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Foi et Lumière | | |
Construire notre unité intérieure
- Fatigue - Epuisement - Sentiment d'être à bout de forces
- Colère et accusation - Douleur et tension intérieure:
Autant de signaux d'alarme qui révèlent notre fragmentation et constituent un danger pour nous tous
qui portons une responsabilité dans
Foi et Lumière. Le danger, en étant responsable, c'est que nous faisons de plus en plus de choses. Nous
nous sentons de plus en plus
responsables. Nous devenons de plus en plus fatigués. Nous commençons à perdre le sens des priorités.
Nous ne savons plus ce qui
est le plus important et ce qui est le moins important. Nous nous attachons à nos projets, à nos idées.
Nous avons peur de les perdre.
Petit à petit, nous sentons que nous sommes à bout de forces. Tout d'abord il y a le sentiment de n'être
pas vraiment présent à ce qu'on
fait mais nous n'en parlons à personne. Nous continuons et nous allons au-delà de nos limites parce
que nous voulons "être à la hauteur".
Parfois, pour une raison spirituelle, nous nous disons : "cela, c'est ma croix donc je dois continuer!"
(Nous devons voir la différence entre
la croix que nous devons porter et la croix que nous devons laisser de côté : il faut un discernement
clair à ce sujet...)
Nous commençons alors à nous sentir seuls et sans aide. Des colères montent en nous quand nous nous
sentons impuissants. Souvent,
ces colères s'expriment dans la famille, dans le couple, ou peut-être dans la communauté paroissiale
ou dans la communauté Foi et
Lumière. Quand nous nous sentons impuissants, souvent nous rejetons cela sur quelqu'un d'autre. Nous
ne sommes pas capables de
dire : "c'est ma faute", donc nous accusons les autres. Quand nous commençons à accuser, c'est
le signe que nous vivons des tensions
intérieures. Quelquefois, il arrive que nous nous identifions tellement à notre rôle que nous sommes
incapables de nous arrêter : nous
sommes terrifiés à l'idée de perdre notre rôle. C'est comme si en perdant le rôle de coordinateur, de
responsable, nous n'existions plus.
Au début, nous étions très généreux mais à la fin c'est la crise. Et cette crise peut parfois être très
sérieuse : elle peut s'exprimer à
l'intérieur de la famille, avec ses enfants ou dans la communauté. Il y a ainsi risque de nous perdre
, "épuisés", incapables de donner ce
qu'on nous demande.
Les autres ont besoin que nous soyons unifiés en profondeur pour recevoir le meilleur de nous-mêmes.
Si vous n'êtes pas bien , si vous n'êtes pas détendu, si vous n'êtes pas en paix, vous ne pouvez pas
donner le meilleur de vous-mêmes.
Vous donnerez aux autres votre fatigue, vos tensions intérieures. Ce qui est important c'est de donner
à partir de votre coeur. Il n'y a
donc pas de contradiction entre s'aimer et aimer les autres. Nous nous aimons nous-mêmes pour être un
meilleur pain pour les autres.
La relation entre l'amour de Jésus, l'amour de nous-mêmes et l'amour des autres est très intime. En
réalité, c'est le même amour.
Un des passages de l'Evangile que j'aime tout particulièrement, c'est le chapitre 7 de saint Jean, verset
37:
• "Celui qui a soif qu'il vienne à moi, et qu'il boive ". Celui
qui croit en moi, selon le mot de l''Ecriture,"de son sein couleront des
fleuves d'eau vive."
C'est ce que Jésus a dit à la Samaritaine : "Si tu bois l'eau que je te donne, cette eau va devenir
en toi une source d'eau jaillissant en vie
éternelle". C'est la même chose quand Jésus dit : "Celui qui vit en moi, portera beaucoup
de fruits". Si nous sommes en communion
avec Jésus, cette communion va jaillir et si nous buvons l'eau du Christ, l'eau du Christ va jaillir,
en nous, et de nous.
L'unité entre notre coeur et le coeur de Jésus, entre notre coeur et le coeur des autres est quelque
chose de si simple. Si nous faisons
beaucoup de choses, nous n'aurons jamais vraiment le temps d'être en communion avec les autres.
Nous ferons des choses pour eux mais nous ne serons pas vraiment en communion avec eux. Or le coeur
de Foi et Lumière est d'être
en communion avec les autres parce qu~ nous sommes en communion avec Jésus. Cela signifie que nous sommes
appelés à être de
petits instruments de l'amour de Jésus et pour cela, nous devons trouver à l'intérieur de nous-mêmes
une certaine unité, une certaine
communion entre ce qui est actif et ce qui est passif en nous. Il faut être capable de recevoir, d'écouter,
de porter les autres dans notre
coeur, pour être ensuite capable de les servir, de faire des choses pour eux. Il s'agit de trouver l'harmonie
entre écouter et parler, entre
accueillir et faire. Cette route vers l'unité est un long cheminement qui commence à l'intérieur de
nous-mêmes. Si nous sommes épuisés
à l'intérieur de nous, nom allons créer des divisions. Il faut tendre vers cette unité, entre l'actif
et le passif, entre commander et obéir,
entre être un agneau et être un berger. Pouvez-vous commander quelqu'un si vous ne savez pas comment
obéir, pouvez-vous être un
berger si vous n'êtes pas un agneau, pouvez-vous être un père, une mère si vous n'êtes pas un enfant?
