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- Mais quel drôle de pays
que le notre; c'est un pays
triste, disait-il.
- Et celui de là-bas ?
- Ici, c'est gris; là-bas, c'est bleu. On a eu le beau,
cette année, tout le temps de la vendange. Ici, on n'a
point de soleil de tout l'hiver, là-bas ils en ont deux
tout le long de l'année. Vous comprenez, ça fait
une différence.
On lui disait:
- Deux ?
- Oui, il y a celui qui est dans le ciel et puis celui qui est
dans l'eau.
- Celui qui est dans l'eau ?
- Oui, c'est qu'il y a le lac. Oh ! c'est raide là-bas,
c'est encore plus raide qu'ici. C'est une côte au bord de
l'eau, c'est comme un côté de baignoire, ça a
deux cents mètres de haut. Et la terre n'y tiendrait pas
toute seule, mais ils ont fait partout des murs qu'ils ont mis
les uns au dessus des autres, qui la soutiennent; et où
ils cultivent la vigne avec des fossoirs, remontant chaque hiver
dans des hottes la terre qui est descendue. Ils sont là,
voyez-vous, comme sur des marches d'escalier, et ils sont dans
l'air, voyez-vous, parce qu'il y a de l'air partout. Il y a au-
dessus d'eux l'air qui est bleu, en face d'eux la montagne qui
est bleue, au-dessous d'eux le lac qui est bleu. Le soleil vous
tape sur la tête, mais il y en a un autre, celui d'en bas,
qui vous tape dans le dos. ça en fait deux: celui d'en
haut, qui est en un point, tout rassemblé; celui d'en bas
qui est tout cassé en morceaux et éparpillé,
parce qu'il y a de l'eau qui le balance et en bombarde la
côte; ça en fait deux qui chauffent ensemble: c'est
pourquoi ils ont du bon vin.
(...)
Car, même au gros de l'hiver, même dans ces
villages où le soleil ne se montre pas de tout le jour,
rien n'est plus beau à voir, d'ordinaire, que la
pureté du ciel et l'éclat de la neige. Même
ici où on ne voit pas le soleil pendant six mois, on le
sent qui est là, derrière les montagnes, et envoie
en délégation ses couleurs, qui sont le rose
pâle, le jaune clair, le roux, dont un pinceau minutieux
revêt autour de vous les pentes. La neige sur les toits est
comme du linge qu'on vient de passer au bleu; elle est sur les
côtés des toits comme des piles de draps de lit
pliés en quatre dont on voit les épaisseurs
lesquelles débordent; et la masse dépassant, de
temps en temps, se rompt et tombe, avec un bruit
d'écrasement, comme un fruit mûr. La neige est
à la point des pieux comme des bonnets en laine d'agneau.
L'air est à la fois immobile et animé d'un
mouvement secret; il ne se respire pas, il se boit.
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