Lexique Tamazighte-Branès ©

(première partie)

 

1. abakh-khouche n. a. Tmzte; insecte, bestiole. b. Brns; bakh-khouche : idem, insulte.

2. abar-roDe n. a. Tmzte; boue liquide. b. Brns; aberrooTe : idem.

3. abebbiche n. a. Tmzte; sein d'une femme allaitante. b. Brns; bebbiche et bezzoula : sein.

 

4. abech-nikh n. a. Tmzte; plante annuelle dont l'inflorescence sert de cure-dent. b. Brns; bech-nikha : idem.

N.B. Cette plante se nomme Ammi visnaga (L.) en latin.  Lors de l’année de disette 1945, les gens, ayant consommé cette plante, avaient éprouvé de violentes douleurs au ventre, me racontaient mes parents.

 

5. abendaq v. a. Tmzte; courber l'échine à titre révérenciel. b. Brns; bendaq : idem.

 

6. aber-hoche n. a. Tmzte; lévrier mâtiné. b. Brns; berhouche : enfant quelconque, inconnu (péjoratif).

 

7. abernoSe n. a. Tmzte; l'habit marocain. b. Brns; un habit qui puise son nom dans celui de l'ancêtre éponyme des Branès, bernoSe dont le pluriel forme braneSe (tribu des Branès).

 

8. abezag n. a. Tmzte; la rosée sur le sol. b. Brns; lefzag signifie mouillé ; le verbe fezzag signifie mouiller ou uriner.

 

9. abouHaDe n. a. Tmzte; menteur, mythomane. b. Brns; BoHaTê : idem.

 

10. aBouSe n. a. Tmzte; vitiligo. b. Brns; laBraSe : idem.

 

11. abrouri n. a. Tmzte; la grêle. b. Brns; tibrouri : idem ; tiber-ra, les fèces des ovins et des caprins qui se présentent sous la forme de pois ronds rappelant ainsi celle du grêlon.

 

12. abzim n. a. Tmzte; tube ou pièce métallique.  b. Brns; ebzime : crochet ou partie métallique destinée à boucler une ceinture ; abzim semble dériver de l’hébreu barzil (fer) et surtout abzeme (agrafe).

 

13. achalqome n. a. Tmzte; la gueule du chien. b. Brns; ech-chalqome (sing.) et ech-chlaqam (pl.) : paroles insultantes pour désigner de grosses lèvres.  Le verbe tchalqam signifie avoir des lèvres grosses et pendantes.  L'expression dalli ech-chlaqam veut dire être en colère ou bouder.

 

14. achaqore n. a. Tmzte; cognée à double lame. b. Brns; echaqore : une hache.

 

15. achBare n. a. Tmzte; murette en pierre sèches servant tant à l’embuscade qu'à la défense d’un endroit par un homme armé d’un fusil. b. Brns; à côté de l’achbar précédant, il y avait un autre type constitué par une tranchée creusée dans le sol marneux des Branès.  À défaut de pierres, fort rares en pays marneux, les défenseurs recouraient à la tranchée et aux bourrelets de terre comme abri.

   Mon père me racontait et me montrait le réseau de tranchées du temps de mon grand-père et me précisait que ces tranchées étaient camouflées le jour par une plante que l’on nommait eddiss (Ampalodesma mauritanicus en latin) de sorte qu'un ennemi potentiel ne pouvait pas repérer les points d’appui des tireurs.

 

16. ach-DaDe n. a. Tmzte; tissu en général. b. Brns; ech-TéTa : un morceau de tissu. Le tamis appelé ch-TaTo comporte un carré de tissu à mailles très fines pour l’obtention de la farine blanche présumée de haute qualité.  Le tamis ordinaire des Branès est un tambourin (bendir) dont la peau a été trouée à l’aide d’une aiguille.

 

17. ached-dire n. a. Tmzte; endroit recouvert d'arbres grands, élancés. b. Brns; ajdir : inusité sauf en toponyme chez les Gzanaya, une tribu cousine et voisine des Branès.

