La Trilogie de Mars

Écrit le : 18 juillet 2004

Il y a presque trois ans de cela maintenant, je me promenais gentiment dans les allées d'un magazin grande surface quand je suis tombé sur un panier rempli de livres usagés. Curieux, je me suis mis à fouiller dans ce panier géant dans l'unique but de découvrir ce qu'il contenait. Mon regard a soudain été attiré vers un mot : MARS. J'ai pris le livre entre mes mains : Mars la Bleue, de Kim Stanley Robinson. Mars la Bleue ? Il ne faut pas être docteur en astronomie pour savoir que la planète Mars est rouge, et non bleue ! Intrigué, j'ai consulté le résumé au dos du livre, pour découvrir qu'il s'agissait en fait du troisième tome d'une trilogie : Mars la Rouge, Mars la Verte et Mars la Bleue. Les plus grands rêveurs de l'exploration spatiale ont imaginé depuis un certain temps déjà la possibilité de terraformer Mars, c'est-à-dire de transformer son climat, son atmosphère, son environnement entier, dans l'objectif que cette planète puisse un jour ressembler à la Terre et devenir habitable pour les humains. Un rêve ambitieux, mais est-il réalisable ? En lisant ces trois titres, j'ai vite compris que Kim Stanley Robinson avait réussi un tel exploit.


Kim Stanley Robinson

Dates de la première parution des versions originales anglaises:

Red Mars - 1992
Green Mars - 1993
Blue Mars - 1995

Mars la Rouge

Mars la Rouge : Tome 1 Décembre 2026. Nous sommes dans l'Arès, le vaisseau Terre-Mars qui transporte les Cents Premiers colons vers la planète rouge. Un aller simple. Ils sont 50 hommes et 50 femmes issus de plusieurs cultures et de plusieurs domaines de compétances. Des engins inhabités ont déjà commencé à larguer une parti du matériel nécessaire à l'installation de la première colonie autonome. Après neuf mois de voyage, ils arrivent. Il faudra plusieurs mois avant que d'autres colonies ne viennent s'installer un peu partout sur la planète. L'atmosphère de Mars est très ténu est irrespirable; les colons doivent porter un marcheur, une tenue adaptée à l'environnement martien, beaucoup plus légère et maléable que les imposants scaphandres. Les premières villes doivent être pressurisée et protégée par un dôme transparent. Un seul moyen d'y entrer ou d'en sortir : les sas. À l'intérieur de ces tentes, un micro climat peut être créé : de l'oxygène, des arbres, des rues et des balcons à ciel ouvert. La population de ces villes demeure très variée : Américains, Russes, Arabes, Asiatiques. Tous les peuples de la Terre y sont bientôt réunis.

Mais l'harmonie ne s'y impose pas pour autant. Mars est un nouveau monde et chacun a son idée de ce qu'il veut en faire. L'arrivée de nouveaux colons vient brouiller les cartes des plus grands visionnaires. Deux factions se distinguent : les Rouges et les Verts. Les Rouges sont amoureux de Mars pour ce qu'elle est : un monde minéral, mort, beau par sa désolation et son hostilité. Ils veulent que cela reste ainsi. Les Verts, eux, croient au terraforming. Ils désirent réchauffer la planète, densifier l'atmosphère, transformer le gaz carbonique en oxygène, implanter des microorganismes résistants et libérer les eaux enfouies dans les profondeurs de la planète. Le combat est sérieux. Les transnationnales terriennes, ces compagnies à buts lucratifs dont le pouvoir dépasse largement celui des États et de l'ONU, ont trouvé en Mars une source intéressante d'investissement. Avec des moyens techniques dépassant largement ceux des colons, ils construisent sur Mars des institutions à l'image de la Terre. Les habitants de Mars sont à nouveau divisés. Une partie s'intègre aux réseaux des transnats. Qu'en aux autres, les véritables martiens, ils doivent se cacher. Pendant ce temps, les nouveaux arrivants terriens continuent de s'installer. Un ascenseur spatial construit sur l'équateur facilite grandement l'accès à la planète. Les gens veulent tous tirer profit de l'exploitation de Mars. Mais les ressources matériels pour accueillir cette masse grandissante d'humains sont très limitées, et de plus en plus de gens sont en désaccord avec les politiques des transnationnales, qui demeurent par la force les véritables maîtres de Mars. Les gens en ont rapidement assez. La révolution éclate en 2061, année de la Terre. Mars la Rouge : Tome 2

Mars la Verte

Mars la Verte La révolution de 2061 a été une véritable catastrophe. Les forces de sécurité des métanationnales (des super-transnats) sont omniprésentes sur Mars. Ce sont elles qui contrôlent la planète. Les Cents Premiers sont recherchés car ils sont accusés d'avoir déclanché la révolution. Pendant ce temps, le terraforming continue. Les métanats possèdent des ressources quasi illimitées leur permettant d'accélérer grandement le processus. La végétation commence à dominer certains paysages. Un fragile cycle hydrologique s'est installé. Les Rouges ont perdu du terrain, mais le sabotage contre les projets de terraforming se poursuit. Toutefois, la face de la planète a changé à jamais. Il est maintenant possible de se promener à la surface de Mars aux basses altitudes avec un manteau bien chaud et un simple masque à oxygène.

