de nos forces... Seul Jésus peut venir porter la croix à nos côtés, à notre place...

•      "Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau, et moi, je vous soulagerai."

Math. 11,28

A côté de la souffrance des parents blessés, des amis révoltés, des petits trop souvent rejetés, qu'il faut combattre et en même temps accepter comme la terre d'enracinement et de croissance de Foi et Lumière, il y a bien d'autres sources de souffrance, de soucis qui nous compliquent la vie et rendent notre responsabilité difficile à porter.

Il est vraiment important que celui qui porte une responsabilité s'arrête, au bon moment, pour regarder ce qui l'épuise, ce qui lui fait mal, ce qui mine ses forces...

Mais qu'il prenne aussi le temps de chercher, jusqu'à ce qu'il trouve, ce dont il a vraiment besoin pour être nourri en profondeur, pour retrouver force et espérance, pour tenir debout comme Marie au pied de la croix, si c'est là que le Seigneur l'attend aujourd'hui. (voir plus loin l'article de Jean Vanier: "Construire notre unité intérieure...")


Le découragement

C'est difficile d'être responsable quand on est dépassé par la souffrance des parents, voire leur révolte, mais c'est difficile aussi

- quand les jeunes ne peuvent s'engager plus,
- quand la communauté semble stagner,
- quand les tensions au sein de l'équipe de coordination pompent toute l'énergie et détournent de l'essentiel.
- quand on se sent soi-même à bout de souffle,
- quand l'engagement à Foi et Lumière provoque des tiraillements sur le plan familial ou professionnel,
- quand on est toujours seul pour tout faire...
- quand on n'a plus le courage d'être fidèle,
- quand on est critiqué...
- quand on ne sait plus quelles sont les priorités ni pour la communauté ni pour soi...

En plus de cette réalité difficile, le responsable de la communauté est confronté à diverses priorités dans lesquelles il croit souvent devoir agir lui-même.

La surcharge

"Il faudrait être proche d'une famille dans l'épreuve du deuil... Il faudrait prendre le temps de rencontrer enfin l'aumônier qui n'est pas vraiment "dans le coup"...

Il faudrait choisir quel sera le prochain endroit de camp.
Il faudrait être artisan de réconciliation quand quelqu'un garde rancune..., oser une démarche de pardon....
Il faudrait convaincre un jeune ami d'accompagner à Lourdes...
Il faudrait résoudre une question financière pour une famille en difficulté...
Il faudrait aller voir un curé de paroisse "récalcitrant"...
Il faudrait penser à la formation des nouveaux amis dans la communauté, relancer les indécis...
Il faudrait terminer le petit journal de la communauté avant ce soir..."

Et chacun pourra aisément compléter la liste!

Que de soucis multiples! Que de conflits difficiles à gérer! Tous , nous pouvons nous sentir quelquefois découragés devant le poids du fardeau, réel ou perçu comme tel en fonction de notre fatigue, nos limites, nos manques d'équilibre dans nos investissements d'énergie et la méconnaissance du rythme dont notre être profond a besoin pour vivre et donner vie.

"A la dernière rencontre de communauté tout a très mal démarré: les personnes de l'équipe de coordination responsables de l'animation n'étaient pas là. Tout le monde était dispersé. Un enfant resté dans un coin commençait une crise. Ne sachant que faire, au moins aussi énervée que lui, je lui ai pris la main. Et la paix est revenue pour lui comme pour moi! Alors seulement j'ai pu reprendre le gouvernail et lancer un chant pour commencer notre rencontre." (Bénédicte)


Que faire quand rien ne va plus?

Ce qui est important, c'est de

- reconnaître que nous traversons un moment de crise.
- savoir que nous ne sommes pas seuls, nous faire aider, chercher une nouvelle unité et de nouveaux points d'appui.


Reconnaître la crise comme étape de croissance

Dans l'exercice de notre responsabilité et dans notre vie, comme dans la vie de la communauté d'ailleurs, nous passons par de réels moments de crise, qu'il faut oser reconnaître.

Mais rassurons-nous! Ecoutons Marie-Hélène Mathieu:

"La crise n 'est pas un mal en soi, elle est révélatrice d'un moment difficile mais capital par les réorientations qu 'il va nous amener à prendre. Que f aire en cas de crise? Il n'y u pas de méthode assurée. Chacun vit les tensions comme il le peut, c'est-à-dire douloureusement, maladroitement. Oserais-je formuler quelques points d'appui sur notre route quand elle traverse le tunnel? La crise, lorsqu 'elle éclate, habituellement nous écrase. Nous sentons que nous n 'avons pas la force intérieure pour y faire face. C'est la démission, parfois le désespoir. Nous avons alors besoin de trouver l'ami, "l'homme sûr", qui va nous redonner confiance dans les ressources de notre coeur et nous aider à faire de la situation conflictuelle que nous traversons une étape de croissance.

