Citations de Jean Giono
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L'Oiseau bagué








Celui qui prie pour empêcher la mort est aussi fou que celui qui prierait pour faire lever le soleil par l'ouest, sous prétexte qu'il n'aime pas la lumière matinale.

La ville des hirondelles.

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La religion? Elle a failli à ses devoirs. Elle est le soutien naturel de cette société qui traîne le malheur sur la terre comme une herse de fer. Elle est comme ces hautes flammes du soleil qui se détachent de la masse de feu et roulent dans l'espace, se refroidissant en mondes noirs qui s'éloignent de l'astre générateur et plongent dans les abîmes. Il y a bien longtemps que la religion n'a plus aucun rapport avec Dieu.

La ville des hirondelles.

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Depuis plus de cent ans on a mis toute la confiance de la vie humaine dans des bricoleurs. Chaque fois qu'ils ont trouvé un truc on a crié au miracle. Chaque fois on s'est un peu plus donné, pieds et poings liés sans crainte, les yeux fermés avec une confiance de tonnerre de Dieu, on est arrivé non seulement à presque tout faire avec des trucs, mais, ce qui est plus terrible encore, à désirer tout faire avec des trucs. On a perdu l'habitude de se servir des membres, faits pour servir. C'est tout juste si ces derniers temps il n'a pas été question de faire des enfants avec des seringues. En tout cas, il n'y a plus un seul homme qui consente à se déplacer sur la terre à l'aide de ses jambes (si on leur disait que c'est naturel, ils crieraient qu'on veut retourner en arrière); mais ils sont fiers comme Artaban parce qu'ils ont trouvé le truc qui leur permet de se trimbaler le long des routes en faisant péter de l'essence sous un fauteuil. Si jamais ce truc-là venait à leur manquer, les routes seraient désertes, pas un n'oserait se servir de ses jambes. D'ailleurs, auraient-ils encore des jambes? A plus forte raison, plus personne n'ose se servir de ses viscères. Ce foie admirable qui noircissait comme l'orage dans les flancs des héros d'Homère, à peine si maintenant on s'en sert pour être acariâtre ou bilieux! Qui, parmi tous ces veaux, est encore capable de prendre une sacrée colère? Avec des petits trucs pour vivre et des petits trucs pour gagner sa vie, on va au jour le jour. Si on se trouve devant une obligation de grandeur, on biaise , on l'évite, on s'écarte par la tangente. Si on souffre trop, on fait un discours, ou on écoute un discours; car on est peut-être capable d'inventer le truc du téléphone, de la T.S.F. et de l'avion, mais on n'est pas capable de trouver des raisons individuelles de grandeur.

Promenade de la mort.

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Etre juste donne tout de suite la paix. Enfin, une paix. Il ne faut pas être difficile.

Le poète de la famille .

Consulter la notice bibliographique de L'oiseau bagué (L'Eau vive II)

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Voyage en Italie








Nous décidons de mettre ce garçon au pied du mur. C'est un endroit où il va volontiers.

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Je me suis efforcé de décrire le monde, non pas comme il est mais comme il est quand je m'y ajoute, ce qui, évidemment , ne le simplifie pas.

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L'eau, dès qu'il y en a d'étendue sur plusieurs kilomètres carrés, attire irrésistiblement la médiocrité sur ses bords.

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Le bonheur est une recherche. Il faut y employer l'expérience et son imagination.

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Depuis la sortie du paradis terrestre on ferait danser un âne sur un fil de fer avec l'appât du bonheur. Le plus beau, c'est qu'il suffit de le promettre, et il n'y a aucune différence entre celui promis par l'Eglise et celui promis par les matérialistes. On est toujours à courir après et tout le long de la course on tue comme on dit que font les Malais dans les folies de l'Amok. Le sort des hommes qui veulent rester libres ou qui tiennent à leurs propres idées est tragique: ils sont livrés aux chrétiens.

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Perdre est une sensation définitive; elle n'a que faire du temps. Quand on a perdu quelqu'un, on a beau le retrouver, on sait désormais qu'on peut le perdre.

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Dites moi que nous allons être heureux tous ensemble; je fuis immédiatement du côté où j'ai des chances de pouvoir m'occuper moi-même de mon bonheur personnel.

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Les Grands chemins




Le bien-être ne sert qu'à désirer plus; et dans cette idée il n'y a pas de limite.

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Les trucs avec lesquels les hommes font leur bonheur, pas besoin de marteau-pilon pour en venir à bout.

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Le bonheur est un travail solitaire.

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Je suis désespéré d'avoir du bon sens; mauvais outil pour le bonheur.