L'underground, constitué des colonies qui ont voulu se détacher complètement de la Terre, est traqué par les métanats. C'est là que la plupart des Cents Premiers encore vivants doivent se cacher. Mais le nombre de martiens augmente rapidement. Bientôt, l'underground forme carrément un demi-monde dont la complexité et l'étendu est essentiellement inconnu des gens de la surface et des métanats. Ensemble, ils posent les fondements de leur société martienne. Malgré les nombreuses divergences qui naissent au sein des discussions, les habitants du demi-monde s'entendent sur au moins une chose : les métanationnales doivent retourner sur Terre. Sous l'influence d'une idée commune, l'underground entier se mobilise. Une deuxième révolution éclate en l'an 2127.

Mars la Bleue

Les projets de terraforming ont porté fruits. L'eau coule à la surface de Mars. Les animaux errent dans les nouvelles forêts. Le rose du ciel primordial a laissé sa place au bleu terrestre : l'oxygène est désormais un constituant important de l'atmosphère martienne. La température globale moyenne est désormais au-dessus du point de congélation. Les Rouges ont échoué. Mars est terraformée.

Les métanationnales terriennes ont été chassées durant la révolution de 2127. Mars est libre de former un nouveau gouvernement indépendant de la planète mère et reflétant les ambitions et les valeurs d'un peuple profondément martien. Mais la Terre est dans le besoin. Le niveau des océans a grimpé, réduisant d'autant la surface habitable. De plus, un traitement de longévité développé dans les premières années de Mars vient empirer le problème de surpopulation. À la fin du XXIe siècle, il y a 18 milliards d'êtres humains sur la Terre, contre 18 millions sur Mars. Pour les terriens, une solution d'impose : l'envoi du plus grand nombre de gens possible vers Mars.

Mais les martiens ont désormais une voie commune : le gouvernement global instauré en 2128. Les représentants de cette nouvelle autorité tenteront, par le biais de négociations, de limiter l'immigration terrienne. Mars, bien qu'étant un monde vaste, possède une capacité d'accueil grandement inférieure à celle de la Terre. Sa nouvelle biosphère est extrêmement fragile. De nouveaux partis politiques naissent, associés aux Rouges. Ils souhaitent carrément interdir l'immigration terrienne vers Mars. En effet, l'immigration vers Mars ne peut pas résoudre le problème de surpopulation de la Terre; il peut par contre engraver celui de Mars. Le système solaire est vaste; d'autres colonies humaines commencent à émerger ici et là. La solution au problème n'est toutefois pas aussi simple. Les immigrants illégaux continuent d'arriver en trop grand nombre. En 2212, l'armée terrienne descend sur Mars. Le seul moyen de s'en sortir est de faire entendre raison aux habitants des deux mondes.

Commentaires Personnels

Malgré son apparence à haute teneur en contenu politique, la Trilogie de Mars va rejoindre grand nombre d'autres domaines tels la psychologie, la biologie, la physique, la sociologie, l'économie et même la philosophie.

Côté scientifique, l'ouvrage n'est pas aussi dense qu'il en parait. Ayant moi-même une formation en science, plusieurs concepts m'étaient déjà familiers. Mais l'auteur explique clairement et dans un langage très simple les concepts utiles à la compréhension de l'histoire. À de très rares occasions, Robinson présente des détails du jargon scientifique que je n'ai moi-même pas compris mais qui ont quand même reçu une parti de mon intérêt. En aucun cas le niveau de compréhension des concepts ne porte atteinte au bon suivi de l'histoire. Ils ne sont souvent présentés qu'à titre de compléments.

L'histoire se déroulant sur environ deux siècles, il en va d'une inévitable évolution technologique. Cependant, contrairement à certains classiques populaires de science-fiction, les appareils utilisés par les personnages n'ont pas l'aspect « magique » de certains objets vus, par exemple, dans Star Trek. L'histoire débutant dans une époque relativement proche de la nôtre, les moyens techniques présents nous apparaissent déjà vraisemblables. De plus, j'ai trouvé qu'il n'y avait aucune discontinuité dans l'évolution des appareils, en ce sens qu'à l'arrivée d'une nouvelle technologie dans le roman, j'avais le sentiment que c'était la suite logique à l'appareil précédant.