Cette harmonie implique une
véritable unité à l'intérieur de nous et celle-ci conduira à l'unité entre notre vie professionnelle,
notre vie familiale, et notre vie dans Foi et
Lumière. Ce sera l'unité de notre vie entière dans notre union avec Jésus.
Découvrir Dieu en notre propre coeur, comme le trésor caché.
Quelque part il y a un pèlerinage à entreprendre vers notre propre sanctuaire. Il y a un sanctuaire
à l'intérieur de nous-mêmes où Dieu vit.
Quand nous n'avons plus conscience de ce sanctuaire, nous devenons fragmentés. Au fur et à mesure que
nous approchons ce
sanctuaire intérieur, l'unité se fait en nous et nous devenons plus humbles. Quand je parle d'un pèlerinage
intérieur, je parle de libérer
l'Esprit de Dieu qui est à l'intérieur de moi. Il jaillit alors de l'intérieur vers l'extérieur, ainsi
nous portons beaucoup de fruits...Et "c'est la
gloire de Notre Père que nous portions beaucoup de fruits".
Une des paraboles à laquelle je suis très attaché dans l'Evangile est celle du trésor caché dans un
champ; nous sommes ce champ et le
trésor est à l'intérieur de nous-mêmes. Nous devons donc le trouver et tout faire pour l'accueillir.
Le trésor est là, il n'est pas loin; pour le
trouver, c'est tout un chemin, un cheminement, un pèlerinage. L'important est de commencer ce pèlerinage.
C'est un voyage qui sera
parfois fatiguant mais il y aura des moments très beaux : au sommet de la colline - un jour ensoleillé
- il y aura une vue magnifique. A
d'autres moments, nous nous sentirons perdus, nous aurons peur, nous voudrons retourner en arrière.
Chacun de nous vivra des expériences différentes tout au long de ce chemin : des jours ensoleillés,
des jours de tempête et des jours où
il y aura beaucoup de doutes. Les jours de tempête seront des jours où la colère surgira, nous ne saurons
pas toujours contre qui nous
sommes fâchés, mais nous serons en colère. Et le voyage commence parce que quelque part nous avons senti
un appel de Dieu.
L'appel et la prise de conscience graduelle que ce n'est pas nous qui avons choisi Foi et Lumière mais
que nous avons été choisis pour
Foi et Lumière. Sur ce chemin nous sommes appelés à porter de plus en plus de fruits pour Jésus. Il
y a des stades bien spécifiques. Il
est bien clair que l'engagement dans Foi et Lumière quand on est célibataire ou quand on est marié est
différent. C'est différent pour les
enfants qui sont plus jeunes, différent quand les enfants ont grandi. C'est différent si, professionnellement,
il y a beaucoup de travail à
faire. Donc à des périodes différentes de notre vie, notre engagement concret va être différent. Quelque
soit notre engagement concret,
sachons que nous faisons partie du "corps" qu'est la communauté et que ce n'est pas parce
que nous n'y avons pas de responsabilités
importantes que nous ne valons rien.
Nous devons absolument nous éloigner de la vision d'une hiérarchie : "D'abord, je fais partie de
l'équipe de coordination, puis je deviens
responsable de communauté, puis responsable régional puis coordinateur national"... La vision de
notre culture est liée au concept de
hiérarchie. Or Foi et Lumière est plutôt comme un cercle et nous avons chacun notre place dans ce cercle.
Quand nous entrons dans la
vision de l'Evangile, nous devons perdre la notion de hiérarchie, de pyramide, pour découvrir la notion
et le symbole du cercle chacun de
nous doit faire cette démarche.
Voici quelques consignes de sagesse pour ce voyage intérieur vers l'unité:
- Eclaircir nos motivations...
- Prévoir des provisions de voyage, en fonction de nos besoins...
- Prendre du repos en cours de route...
- Trouver son rythme, sa cadence...
- Prendre une carte ou un bon guide...
- Partir ensemble plutôt que seul...
- Savoir faire des choix et ne pas regretter les chemins qu'on n' a pas pris...
- Etre l'ami du temps...
Nous devons découvrir notre besoin individuel, propre à nous-mêmes, de nourriture et de repos, pour
notre corps, notre coeur, notre
âme.