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Refaire le monde entier: il en faut du matériel ! Om s'aperçoit qu'en temps ordinaire on a à portée de la main des petits riens qui sont tout.

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Mais on ne se refait pas ; il faut s'utiliser tel qu'on est. Ça ne s'adapte pas toujours. De là les peines.

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La pensée des autres nous ne la connaissons jamais. Nous l'inventons. C'est déjà bien.

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Les Terrasses de l'Île d'Elbe







Je n'ai jamais cru que l'école, ou les écoles, était suffisante pour faire un homme; il y faut le travail de la vie. Les animaux ont plus de chance que nous. Un petit renard est magnifiquement aidé par la nature, et il devient presque immanquablement un grand renard. Entre un petit homme et la vie s'interposent toutes les inventions des hommes, leurs bruits qui ne sont pas beaux, leurs couleurs qui ne sont pas belles, leurs odeurs qui sont mauvaises. Certains de ces petits hommes n'auront jamais leurs sens alimentés par d'autres choses. Il est logique, normal et naturel qu'ils soient morts. Tels ne deviennent jamais des hommes au vrai sens du terme; ils sont tout ce que voulez d'autre: de petits voyous, de petits crétins, les esclaves de leurs nerfs.

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On n'a pas fini de m'entendre parler de bonheur, qui est le seul but raisonnable de l'existence.

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Il n'est pas certain que je fasse mon bonheur où vous faites le vôtre; il est même certain que dans la meilleure des hypothèses, je ne ferai mon bonheur où vous faites le vôtre qu'en modifiant, en mettant à ma taille les circonstances qui vous satisfont entièrement. Voilà pourquoi les grandes machines sociales qui font du bonheur un produit manufacturé ne livrent finalement que de la camelote.

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Que faut-il pour réussir? De la bravoure? De l'obstination? De la chance? Du génie? Non: de la médiocrité. Quoi que produise le médiocre, c'est un produit qui s'adresse au plus grand nombre. Il est sûr de son affaire, il a les qualités requises par la majorité des individus.

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Citation à propos du sport tirée des Terrasses de l'île d'Elbe.

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Consulter la notice biblographique des Terrasses de l'Île d'Elbe.

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La chasse au bonheur







Faire chanter les lendemains est l'essentiel de toute mystique. On ne s'en est pas privé depuis que le monde est monde et, sur ce point, il n'a pas été nécessaire de progresser parce qu'il n'y avait pas besoin de progrès. C'était parfait du premier coup.

Le chapeau.

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Nous n'avons pas de futur. Pour tout le monde le futur parfait c'est la mort. Notre seul bien c'est le présent, la minute même; celle qui suit n'est déjà plus à nous.

Le chapeau.

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Les sentiers battus n'offrent guère de richesse; les autres en sont pleins.

Les sentiers battus.

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Je sais que je parle de choses très humbles, mais ne sommes-nous pas désespérés de chercher en vain le bonheur avec des moyens orgueilleux ?

Les raisons du bonheur.

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Il y a autant de réalités que d'individus: c'est une vérité de La Palice. Je passe à côté d'un champ de blé. Il y a le champ de blé du paysan qui l'a semé, qui escompte la récolte, pense à tout ce qu'il pourra payer avec l'argent que rapportera le blé; il y a le champ de blé près duquel je passe et qui me donne des idées de cuirasse d'or (par exemple et pour aller plus vite), d'autant que je suis en promenade avec un petit Arioste dans ma poche, et je serais plutôt tenté d'admirer dans ce champ de blé le magnifique vert des chardons et le beau rouge des coquelicots que j'interprète comme le travail de Cellini et du sang vermeil, alors que le vrai paysan s'en désespère et suppute combien ces chardons secs seront désagréable au battage. Il y a le champ de blé de l'économiste distingué; il y a le champ de blé du citadin en ballade; il y a le chamo de blé de Van Gogh, mais il n'y a pas le champ de blé du manieur de réalités. Ni le paysan, ni moi-même, ni l'économiste, ni Van Gogh ne sommes dans la réalité. Tout ce que nous pouvons transmettre c'est l'idée que nous nous faisons du cham de blé. Il en est des êtres comme des choses. De là les passions.

Les raisons du bonheur.

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Il est très probable que si j'avais à faire le portrait de Paris, je ferais, une fois de plus, le mien.

Le badaud.

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L'hydrothérapie c'est bien beau, mais avoir son alpha et son oméga dans la serviette éponge et l'ambre solaire, c'est un peu court d'idée. On a aujourd'hui tendance à se contenter de choses un peu courtes sous prétexte que la vie l'est également.