Les bienfaits possibles de la crise, nous allons les découvrir peu à peu. L'épreuve à laquelle nous sommes affrontés va parfois nous conduire à prendre conscience de nos responsabilités personnelles dans sa survenue. De là, sans doute, un appel intérieur à sortir de notre satisfaction, de notre égoïsme, du train-train dans lequel nous étions peut-être enlisés.  La crise, lorsqu’elle résulte de conflits, est une invitation à une unité nouvelle, si nous acceptons dans la vérité les failles de notre communauté, et si nous décidons de rebâtir ensemble. La crise, quelle qu'elle soit, nous met face à notre pauvreté, à notre faiblesse fondamentale.  Elle nous invite à nous tourner vers Dieu, à lui demander pardon, à lui ouvrir notre coeur pour recevoir sa lumière et sa force sans lesquelles nous ne pouvons rien.  Dans l'Évangile, c'est au moment de la plus grande crise, lorsque tout semble perdu, lorsque les apôtres ont perdu toute espérance, que le monde est sauvé.  Bienheureux sommes-nous si, à la suite de Marie, nous croyons comme elle que, des ténèbres les plus complètes, peut monter déjà l'aurore." (Marie-Hélène Mathieu)


Chercher de nouveaux et solides points d'appui

L'essentiel dans les moments de crise est de pouvoir trouver "l'ami sur' avec qui partager; compter sur le soutien de l'équipe de coordination; chercher une unité nouvelle en  équipe et en soi-même.


Trouver l'ami sûr avec qui partager

Dans les moments difficiles, nous avons besoin d'être aidés, de trouver l'ami sûr en qui nous avons confiance, qui acceptera de marcher à nos côtés, qui nous guidera sur le chemin du discernement et des réorientations éventuelles.  Cet ami sûr, nous pourrons le trouver peut-être en la personne de l'aumônier, ou du coordinateur régional, ou peut-être lors d'un temps de ressourcement ou de formation avec d'autres responsables, parfois en dehors de Foi et Lumière, mais parfois aussi au coeur de l'équipe de coordination dont le rôle en tant qu'équipe est de soutenir concrètement le responsable et de servir avec lui.

L'expérience nous montre enfin que c'est souvent la rencontre de la communauté qui est, pour le responsable comme pour chacun d'ailleurs, le premier lieu de ressourcement qui redonne force et enthousiasme. Réellement, c'est souvent près des plus petits que nous pouvons venir nous reposer de tous nos soucis.

De même, chacun de nous sait bien qu'une visite à tel ami ou telle famille de la communauté sera vraiment ressourçante et le rendra plus "léger"...

"On préparait la session de Formation... et j'avais beaucoup de travail pour que tout soit prêt... J'étais un peu bousculée dans mon temps de présence à chacun à la maison. Fatiguée, je suis arrivée ce jour-là près de Laurent. Et tout d'un coup, j'ai réalisé combien c'était reposant d'être tout simplement près de lui, sans penser à rien du tout! Laurent était assis sur le bord de son lit, je l'ai pris dans mes bras et je suis restée là quelques minutes sans parler...

Il était appuyé contre mon coeur et à un moment donné, il s'est vraiment dégagé de mes bras pour relever la tête, me regarder et esquisser une caresse sur mon visage. C'est comme si Laurent s'était rendu compte qu'il n'était pas là uniquement pour recevoir mon affection mais aussi pour me donner la sienne... Cela m'a fait un bien fou!"


Compter sur le soutien de l'équipe de coordination

C'est pour éviter le danger d'une solitude trop grande dans la responsabilité que les structures de Foi et Lumière ont prévu à chaque niveau, l'existence d'un système de soutien. Le responsable est à la fois soutenu par le conseil régional et aidé par son équipe de coordination qui est garante de celui qu'elle a élu; co-responsable avec lui, elle l'entoure avec sagesse et discernement pour qu'il ne se laisse pas écraser par sa responsabilité mais qu'il puisse la porter "allègrement". Le soutien de l'équipe de coordination n'est pas d'abord un soutien psychologique mais surtout un soutien d'efficacité qui peut parfois conduire après évaluation à une remise en question et un partage nouveau des tâches et des responsabilités de chaque membre dans l'équipe.

En même temps, un souci omniprésent et exagéré d'efficacité appauvrit la vie de l'équipe... De temps à autre, n'hésitons pas à passer ensemble une bonne soirée, où l'on peut se détendre, faire des sketches, raconter des souvenirs drôles et rire tout simplement...

"Invitée à aller rencontrer les équipes de coordination d'Espagne, je pars et... rate l'avion. Catastrophe! impossible de prévenir le responsable: il n'a pas le téléphone.

Le lendemain, à mon arrivée, je trouve un groupe en pleine forme, vivant, très uni et heureux! Ils avaient passé la soirée - soi disant à m'attendre - au restaurant et avaient dansé toute la nuit.