 

18. ache-h-bare adj. a. Tmzte; châtain ou blond. b. Brns; ache-h-bare : blond ou châtain terne.

N.B.  Ce mot dérive de l'arabe ach-h-be (blond).  Le mot cha-h-boune est aussi usité chez les Branès.

 

19. achelchale n. a. Tmzte; la poterie en général. b. Brns; aqelale : idem.  Toponyme Aïn Bouqelale.

 

20. achellaDe n. a. Tmzte; vent froid accompagné de pluie. b. Brns; chelTa : idem.

N.B.  Les Branès, pour éviter de s'exposer au vent chargé de pluie, choisissaient des emplacements pour leur maison sur des versants abrités des vents de l'Ouest.  Contraints, ils fonçaient leur maison dans les terrains marneux pour n'exposer que le minimum des constructions au vent dominant.

 

21. achemaDe n. a. Tmzte; odeur de brûlis. b. Brns; echewaTe : idem.

N.B.  L’origine de ces mots semble être l’arabe chawa (cuire, frire).

 

22. achenqore n. a. Tmzte; voir aqach-mire. b. Brns; echenqore : pierre, culée d'arbre ou piquet émergeant du sol.  Pour une dent d'une longueur dépassant les autres, on emploie le mot enibore (dérive de l'arabe nab, la canine).

 

23. achentoufe n. a. Tmzte; cheveux hirsutes. b. Brns; chentoufa (pl. chnatef) : lanière, morceaux filiformes.

 

24. acherdourhe n. a. Tmzte; voir aderbale. b. Brns; echradarhe : nom collectif pour désigner des habits en loques.

 

25. acherwiDe n. a. Tmzte; vieux torchon. b. Brns; ech-cherwiTa : idem.

 

26. ach-wari n. a. Tmzte; panier à  double poche à l'image d'un immense soutien-gorge que l'on met sur les équidés pour le transport de biens. b. Brns; echwari (chouari) : idem.

N.B.  Ce genre de panier peut être confectionné avec les palmes du palmier nain si abondant autrefois dans les Branès ou à l'aide des stipes d'une graminée appelée halfa (alfa) qui pousse sur la limite orientale des Branès.  Les Branès confectionnaient aussi avec l'alfa de grands paniers (charias) pour le stockage des grains, les cordes pour la fixation de la meule de paille ainsi que des sandales primitives que j’ai eu le plaisir de porter. 

   Avec les palmes du palmier nain, les Branès et les Tsoul préparaient autrefois une espèce d'imperméable dont la forme rappelle celle de la djellaba que porte le berger le jour de pluie seulement.  Comme cet habit était rigide en raison de la dureté des fibres du palmier nain, pour se vêtir et se dévêtir, il fallait l'aide d'une personne tierce.

 

27. adab-dabe v. a. Tmzte; observer les principes moraux, religieux ; se donner à l'ascétisme. b. Brns; inusité.  L'ethnie des Dbadba en provenance de Debdou s'était réfugiée dans les Branès juste après la Bataille de l'Isly.

 

28. aDar n-yegirw (mot composé) a. Tmzte; le détroit.  Littéralement, pied de la mer. b. Brns; rjel dlebhar (arabe) : littéralement, pied de la mer.

N.B. Les Branès expriment l'idée tamazighte à l’aide de mots arabes.  Un Arabe ne saisirait jamais ce que veut dire un pied de mer, rjel dlebhar, car il a à sa disposition des mots comme madiq ou bourhaze.  Tout en s’exprimant en partie à l’aide de mots arabes, ils demeurent fidèles à l’esprit tamazighte.

 

29. aDar-rafe n. a. Tmzte; cordonnier. b. Brns; eTarrafe : idem.

 

30. adeqqi n. a. Tmzte; ustensile en terre cuite. b. Brns; adeq-wane : terre glaise brute. 