Les joies de l'île.

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La science et les techniques ayant mis, semble-t-il, un petit coin d'univers à la portée de l'homme, son désir s'enflamme et il s'imagine volant de mondes en mondes. C'est d'ailleurs le siècle des transports en commun.
A celui qui demande le voyage à son âme la terre suffit. Il ne peut en épuiser les richesses.
Qui se penche sur une fleur s'approche plus près de Dieu que le cavalier des fusées; la vieille boîte à herboriser fait pénétrer plus avant dans l'univers que le scaphandre de l'astronaute. Le secret du bonheur est là.

Le bonheur est ailleurs.

Consulter la notice biblographique de La Chasse au bonheur.

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Entretiens avec Jean et Taos Amrouche







La plupart du temps, je raconte des histoires. Pourquoi ? Parce que, d'abord, je ne suis pas intelligent, je ne peux pas raconter des histoires intelligentes, je ne peux pas me servir d'une phraséologie intelligente avec des mots savants pour expliquer de quelle façon la pensée se transforme, se transmet. Alors, pour me permettre de parler quand même, je vous raconte une histoire que je connais. Je parle de choses que je connais et à mesure j'invente, lorsque ça m'est agréable, lorsque je sens un détail qui n'existait pas dans la réalité, mais que je peux mettre ajoute du sel à l'histoire... Ce n'est pas combiné, ce n'est pas organisé de façon à raconter une histoire, à briller. C'est pour rien, c'est gratuit. Parce qu'elle me fait plaisir.

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Si j'invente des personnages et si j'écris, c'est tout simplement parce que je suis aux prises avec la grande malédiction de l'univers, à laquelle personne ne fait jamais attention: c'est l'ennui. Au fond, pour moi, si on voulait une description de l'homme, l'homme est un animal avec une capacité d'ennui. Le chiens ne s'ennuient pas, les animaux ne s'ennuient pas, les animaux domestiques ne s'ennuient pas, même pas les moutons, mais les hommes s'ennuient, ils ont la capacité d'ennui. De là, la création de tous les vices, de là, la création de tout ce que vous pouvez imaginer, de là les crimes, parce qu'il n'y a pas de distraction plus grande que de tuer; c'est admirable; la vue du sang est admirable pour tout le monde.

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Je ne pourrais jamais être un journaliste, décrire un fait divers qui s'est passé sous mes yeux. J'ai essayé; j'en suis totalement incapable. Quand je veux, dans mon journal personnel, marquer un événement qui vient de se passer dans ma vie, essayer de le serrer au plus près, je vois toujours l'endroit où je triche.

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C'était le péché le plus terrible: la démesure ! C'est un péché que je connais parce que c'est un péché que je commets constamment.

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Je ne crois pas au problème résolu pour tout le monde. Je ne crois pas que l'on puisse trouver le bonheur commun.

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Lorsque j'essaie d'intégrer la réalité à un récit créé, la réalité me gêne constamment. Je suis obligé de la modifier peu à peu (...) Lutter contre la réalité est mon travail presque principal dans la création.

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Je crois qu'il n'y a rien d'objectif, que tout est subjectif, aussi bien le lecteur que l'auteur, par conséquent, il faut que les deux subjectifs coïncident. A ce moment-là, vous avez créé la vérité !

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Je crois que ce qui importe c'est d'être un joyeux pessimiste.

Consulter la notice biblographique des Entretiens avec Jean et Taos Amrouche.

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Pour saluer Melville




L'homme a tojours le désir de quelque monstrueux objet. Et sa vie n'a de valeur que s'il la soumet entièrement à cette poursuite. Souvent, il n'a besoin ni d'apparat ni d'appareil; il semble être sagement enfermé dans le travail de son jardin, mais depuis longtemps il a intérieurement appareillé pour la dangereuse croisière de ses rêves. Nul ne sait qu'il est parti; il semble d'ailleurs être là; mais il est loin, il hante des mers interdites. Ce regard qu'il a eu tout à l'heure, que vous avez vu, qui manifestement ne pouvait servir à rien dans ce monde-ci, traversant la matière des choses sans s'arrêter, c'est qu'il partait d'une vigie de grande hune et qu'il était fait pour scruter des espaces extraordinaires.

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Les hommes sont les êtres les plus faibles du monde parce qu'ils sont intelligents. L'intelligence est exactement l'art de perdre de vue.

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Je vais dire une chose affreuse; mais la vérité est souvent dans les choses affreuses.

Consulter la notice biblographique de Pour saluer Melville.

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© B. Poirier, 2002