Le responsable me confie: "Tu sais, je crois que cette soirée nous a fait 100 fois plus de bien que si nous avions dû travailler avec toi et t'écouter nous parler de la vie de l'équipe! Nous ne nous étions jamais retrouvé ainsi, gratuitement, pour la joie de vivre ensemble."

Grâce à Dieu! (Marie-Vincente)


Voici ce que disent la Constitution de Foi et Lumière (11,4) et le Cahier du responsable n° 1 :

•    "le responsable est aidé par une équipe de coordination qui se retrouve pour préparer et évaluer les rencontres de la communauté ainsi que les autres activités ".

"Cette équipe se rencontre avant les réunions, émet des idées, prépare et anime les rencontres ".

"Les membres de l'équipe se retrouvent au moins une fois par mois pour préparer et prier ensemble."

Il est important que ce noyau approfondisse sa vision de l'essentiel par la lecture de la Charte et de la Constitution, des livrets de formation, des articles de Ombres et Lumière ou l'écoute de cassettes sur la place de la personne handicapée dans notre monde etc..

• "le rôle de l'équipe est de fixer les priorités, maintenir l'élan, répartir les responsabilités."

Pour éviter découragements et surcharges inutiles, le responsable résistera donc dès le début au piège de "faire tout tout seul". Il cherchera à déléguer au maximum tout ce qui ne relève pas de sa responsabilité propre en confirmant tous ceux qu'il appelle à une responsabilité, même partielle, et en mettant en valeur les dons de chacun, de manière à ce que la responsabilité et le travail soit réellement partagés au sein de l'équipe de coordination.

La Constitution et le cahier du responsable précisent:

• "La force de l'équipe de coordination est dans son unité."

"Chacune des communautés Foi et Lumière grandira et s'approfondira dans la mesure où son équipe de coordination sera unie et fidèle à la prière."


Chercher un chemin d'unité dans l'équipe de coordination

Le chemin vers l'unité vécu au sein de l'équipe est sans nul doute la meilleure façon de découvrir quelle unité, quelle communion, nous sommes appelés à vivre en communauté autour du plus petit. En ce sens, le chemin d'unité et de communion au sein de l'équipe de coordination est une "nécessité" qui permet, avec l'aide de l'Esprit Saint, de vivre dans un climat de confiance mutuelle, d'amour et de pardon, au delà d'opinions parfois divergentes.

Au sein de l'équipe de coordination d'abord, nous devons croire qu'il est possible d'assumer les difficultés dans le dialogue, sous le regard miséricordieux de Jésus, pour que les désaccords, les tensions, les fragilités de chacun soient portées avec une bienveillance mutuelle. Il va de soi que ce désir d'unité aura des répercussions sur la manière d'accepter chacun dans la communauté. Si l'équipe de coordination cherche à vivre une unité profonde et prie pour cette unité en Jésus, jamais sa force ne s'épuisera complètement dans les tensions internes.

Chacun deviendra davantage ce qu'il est appelé à être et l'équipe deviendra de plus en plus disponible pour vivre ce chemin d'unité avec la communauté tout entière. Là sera son vrai souci: "Etre un instrument au service de la communion". Alors l'amour se fera à la fois inventif et obéissant à l'inspiration de l'Esprit Saint. C'est ce climat d'amour et d'unité qui transfigurera les soucis que nous portons dans Foi et Lumière. Ainsi pourrons-nous porter avec confiance notre responsabilité même quand la route ressemble très fort au chemin de la Croix.


Découvrir une unité nouvelle au fond de soi

Parce qu'il est responsable "en dernier ressort", le berger de la communauté doit accepter une part de solitude inévitable.Parfois, son équipe de coordination est vraiment trop faible pour porter ses propres interrogations...

C'est pourquoi, en même temps qu'il veille à l'unité entre les membres de l'équipe et dans la communauté, il aura le souci de travailler avec patience et douceur à sa propre unité intérieure, absolument vitale pour régulièrement resituer son engagement à Foi et Lumière au coeur de sa propre vie.

Il sait que dans le secret de la solitude, du silence et de la prière, le Seigneur lui-même veut lui apprendre comment devenir peu à peu un "berger selon son coeur" et il aspire à se laisser enseigner intérieurement par Lui.

•     "Dieu vient toujours au secours de celui qui a l'autorité s'il est humble et s'il cherche à être serviteur de la vérité."  (Jean Vanier)

Cette disposition intérieure est fondamentale:

Tous nous avons besoin de recevoir une nourriture appropriée à la faim de notre coeur, pour vivre dans l'unité intérieure et grandir dans notre capacité de communion avec les personnes qui nous sont confiées. Où trouver la nourriture dont notre coeur a besoin pour vivre dans l'unité? Cette question est si importante que nous avons voulu, dans le cadre de ce livret, vous proposer sous forme d'article séparé, quelques précieuses réflexions de Jean Vanier à ce sujet.


Viviane le Polain


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