Une Saison
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Une Saison en enfer

Ce guide de lecture est une adaptation libre de la préface et de la notice de Jean-Luc Steinmetz à Oeuvres II :Vers nouveaux et Une Saison en enfer, GF-Flammarion, Paris, 1989.

«J'ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens.» -Rimbaud répondant à sa mère à propos d'Une saison en enfer.

Rimbaud : Un initiateur du mouvement Surréaliste, d'après Breton; «un mystique à l'état sauvage», d'après Claudel et «le poète de la révolte, et le plus grand», d'après Camus.

Structure du texte :

Composition rigoureuse de l'ouvrage : on y distingue un prologue (sans titre), un épilogue (Adieu) et trois grands ensembles, parfois d'un seul tenant (Nuit de l'enfer), parfois constitués d'un certain nombre de sections (Mauvais sang et Délires I et II). À cela s'ajoutent trois textes plus courts : L'Impossible, L'Éclair et Matin.

Schématiquement :

Le sommet du «récit» est donné par l'évocation du délire «poétique» et repris dans L'Impossible, mais sur le mode du discernement. Dans une certaine mesure, une première «saison en enfer» s'achève avec la fin des Délires. Les textes suivants donnent un écho le plus souvent raisonné aux rêves et révoltes du début du livre. L'Impossible poursuivant, dans une certaine mesure, l'ambition de Délires, L'Éclair répondant par le travail à la décision d'oisiveté de Mauvais sang et Matin faisant contrepoint à Nuit de l'enfer.

Présentation du recueil

Livre païen, Livre nègre, Une saison en enfer, écrit entre avril et août 1873, se compose de récits en prose, d'«histoires atroces», que Rimbaud présente comme un carnet de damné, et qui semble raconter une descente aux enfers et une remontée vers une sorte de résurrection. Confession, testament littéraire, introspection méticuleuse, retour sur des expériences passées, regrets et rejets : il s'agit un peu de tout cela, à première vue.

Lutte

Il s'agit en fait d'un livre d'hésitations, de tentations, de désirs, à l'heure d'un choix capital. Rimbaud, qui a 19 ans lorsqu'il compose ces textes, va-t-il s'engager dans la voie calme et paisible de la vie adulte et responsable? Lui qui a connu les affres de la vie de débauche, de l'encrapulement, du dérèglements de tous les sens, lui qui est passé tout près de sombrer dans la folie et qui a failli y laisser sa peau, va-t-il finalement se ranger?

Il hésite encore et en corps. Il est tourmenté. Il est trop jeune pour renoncer à la quête d'absolu, ou d'une pureté idéale, mais il a côtoyé la mort de trop près pour ne pas sentir le danger de se jeter corps et âme dans l'inconnu. Il sent encore le roussi.

Il balance entre les valeurs établies, religieuses, sociales et artistiques, et une nouvelle langue, une nouvelle poésie, une nouvelle vie à réinventer.

Au delà du bien et du mal

Une Saison en enfer est une lutte pour dépasser l'«horrible arbrisseau» du bien et du mal. Le Bien, la Beauté, la Charité sont évoqués et presque en même temps leurs contraires. Le combat moral est ouvert entre le Paradis et l'Enfer, l'âme et le corps, le haut et le bas.

Forme

Pour restituer cette lutte intérieure, Rimbaud compose son livre comme un carnet de notes, irrespectueux de la grammaire et de la syntaxe, avec des tournures elliptiques, des phrases inachevées, sans verbe, des propositions infinitives ou impératives, des formules populaires renversées, des tours familiers, des notes hâtives.

Les jeux de sonorités, les reprises de rythmes, de mots, les cris, les exclamations, les questions, les aphorismes, les dialogues, les développements abrégés, la ponctuation saccadée, tout cela rappelle la spontanéité du langage parlé, comme si Rimbaud se parlait à lui-même.

Livre du passage

Arrivé à la fin d'une adolescence turbulente et gâchée, que choisir? Faiblesse ou force? Mépris ou charité? Oisiveté ou travail? Tout en jetant un regard sur les erreurs de naguère, Rimbaud est toujours rageusement en quête d'une illumination violente, qui ne se manifeste pas, d'une aide surhumaine qui lui apporterait enfin matière de salut. Il est partagé entre de profonds désespoirs et de formidables élans.

Religion et péché

La religion aurait pu être d'un quelconque secours pour une âme tourmentée comme la sienne. Mais Rimbaud tient justement la religion chrétienne pour responsable de sa damnation. Le baptême, tout en gratifiant l'âme d'un repos éternel après les tourments terrestres, tout en la purifiant, la rend coupable du péché originel et d'autres fautes. Les désirs charnels sont répréhensibles et doivent être réprimés. Le corps doit être mis au banc des accusés, prisonnier des chaînes de la morale. Rimbaud répond à cela par la révolte, «et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps».

C'est la dernière phrase d'Une Saison en enfer. Est-ce un projet, un programme? Après avoir touché le fond du baril dans une quête poétique insensée où il s'est jeté corps et âme, après avoir écarté les illusions de la religion, de la science, de la débauche et de l'alchimie du verbe, Rimbaud appelle encore à aller de l'avant, vers l'inconnu d'une vérité faite chair et âme, vers une nouvelle union entre le matériel et le spirituel, vers l'impossible, là où le langage devient silence.

Guy Ferland

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