HOMMAGE À LAURÉAT  

pour ses 70 ans

Entre ciel béni et terre nourricière, un enfant, prénommé Lauréat, a vu le jour un certain 8 mars 1934.

Sous l’aile de parents bienveillants, entouré d’une lignée de frères et soeurs, l'enfance de Lauréat se déroule entre labeur et petits bonheurs.

De tous temps, Lauréat se présente comme un être patient, bon, chaleureux, fidèle, authentique, attentionné à ses proches. Le goût de L'aventure, de l'inconnu, son ouverture sur le monde l'ont amené vers de nombreux horizons. Une description de son aspect psychologique, relaté par un confrère séminariste, donne un autre portrait de Lauréat, et je cite : «Il a le calme d'un Londonien. Il est peut-être avare de parole, mais non de sympathie. Sa haute stature et son air assuré déconcertement les plus téméraires et mystifient les plus humbles ». (Fin de citation).  

Partout où son chemin le mène, il ne compte jamais les heures investies au service de son prochain. D'ailleurs, dès sa jeunesse, il offre son temps comme conducteur désigné pour véhiculer de maison en maison de joyeux lurons.Un peu taquins sur les bords, ces compagnons dont certain de ses frères, s'adonnaient une fois l’an à des visites «tardives» afin de«défoncer» et bien arroser la  naissance d'une nouvelle année.. Mais Lauréat, à la demande de ses parents, s'accommodait patiemment de cette fonction si noble de conducteur privé afin de protéger ses proches de toutes mésaventures fâcheuses. On raconte même que l’Opération Nez Rouge s'est d’ ailleurs inspirée de son généreux bénévolat.  

D’autre part, la personnalité de Lauréat se colore également de caractéristiques que je qualifierais de, plus subtiles.

On le dit espiègle, malicieux, fréquentant l’humour à ses heures. Lauréat endosse le sobriquet de joueur de tours bien malgré lui. Il se défend d’être mêlé à ce genre d’activité «futile, voir inutile». Jamais ne lui viendrait à l’idée, de placer banalement, un seau d'eau en haut d'une porte pour se payer la tête d’un pauvre ingénu. Si, malencontreusement, il se retrouve dans ce pétrin, ce n'est que sous l' influence insistante d’acolytes malveillants. Personne de sensé n'irait croire que Lauréat s'aventurerait à se payer la tête de quelqu'un. Pour les sceptiques, vous n'aurez qu'à l’interroger à ce propos et son témoignage confirmera mes dires.  

D’autres m’ont raconté, que Lauréat se présentait comme un sportif intrépide.

Un Jour, lors d’une partie de ballon balai, il se serait fracturé un membre qu'on a du lui plâtrer. De retour à la maison, en congé forcé, Lauréat ne s’en laissa pas imposer. A bord d’une chaloupe, il s’aventura sur la baie, malgré l'immobilisation de son membre et paraîtrait-il qu'il aurait osé une petite baignade.  

Faisons trêve de persiflage et soulignons plutôt le parcours quelque peu exceptionnel de Lauréat.  

Nous sommes en 1949 lorsqu’il s'inscrit au Séminaire de Chicoutimi. Il a l’opportunité de faire des études classiques qui l'amèneront croit-il vers une vocation en génie civil. Pour vous prouver le sérieux de ce jeune homme, sur 85 élèves inscrits lors de cette année, «seulement 11, dont fait parti Lauréat, parvinrent à franchir officiellement les 8 années consécutives du cour classique dans ce même séminaire. Ses camarades du Séminaire sont convaincus de ses succès futurs».

 En parlant de succès, paraîtrait-il qu'il en avait auprès des jeunes demoiselles, à une certaine époque où ces dernières fréquentaient l'école normale. Lorsqu’il rendait visite à sa sœur Thérèse, vêtu de son élégant costume dé séminariste, les regards féminins se tournaient discrètement vers lui. Faut dire que Lauréat n'a rien perdu de son charisme. Il a cultivé ce don avec intelligence et royauté.  

Progredere Recte étant la devise qui a guidé le séminariste que fut Lauréat, il n'a cessé dé progresser a enrichir sa personnalité. Il s’est appliqué à développer ses facultés intellectuelles, à élargir le champ de ses connaissances et à faire fructifier ses talents pour les mettre au service de son prochain.

