Telemetry Network : Blanc Sablon - Palsa Field
(in French)


Frydecki, J. and Dionne, J.C.
Pergélisol de la Basse-Côte-Nord, le point sur les palses de Blanc-Sablon
(extrait)

Par 57o10' Ouest, 51o20' Nord et 60 m d'altitude, le site de palses de Blanc-Sablon est le plus oriental et le plus méridional du Québec. C'est aussi le seul site connu de palses classiques (i.e. palses à coeur minéral recouvert de tourbe), sis au sud de la limite méridionale officielle du pergélisol (BROWN, 1979).

D'après les données climatiques de la station météorologique, localisée à l'aéroport, soit à environ 6 km au sud du site des palses et à une vingtaine de mètres d'altitude, la température moyenne annuelle de l'air pour la période 1968-1990 variait entre les extrêmes de -2.04oC (1972) et 2.47oC (1981) et, en moyenne, de 0.88oC à -0.13oC, avec une tendance d'ordre de -0.042 degC/an. Celle des mois le plus froid (janvier) et le plus chaud (août) était respectivement de -11.8oC et 12.1oC .

Ailleurs, au Québec, le type de palses observé à Blanc-Sablon ne se rencontre qu'à la limite entre la Jamésie et l'Hudsonie, i.e. au nord de l'isotherme annuel de -3.5oC. La localisation plutôt exceptionnelle du site de Blanc-Sablon porte à croire qu'il s'agit de palses reliques, héritées du Petit-Age glaciaire (DIONNE, 1984).

Les palses sont principalement constituées de longues crêtes, séparées par des mares de thermokarst. Plusieurs font entre 100 et 300 m de longueur et quelques mètres de largeur seulement. A première vue, on a l'impression d'une ancienne tourbière soulevée par le gel et subséquemment défoncée suite à la dégradation du pergélisol. Les palses de 2 à 3 m de hauteur relative, semblent donc être des buttes résiduelles plutôt que des buttes formées individuellement.

Depuis 1989, des travaux de terrain ont donc été effectués; des mesures de température de l'air, à la hauteur de 1.5 m, et du sol, à onze profondeurs (de 0.5 m jusqu'à 10 m) ont été prises afin de vérifier cette hypothèse (FRYDECKI et DIONNE, 1992, 1997).

Le pergélisol excède 10 m dans les plus grosses palses, composées d'un tapis tourbeux de 50 cm à 2 m d'épaisseur et d'un substrat minéral de sable fin et de limon stratifiés. L'épaisseur du mollisol à la mi-octobre 1992, était compris entre 48 et 60 cm.

Les changements saisonniers de la température du pergélisol pénétrant jusqu'environ 5 m sont d'ordre de -8oC à -0.6oC. Il faut presque un an pour terminer le cycle de la vague de chaleur où de froid à cette profondeur. A partir de 6 m de profondeur, la température demeure quasi stable dans le temps, avec une légère tendance négative. Jusqu'à la profondeur de 10 m, on observe les valeurs d'ordre de -0.4oC à -0.2oC.

De septembre 1990 à septembre 1992, la température de l'air enregistrée au site des palses ainsi qu'à l'aéroport indique une baisse par rapport à la moyenne pour la période de 1968-1990. Pour cette période elle fut respectivement:

a) palses:
la moyenne annuelle varie, en moyenne, de -1.74oC à -1.88oC, avec une tendance de l'ordre de -0.125 degC/an; la température des mois le plus froid (janvier 91) et le plus chaud (août 91) est respectivement de -21.07oC et 10.86oC.

b) l'aéroport:
la moyenne annuelle varie, en moyenne, de -0.94oC à -1.19oC, avec une tendance de l'ordre de -0.226 degC/an; la température des mois le plus froid (janvier 91) et le plus chaud (août 91) est respectivement de -19.5oC et 11.3oC.

Comme le site de palses est de nos jours légèrement plus froid que celui de l'aéroport (soit une différence d'ordre de -0.8oC), on peut penser qu'il en fut de même dans le passé. En conséquence, la température moyenne de l'air pour la période 1968-1990, au site des palses, serait voisin de 0oC.

Les données récentes confirment un refroidissement, qui se fait surtout sentir en hiver.

Deux tendances sont donc observées: celle de la dégradation visible des palses et celle du refroidissement du climat. Il est difficile de prédire combien de temps la tendance à la baisse durera. Si elle se poursuit pendant plusieurs années, les conditions seront alors favorables à une expansion du pergélisol. La dégradation des palses pourra néanmoins se poursuivre, puisque d'autres facteurs interviennent. L'apparition récente de petites buttes de gel, ailleurs dans la vallée de la Blanc-Sablon, semble refléter la tendance actuelle au refroidissement enregistrée aux deux stations. Une très courte période d'observation n'a pas permis, à cette étape (FRYDECKI et DIONNE, 1992), de donner une réponse satisfaisante sur l'évolution future des palses. Un suivi sur une plus longue période s'imposait pour préciser la tendance actuelle et ses effets sur les palses.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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TEMPERATURES MOYENNES MENSUELLES ET ANNUELLES (deg C)
PERIODE: Sept-1990 / Oct-1998


Bibliographie

Brown, R.J.E., 1979. Permafrost distribution in the southern part of the discontinuous zone in Quebec and Labrador. Géographie physique et Quaternaire, XXXIII (3-4): p. 279-289.

Dionne, J.C., 1984. Palses et limite méridionale du pergélisol dans l'hémisphère nord: le cas de Blanc-Sablon, Québec. Géographie physique et Quaternaire, XXXVII (2): p. 165-184.

Frydecki, J. and Dionne, J.-C., 1997. Pergélisol de la Basse-Côte-Nord, le cas de Blanc-Sablon. In: Programme and Actes du congrès, 10e Congrès annuel de l'APGGQ/AQQUA, Rimouski, Québec, p.71.

Frydecki, J. et Dionne, J.C., 1992. Le point sur les palses de Blanc-Sablon. Colloque annuel du Centre d'études nordiques, December 1992, p.5-6.