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bullet3 Les fruits d'une visite

Aussitôt après l’Annonciation, Saint Luc nous dit que Marie se hâte de rendre visite à sa cousine Elisabeth.

Par L’Ange Gabriel, elle sait qu’Elisabeth, méprisée parce qu’elle était stérile, à conçu un fils dans sa vieillesse. L’Ange l’avait dit à Marie : “Rien n’est impossible à Dieu” St Luc, 1,37)

Evidemment, on peut s’attacher à l’aspect tout à fait extraordinaire de la rencontre de ces deux femmes, l’une en qui habite le Fils de Dieu, l’autre enceinte aussi de façon miraculeuse. Mais, je voudrais, bien davantage, évoquer cette visitation sous son aspect le plus banal et quotidien : rendre visite, se déplacer pour porter l’aide, le réconfort, la joie.

Nos visites

Chacune de nos visites, de nos rencontres peut être un moment unique lorsque la confiance en Dieu et son amour les inspirent ; le silence d’un regard, le signe ou la parole d’affection peut apporter l’instant de joie, l’instant qui peut agir sur une vie entière. Parfois aussi, sans que nous nous y attendions, ceux que nous visitons nous rendent la paix, l’espérance et nous réintroduisent dans ce mystère du “Magnificat”.

C’est un tel moment qu’a évoqué, devant nous un jour, dans une rencontre “FOI et LUMIÈRE Marieangela Bertolini, une amie de Rome, qui veut bien que je rappelle un souvenir qui n’est pas le mien mais le sien.

Depuis sa naissance

Marieangela accompagné son mari et sa petite fille à Lourdes, mais ce n’est point sa visite. Elle suit les siens, voilà tout. Car son cœur est fermé. Depuis la naissance de Maria-Francesca, la révolte ne la quitte guère. Aussi devant la grotte, sa prière ressemble à celle de Job lorsqu’il se répand en reproches contre Dieu (Jb 10,17). Elle dit en substance à la Vierge Marie: “Tu ne peux pas comprendre. Ça ne t’est pas arrivé à toi. Et puis tu es trop loin tu ne peux pas m’aider”.

Marieangela ajoute, en regardant quand même la statue de la grotte: “Mais si tu le peux, fais quelque chose pour moi”. C’est dit plutôt que cru. Ce n’est pas espéré. A peu près au même moment, une personne qui les a remarquées, elle et son enfant, s’approche et tend un papier. Marieangela le glisse dans sa poche.

De retour à l’hôtel, l’incident lui revient à l’esprit. Elle lit: “Si vous le voulez, madame, venez ce soir à une rencontre de parents d’enfants handicapés, à la maison des pèlerins”. Marieangela ne désire pas y aller. Plus, elle le redoute. Son mari, au contraire, la supplie.

Pour lui faire plaisir, elle va faire cette nouvelle “visite”, le coeur toujours aussi sec. La voilà, dès l’entrée, mêlée à un groupe de parents, à leurs enfants, presque tous profondément marqués d’un handicap.

La réunion commence

Les parents exposent leurs difficultés, comment ils se sont soutenus, comment ils s’entraident. Certains osent dire que leur enfant a approfondi leur existence, lui a fait prendre un autre sens. Ils l’ont aimé, aimé dans sa pauvreté, dans ce qu’il a d’unique. Une maman - il s’agit de Marie-Françoise Heyndricks   assure que jamais son coeur ne se serait ouvert aux autres si elle n’avait pas eu cet enfant “pas comme les autres”. Elle parle aussi d’une joie secrète à travers sa peine, une joie d’aimer... Tout cela, Mariangela l’écoute. Mais il lui semble qu’il s’agit d’un autre univers, d’un énorme malentendu. Elle écoute, oui, mais sans rien comprendre.

A la fin, tous entonnent le “Magnificat”. Presque malgré elle, Mariangela chante aussi. Il lui faut prononcer: “Le Seigneur fit pour moi des merveilles”. Elle l’articule avec lassitude, puis sans qu’elle sache ni comment, ni pourquoi, elle sent que son coeur s’adoucit. Elle chante plus franchement à l’unisson des autres:

II disperse les superbes,

Il élève les humbles,

II comble de bien les affamés,

Renvoie les riches les mains vides.

(Lue 1,52)


Sa Miséricorde

Cette fois, elle ne chante plus. Elle comprend. Elle pleure. Cela ne lui était plus arrivé depuis la naissance de sa fille. Elle pleure parce qu’elle vient de retrouver sa foi. C’est vrai : “Dieu élève les humbles”. Elle vient de comprendre que “Sa miséricorde s’étend d’âge en âge” (Lue 1,50). Elle vient de la recevoir, et c’est pour toujours.

Elle regarde sa petite fille meurtrie, souffrante. Elle reconnaît soudain en elle, ce à quoi elle n’a jamais songé, le visage de Jésus. Maria-Francesca lui apporte le mystère de la Rédemption. Elle est devenue présence de Dieu, source de vie, comme une porte d’entrée dans le royaume de Dieu, le royaume des Béatitudes.


Marie Hélène Mathieu

(Extrait d’une conférence sur Marie, Mère de Miséricorde)

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