Dépression, burnout, syndrome du survivant, trouble d'adaptation ou quoi encore?

 Christian Ricard

Vol.3, No.2, # 3

 

Tous autant que nous sommes, nous connaissons un ou des individus dans notre entourage qui ont vécu l'une de ces difficultés. Avec ou sans nos préjugés, nous portons souvent un regard distant face à ces divers problèmes psychologiques. Pour certains, la dépression est un signe de faiblesse ou est reliée à des problèmes personnels et familiaux. Pour d'autres, le burnout (trouble d'adaptation) est un diagnostic à la mode permettant de prendre un long congé. Le syndrome du survivant n'est, quant à lui, qu'une autre invention des psy pour se faire des clients.

 

Dans un article publié dans la Revue Commerce on apprend que les types de congés de plus de six mois liés aux dépressions et à l'anxiété sont passés de 6 % en 93 à 11,6 % en 1994 à l'Industrielle Alliance. À la Great West, ils étaient de 11 % en 1989 et sont passés à 24 % en 1994. Selon des informations que nous avons obtenues de source non-officielle, ces réclamations pourraient atteindre 40 % chez certains assureurs (si vous avez des données récentes à ce sujet s.v.p. faites-nous les parvenir par courrier électronique).

 

Les croyances que nous avons face à ces divers problèmes teintent régulièrement nos actions auprès de ces personnes. Lors de nos diverses interventions dans le réseau de la santé et des services sociaux, nous avons pu observer à quel point les dernières années de coupures ont eu un impact majeur sur la santé psychologique des employés du réseau. Qu'ils soient professionnels, cadres ou employés de soutien, tous ont vécu des transformations importantes dans leurs milieu de travail.

 

Le stress engendré par ces changements provoque chez plusieurs individus des réactions de détresse psychologique importantes. Malheureusement, les coûts en assurance-salaire se reflètent sur le budget des établissements. Les employeurs sont souvent portés à mettre de la pression sur l'individu en arrêt de travail pour accélérer son retour en emploi. Paradoxalement, cette pression provoque chez plusieurs individus une augmentation importante de leurs symptômes et donc un allongement du congé. Suite à une rencontre avec un employeur ou un médecin désigné par l'établissement, plusieurs individus ont vécu une période de stress intense, une augmentation de leurs symptômes et, dans des cas plus rares, une hospitalisation (particulièrement pour les dépressions majeures).

 

Dans d'autres milieux, la durée des congés semble réduite par l'effort que l'organisation déploie pour les prévenir et par une attitude d'ouverture et de compréhension des phénomènes liés à ce type de problématique. À notre connaissance, il y a peu d'études à ce sujet au Québec. La pratique quotidienne et les discussions informelles avec des psychologues, médecins et psychiatres traitant ces gens nous indiquent qu'il y a bel et bien une augmentation importante de ces problématiques et que les solutions préventives à mettre en place sont à développer.

 

Il est donc nécessaire, à notre avis, de pousser la réflexion pour élaborer des solutions novatrices qui favorisent à la fois l'individu et l'organisation. Une étude récente de Bernier & Larivière confirme qu'il y a de plus en plus de souffrance dans nos organisations... Il est paradoxal de voir à quel point nous intervenons avec des personnes vivant de la détresse en développant toutes sortes d'outils pour mieux le faire, alors que nous investissons peu pour améliorer la qualité de vie de nos organisations. En voulant faire toujours plus et mieux dans une conjoncture de rationalisation et de coupures budgétaires, nous hypothéquons petit à petit la ressource première fondamentale de nos organisations, l'humain donnant des soins.

 

Il est peut-être temps de réfléchir à de nouvelles pratiques de gestion favorisant une réduction des souffrances dans nos organisations. Pour l'instant, nous utilisons les mêmes recettes que lorsque le taux de détresse psychologique était plus faible. Nous devrions peut-être tenter de les modifier car celles-ci commencent à avoir un goût amer. Nous poursuivrons cette réflexion lors du prochain bulletin en mettant l'emphase sur des solutions possibles.

 


 

© 1998, RCIQ
Ce texte tiré du bulletin Les Nouvelles du Réseau conseil (vol.3, no.2) peut être photocopié et distribué dans votre organisation; notre seule exigence étant que la source soit toujours clairement identifiée et qu'il n'en soit pas fait usage commercial.

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