Nous devons savoir ce qui est bon pour notre santé; santé spirituelle, psychologique et physique; c'est
une question personnelle pour
chacun de nous. C'est quelque chose, de bien se connaître soi-même! Connaissons les besoins de notre
corps et de notre coeur.
Distinguons ce qui est bon et ce qui est empoisonné. Personne ne pourra le dire à notre place. Si, continuellement,
nous faisons des
choses qui nous détruisent, nous ne pouvons être en bonne santé. Le tout c'est de grandir. Ne croyons
pas qu'il n'y aura pas des
moments de fatigue et de tension normales, mais nous ne devons pas être écrasés par la tension.
Chacun de nous, nous devons découvrir la nourriture qui nous est propre : prière, lecture spirituelle,
la Parole de Dieu, les amitiés etc...
Notre nourriture, c'est tout ce qui nous aide à grandir. Nous devons savoir si nous avons besoin d'une
retraite, une semaine par an, ou
d'autre chose... C'est la même chose au sein de la famille. De quoi est-ce que ma famille a besoin?
Il n'y a pas seulement moi, il y a
aussi ma famille. Il ne s'agit pas seulement de mes besoins personnels mais aussi de ceux de ma famille
et de ma communauté.
La vie communautaire n'est pas facile; nous pouvons vite être débordés par les tensions, écrasés par
la souffrance mais nous pouvons
aussi découvrir comment cheminer avec et à travers la souffrance et les tensions. Pour cela, nous avons
besoin d'être nourris. Ces
tensions peuvent être très lourdes pour quelqu'un qui est responsable. Où ce responsable pourra-t-il
trouver sa force? Ce ne sera pas
nécessairement dans la communauté. Quel est donc le lieu où il trouvera la nourriture dont il a besoin?
Je ne crois pas que nous devions
nécessairement faire partie d'un autre groupe mais soyons attentifs pour que ceux qui sont engagés dans
la communauté reçoivent le
bon ressourcement.
Ici nous devons réfléchir à plusieurs questions : quels genres de retraites, quels genres de sessions
de formation doivent être proposées
pour les plus jeunes, pour les anciens, pour que chacun soit nourri selon sa faim? Il est triste d'être
obligé d'aller dans un autre
mouvement pour trouver le ressource-ment dont nous avons besoin, puisque nous sommes appelés à nous
engager longtemps et à faire
ce voyage intérieur pour parvenir à la guérison et à l'unité. Là aussi nous avons réellement besoin
du soutien des prêtres. Ils ont une
formation plus profonde en ce qui concerne notre chemin intérieur. Notre aumônier de communauté et notre
aumônier au niveau national
sont vraiment importants. Nous ne voulons pas que les prêtres dirigent nos communautés, mais nous avons
besoin d'eux pour nous
aider dans ce chemin intérieur, pour nous écouter et marcher avec nous.
Aujourd'hui, nous trouvons de plus en plus de prêtres, de pasteurs, de soeurs, de laïcs mêmes qui sont
de très bons guides spirituels,
des personnes qui ont choisi elles-mêmes d'être des pèlerins, qui savent vraiment écouter, qui ont la
sagesse pour aider les autres à
grandir dans le domaine spirituel. Pour faire ce voyage, nous avons besoin d'une bonne carte et d'un
bon guide. Il faut que nous
réfléchissions à la question de la carte et du guide. Ils sont nécessaires dans les périodes de tension,
de tempête. Quand le soleil est là
et que tout va bien, il n'y a pas de problème. Mais peut-être que le jour suivant, la tempête sera là,
que le jour sera changé en nuit et que
le doute surgira. Si vous avez l'appui d'un bon guide, alors vous avancerez en sécurité. Le plus grand
cadeau que j'ai reçu, c'est d'avoir
rencontré un père dominicain qui m'a guidé pendant quarante ans.
C'est un très beau cadeau que celui du guide. Il est celui auprès duquel on peut s'ouvrir le coeur,
parler de nos colères, de nos
souffrances , de nos doutes.
Le guide spirituel peut nous aider à porter tout cela. Il n'est pas là pour nous dire que faire mais
pour nous aider à interpréter les signes
de Dieu dans notre vie, dans notre propre corps. Car Dieu parle à travers notre corps, créé par Lui.
Nous devons écouter ce corps, les
craintes, les blocages, les dépressions ainsi que les grâces, les intuitions et les prières. Pour faire
cela, nous avons besoin de l'aide de
quelqu'un qui a de la sagesse.
J'insiste sur cette importance d'être accompagné, surtout dans les moments de crises, de passages, ou
de nouvelles orientations à
prendre. Cette personne nous aidera à voir les choix à faire et les étapes nécessaires pour les accomplir.
Nous grandirons alors vers une unité intérieure plus grande et par conséquent nous deviendrons un agent
d'unité pour notre communauté
Foi et Lumière, pour l'Eglise et pour l'humanité.
Jean Vanier
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