Lauréat fait partie de ces êtres dont le parcours de vie les amène à des vocations particulières. Le Destin, si je peux m’exprimer ainsi, l'orientera vers un engagement sacerdotal. Des études de prêtrise le conduiront à l'ordination. Le 7 août 1957 il entre chez les Père Blancs. C'est à Carthage, en Afrique du nord; de 1958 à 1962 qu'il fera des études en théologie. Il reviendra dans son pays natal en 1962 à Grande-Baie où se célébrera le 1er juillet l'ordination de Lauréat.

 Mais Lauréat sent l’appel du large. Quelque temps de réflexion et sûrement sa foi profonde suffiront à le convaincre d’aller propager en des lieux lointains, le message d’amour qu’il avait reçu. Il quittera son lieu d’origine, sa famille, ses amis pour consacrer une grande partie de sa vie à un peuple si méconnu de nous tous à l'époque. De 1962 à 1986, il sera missionnaire au Burundi. Expulsé du Burundi en 1986, il reviendra au Québec ou on lui assignera une tâche en animation missionnaire jusqu'en 1990. Lors de cette même année, il retournera au Burundi jusqu'en 1994, pour continuer sa mission. Malheureusement, il sera contraint, encore une fois, de revenir au Qué6ec à cause de la guerre qui sévissait dans son pays d’ adoption.  

C'est grâce à lui, à l'occasion de ses rarissimes visites (à tous les 4 ou 5 ans) que nous avons apprivoisé l’Afrique. Pour tous ceux et celles qui ont eu le privilège de participer à ces soirées où Lauréat nous présentait ses amis africains, son travail, ses réalisations, ses innovations, nous en avons tous gardé des souvenirs impérissables. Il nous a transmis sa joie, son bonheur de vivre le quotidien parmi des humains qui partageaient les mêmes valeurs et les mêmes espoirs que lui.  

Lauréat fut un précurseur au niveau de l’audio-visuel dans son milieu africain. Il a su exploité à bon escient ce moyen technologique pour faire découvrir à ces gens ses croyances et sa foi en Dieu. De plus, il a voué une grande partie de son temps à former une relève qui porterait à son tour la flamme.
Telle était sa mission, je crois.
 

Ces africains ne sont pas les seuls à avoir bénéficié de la foi de Lauréat. Il a été une source a inspiration pour beaucoup d’entre nous. Il nous a ouvert une fenêtre sur l’Universel. Je me rappelle enfant, je lui demandais où était l’Afrique ? Il me répondait : «l'autre côté des montagnes ». Que d'images fabuleuses a engendrées cette évocation ! Souvent, j'ai voulu partir avec lui tellement sa vie m'apparaissait comblée. D’autres rêvaient de se camoufler dans ses valises pour simplement le suivre.  

Tu as su pour beaucoup d’entre nous, inspirer le souffle d’une foi créatrice. Personnellement, je me suis demandé souvent qu'est-ce que Dieu est venu faire dans ma vie, dans ce monde? Je crois que je ne suis pas seule à me poser ce genre de question, enfin j’espère ! C'est en regardant vivre et agir des êtres comme toi que je trouve des réponses.

Des gens qui t'aiment et qui ont une grande estime pour toi, confirment que tu as fait tien le message de Jésus. Tu as toujours eu le souci de visiter tes proches, de t’enquérir des nouvelles de chacun, même si ton temps précieux ne te le permettait pas toujours. Tu sais apporter le réconfort, adoucir le chagrin des êtres en détresse. 'Tes paroles, tes gestes manifestent l'amour que tu portes à chacun.
Oui, c'est certain, tu propages
l’amour du prochain.  

Une anecdote qui m'a été racontée confirme encore le bien que tu disperses autour de toi. 'Tes retours parmi nous, t'amenaient justement à te déplacer sur de longues distances. Il y a de ça des lustres, tes frères, soucieux de tes besoins, t'avaient rafistolé une voiture, qui paraît-il datait de 1956. T’avaient-ils mis dans le pétrin en te procurant cette berline ? Leurs intentions étaient de bonne foi puisque tu reflètes la bonté la générosité.  

Pour terminer cet hommage, un dernier souvenir vient m'habiter :Papa me l'insuffle sûrement. Je sais que tu apprécies le carme et paix que t'inspire la nature. Les terres qui ont appartenu à ton père te sont chères. Sois assuré que tu seras toujours chez toi sur la terre qui t'a vu naître.  

Au nom de tous, ici ce soir, je te dis, en toute sincérité, MERCI d'être là. Notre amour pour toi n’a d’égal que celui que tu as semé en chacun de nous  

Lauréat, sache  que ta présence nous est chère!

 

 Marlène Belley