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Catherine Barbeau |
Cette étude, réalisée dans le contexte d'un mémoire de maîtrise en service social, porte sur les cadres de référence de la pratique psychosociale en CLSC. Nous appelons "cadre de référence" de cette pratique professionnelle une définition négociée des pratiques professionnelles psychosociales, encouragées ou acceptées, dans une organisation.
Nous nous intéressons particulièrement à ce nouveau phénomène en explorant, dans un premier temps, les éléments qui peuvent motiver des intervenants psychosociaux, des gestionnaires et un conseil multidisciplinaire à définir et à baliser la pratique psychosociale.
Il n'existe pratiquement aucun écrit sur des expériences d'élaboration de ce genre d'outil pro-fessionnel qui ont commencé à voir le jour il y a approximativement six ans. Toutefois, à l'aide des écrits qui peuvent se greffer autour de ce thème, nous constatons que les acteurs impliqués sont souvent aux prises avec des embûches relatives à leurs réalités profes-sion-nelle et organisationnelle. De ce fait, des tensions apparaissent autour d'enjeux aussi impor-tants que la reconnaissance des expertises et des compétences, le balisage ou le contrôle de la pratique professionnelle, la distinction du spécifique de chaque profession, l'autonomie professionnelle, l'encadrement, la supervision professionnelle, etc.
Outre le fait d'avoir campé notre sujet dans son contexte particulier (en CLSC) et d'avoir exploré les éléments influençant le désir de définir la pratique professionnelle psychosociale, nous avons fait deux expériences terrains. En effet, deux CLSC ont voulu obtenir du soutien dans leur démarche d'élaboration d'un cadre de référence de cette pratique professionnelle.
Pour ce faire, nous avons procédé par recherche-action afin d'épauler ces gens et de recueillir des informations pertinentes pour affirmer ou infirmer notre hypothèse : un cadre de réfé-rence ne peut être adopté que dans la mesure où gestionnaires et intervenants psychoso-ciaux souhaitent mutuellement définir la pratique idéale de l'organisation professionnelle dans un CLSC. Cette volonté ne se réalisera toutefois que si les efforts sont appuyés par des moyens appropriés. Nous avons également exploré la question suivante : quelles sont les conditions essentielles à réunir pour qu'un CLSC et ses intervenants psychosociaux puissent se donner un cadre de référence structurant la pratique psychosociale.
Afin de répondre à ces préoccupations, nous avons fait des choix méthodologiques conséquents en utilisant une approche de recherche-action. Nous avons aussi joué certains rôles habituellement assumés par un consultant. Nous avons procédé à la collecte des informations en utilisant des questionnaires acheminés aux CLSC possédant déjà des cadres de réfé-rence, en procédant à l'analyse de contenu de quelques-uns de ces cadres de référence, en employant une démarche de recherche spécifique à chacun des CLSC nous servant de terrain d'expérimentation et en réalisant des entrevues individuelles d'approfondissement.
Grâce à ces nombreuses sources de renseignement, nous avons été en mesure de vérifier que l'élaboration d'un cadre de référence peut avoir de nombreux impacts tant sur les relations entretenues entre les professionnels du champ psychosocial et leurs collègues d'autres disciplines qu'entre les intervenants psychosociaux et leurs gestionnaires. Nous avons pu reconnaître d'autres impacts en ce qui concerne la crédibilité des praticiens psychosociaux, la reconnaissance de leurs compétences, leur appartenance professionnelle ainsi que la qualité des services rendus à la clientèle. Nous avons noté également, dans certains cas des impacts en ce qui concerne l'organisation du travail et l'encadrement professionnel.
Pour qu'une démarche d'élaboration d'un cadre de référence de la pratique psychosociale soit menée à terme et que l'outil soit réellement inséré dans la pratique quotidienne des interve-nants et de leur organisation, certains impératifs doivent être maintenus tels une réelle impli-cation des gestionnaires concernés et d'une majorité des intervenants psychosociaux, le res-pect du rythme réflexif des intéressés, des moyens de communication appropriés et efficaces, des activités d'appropriation, etc.
Ce mémoire constitue le premier effort d'envergure s'intéressant à ce type d'outil professionnel. Il sera d'autant plus pertinent pour les praticiens sociaux et leurs décideurs qu'il met en lumière les enjeux auxquels ils sont confrontés de par la nature éclatée de cette profession (et donc, de la difficulté de la définir) et les exigences multiples d'un travail de plus en plus pratiqué en multidisciplinarité. En outre, la clientèle diversifiée et les multiproblématiques présentes, les mandats élargis qui se retrouvent en CLSC ainsi que la méconnaissance des gestionnaires (issus principalement d'une discipline autre que le service social) de la réalité de la pratique psychosociale, constituent aussi des enjeux importants. Afin d'être au clair avec ces aspects, l'élaboration d'un cadre de référence peut s'avérer un outil fort pertinent autant pour les professionnels que pour les gestionnaires.