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Foi et Lumière | | |
Une histoire vraie
Lors d'une expédition en haute montagne, Mariana et son groupe retrouvèrent par hasard un petit troupeau
de moutons perdu depuis
longtemps. Voici son récit:
"Le gardien de notre refuge poussa un cri de joie: "Enfin le petit troupeau que l'on cherchait.
Pauvres bêtes!" Aussitôt il partit chercher du
pain sec, appela les brebis qui vinrent jusqu'à nous. "Mes amis, dit le gardien, c'est un troupeau
perdu. C'est déjà la fin de l'été et tout les
autres troupeaux sont dans les bergeries. Si personne ne le descend dans la vallée, il sera perdu pour
toujours. Je ne peux pas le garder
ici en attendant que le berger monte le chercher. Cela prendrait trop de temps." Tout le groupe
a senti le poids de la réalité dans un lourd
silence. Quelques uns ont commencé à s'excuser. D'autres sont partis sans rien dire. Il fallait avoir
beaucoup de courage pour changer
ses projets et accepter l'imprévu! Mon amie et moi avons dit: "oui, on va les raccompagner dans
la vallée".
Le gardien nous regarda avec méfiance mais il dû accepter cette seule solution. Pendant qu'il était
parti chercher le sel et le pain pour la
route, beaucoup de doutes sont montés en nous: jamais l'une de nous n'avait eu de contact avec des brebis,
on ne connaissait pas du
tout leurs habitudes. De plus, il fallait prendre un long chemin de douze heures et on risquait d'arriver
en retard pour le dernier car. C'était
vraiment de la folie mais il était trop tard pour changer d'avis... On s'est dit: "nous sommes
de bonne volonté et si Dieu veut sauver la vie
de ses brebis, il nous guidera."
Au début tout allait bien, les brebis nous suivaient et j'étais fière de mon rôle de berger, de ce pouvoir
de guider les brebis. L'herbe des
prés tentait beaucoup les brebis; celles-ci ralentissaient le rythme mais comme nous avions le pain
et le sel, elles choisissaient la
meilleure part, celle de nous suivre. Notre force était dans la nourriture.
Mais plus nous avancions sur le chemin et plus les brebis se fatiguaient et ralentissaient. Alors nous
donnions beaucoup de sel pour
qu'elles nous suivent. Vers midi, à l'heure la plus chaude, nous étions arrivées dans un beau pâturage.
Tout d'un coup les brebis
commencent à courir. Impossible de les arrêter. Nous avons couru derrière elles, pour les rattraper
près d'une petite source. Nous les
avons regardées avec une terrible impuissance. Elles n'arrêtaient pas de boire. Nous étions inquiètes:
comment allaient-elles pouvoir
continuer la route, si alourdies par l'eau bue? C'était à cause du sel qu'elles étaient si assoiffées!
Quelles erreurs peut-on faire quand on
ne connaît pas bien les besoins de ceux qui nous sont confiés! Nous avions seulement pensé à la façon
de les attirer pour qu'elles nous
suivent mais pas à ce qui était vraiment bon pour elles. Dès qu'elles eurent trouvé une autre nourriture,
notre sel, notre pain et nos
caresses n'avaient plus aucun pouvoir.
Je savais que boire tant d'eau était mauvais pour elles, aussi en désespoir de cause j'avais pris un
bâton, ma tendresse s'était alors
transformée en colère pour qu'elles arrêtent de boire.
Enfin, elles reprirent la route et là, j'ai pu observer le pouvoir d'une brebis, avec une cloche autour
de cou, sur les autres brebis. J'ai
réalisé que cela n'aurait pas été nécessaire de frapper tout le troupeau mais seulement de mettre en
route la brebis avec la cloche! Tout
le troupeau l'aurait suivie... Sans elle, nous ne pouvions rien faire avec les brebis. Notre force était
maintenant dans la confiance que les
brebis avaient envers la brebis guide.
Mais le chemin était encore long et une petite brebis s'est mise à boiter, à rester en arrière du troupeau.
Quand la brebis-guide l'a
remarqué, elle a attendu la petite brebis pour se mettre à son rythme. Nous avons donc dû respecter
la compassion qu'elle avait envers
la petite brebis.., et le rythme qu'elle imposait à tout le troupeau.
La nuit commençait à tomber; les brebis étaient de plus en plus lentes et fatiguées. Notre sac de pain
était presque vide. Nous étions
très découragées... Mais il restait un moyen ultime: j'ai donné mon sac à dos à mon amie et j'ai pris
la brebis boiteuse sur mes épaules.
Elle était très lourde et je faillis tomber! Mais une confiance s'est alors établie entre la brebis
guide et moi. Elle s'est mise à marcher à
mon rythme. La dernière partie du chemin a pu ainsi se faire plus rapidement... Pendant ce temps, le
berger, prévenu, était monté à
notre rencontre; Quand il nous aperçut, il appela la brebis guide par son nom: celle-ci s'arrêta un
petit instant puis se mit à courir vers lui
comme si elle avait des ailes dans le dos... Quant à nous, notre rôle de berger s'achevait, riche d'enseignement!"
Mariana Mihelcic
Slovénie
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