L'aspect psychologique s'est également révélé très intéressant. On imagine facilement l'impact qu'a sur une personne le fait de quitter sa planète définitivement pour s'envoler vers un monde désert et hostile dans le but d'y bâtir un nouvelle société. Les Cents Premiers ne vivent pas tous ce voyage de la même façon. Les romans sont écrits de façon telle qu'à chaque nouvelle section, l'histoire est racontée du point de vu d'un autre personnage. On assiste ainsi à l'épopée d'environ une douzaine de personnages différents, essentiellement celle de certains des Cents Premiers mais également celle de certains indigènes. (C'est ainsi que sont appelés ceux qui sont nés sur Mars.) On peut donc facilement retracer, sans l'intervention direct du psychologue de l'équipage, l'état psychologique des personnages, même sans formation dans ce domaine. Il ne s'agit donc pas uniquement d'un trailer de Sci-Fi où les personnages ne sont là que pour donner vie à l'histoire. L'histoire est en effet centrée à la fois sur l'évolution des personnages pris individuellement et de la nouvelle société qui en émerge. Encore ici, il arrive occasionnellement que l'auteur s'attaque à des problèmes mentaux dans des détails où il demeure facile de se perdre. Mais cela n'affecte en rien la compréhension globale du reste de l'histoire.

La biologie n'est pas un thème dominant du récit. Robinson a toutefois du présenter des faits de base pour expliquer, entre autres, le principe du fameux traitement de longévité. Des connaissances de bases sont quelques fois nécessaires pour bien comprendre les différentes étapes du terraforming, lent processus sur lequel l'auteur ne met pas non plus l'emphase. Tout au long des romans, on sent la présence des ingénieurs qui travaillent à ce projet et on entend parler ici et là des différents travaux en cours. Les étapes franchies jusqu'alors dans l'ultime but que la planète soit habitale sont principalement perceptibles par les remarques des personnages eux-même. Mais à mon avis, ces quelques détails suffisent. L'histoire est déjà suffisamment riche qu'il était préférable d'éviter de l'alourdir inutilement avec ces détails. Tout comme dans le cas de la technologie, l'évolution du terraforming semble continue.

Mon aspect favori dans Trilogie de Mars demeure les discours à saveur économique et philosophique. En particulier, l'underground s'étant séparé beaucoup plus rapidement de la Terre a mis au point un système économique qui reste, encore une fois, la suite logique à l'abolition du capitalisme. L'objectif ne converge plus vers les grands profils. À mon avis, leur système semble être un mélange de troc et d'économie durable : ils exploitent les ressources dans le respects tant de l'environnement que de l'individu. Chacun fait profiter aux autres de son champ de compétance. Le travail n'est plus obligatoire. Les gens travaillent pour eux-même et pour leur société. Cette nouvelle vision utopique du monde semble irréaliste mais les idées prennent une tournure différente lorsque l'on change de perspective. Sur Terre, les gens sont prisonniers de l'Histoire tansdis que sur Mars, monde nouveau, il est plus facile d'établir un nouveau système puisqu'il n'y a aucune grande rupture à faire.

Finalement, l'auteur présente tous ces aspects à travers la vie quotidienne des différents personnages. Il demeure donc facile de bien savoir à quoi ressemble le quotidien sur Mars, tellement que je me suis surpris à être tellement embarqué dans l'histoire à certain moment, qu'au moment de ranger mon livre j'étais bouleversé de constater que je n'étais pas sur Mars, mais sur Terre ! L'environnement de même que les personnages demeurent très attachants.

Comme pour beaucoup d'autres séries populaires, j'aurais eu la motivation de lire un quatrième tome mais, pour mon opinion, la trilogie est complète et ne laisse donc pas vraiment place à une suite. Si suite il y avait, elle quitterait sans doute le noyau central qui donne tout son charme à la plus belle histoire de Mars écrite à ce jour. Je recommende cette lecture non seulement aux amoureux de l'espace mais également à tous ceux qui souhaitent découvrir le monde d'un oeil nouveau. On assiste à la création d'un tout nouvel ordre social. De façon implicite, l'auteur propose une sévère critique de notre société (occidentale) moderne. D'un autre côté, les privilèges terrestres semblent soudainement mis en valeur, nous faisant d'autant plus apprécier notre fragile petit coin d'espace qu'est la Terre.

Références et Liens:


Pier-Yves Trépanier, Juillet 2004
tpieryves@hotmail.com