N.B. Cette terre est triée avant d’être battue à l’aide d’une pièce en bois appelée rzama pour concasser toutes les mottes et les grumeaux.  Les Branès font leur poterie selon la méthode du colombin qui consiste à préparer une pièce de poterie en plusieurs étapes ;  chaque jour, une portion de la pièce est ajoutée à la main et à l’aide d'un peigne traditionnel fait à partir de la corne de bovin.  Les dents du peigne permettent de raccorder la précédente partie à la nouvelle. 

   Le succès du potier réside dans le dosage de sa pâte et dans l'art d'assurer la jonction entre l'ancienne partie et la nouvelle. Ainsi, la ménagère des Branès peut s'adonner à la poterie durant une quinzaine de jours pour préparer la vaisselle dont elle a besoin.

 

31. aderbale n. a. Tmzte; haillon. b. Brns; derbala : idem.

 

32. adfele n. a. Tmzte; la neige. b. Brns; talj (arabe; neige). Cependant, l'emploi de tfele est réservé au crachat dont la texture rappelle le flocon de neige.

 

33. adkhase n. a. Tmzte; ferment pour le lait. b. Brns; adrhase : le premier lait après la mise bas d’une vache.

 

34. adlale n. a. Tmzte; chevelure de femme. b. Brns; edlal s'emploie surtout pour désigner la comète, nejma d-moudlal (ici, l'arabe et le tamazighte s'associent ; nejma signifiant étoile en arabe).  Il s'agit d'un nom très poétique pour la comète comparé à celui de l'arabe, l'étoile à queue (almodannab = portant une queue).  Le nom comète dérive du grec komêtês qui signifie longue chevelure.  Sans doute, dans l'Antiquité, aussi bien les Grecs que les Amazigh avaient-ils un sens similaire de l'observation et de la dénomination !

 

35. admere n. a. Tmzte; la poitrine, l’avant-train d’une grosse bête. b. Brns; ados, bourrelet saillant sur le flanc d’une colline.  Le verbe edmere signifie bousculer avec la poitrine.

 

36. adrare n. a. Tmzte; montagne. b. Brns; inusité.

N.B.  Le toponyme que portait la colline sur laquelle la ville nouvelle de Taza a été construite s'appelait  Dra~ allouze que l'on peut traduire par brassée d'amandiers, ce qui n'a pas de sens.  La prononciation originale a été sans doute adrar n-louze, la colline des amandiers, ce qui est plausible à mon sens.

 

37. aDreSe n. a. Tmzte; dispositif empêchant le veau ou autre de téter les pis de sa mère. b. Brns; aDresse est un dispositif comportant un morceau de peau d’un hérisson que l’on accroche sur le museau du veau pour l’empêcher d’atteindre le pis de sa mère. Les épines  piquent la vache à l’aine, ce qui l’amène à chasser son petit. Pour l’agneau et le chevreau, des muselières appelées eqmama sont placées sur leur museau pour les empêcher d’atteindre les pis maternels.

 

38. afalkou n. a. Tmzte; faucon. b. Brns; Tere alHore (arabe ; l’oiseau libre) : faucon.

N.B.  afalkou sonne le latin falco (falconis), faucon.

 

39. afekroune n. a. Tmzte; tortue. b. Brns; elfaKrone : idem.

 

40. afere n. a. Tmzte; aile de l’oiseau. b. Brns; ferefere : s'envoler.

 

41. aferkouse n. a. Tmzte; petit de la perdrix. b. Brns; ferkouse : idem ; par extension, enfant.

 

42. afniq n. a. Tmzte; valise, caisse en bois, commode. b. Brns; essandouq.

N.B.  Le tamazighte a conservé le premier nom qui a été donné à la première caisse de bois que les Phéniciens avaient montré aux Amazigh de l’Antiquité.  Ils avaient nommé la caisse par le nom du peuple qui l’avait inventée.  Les Phéniciens avaient découvert le clou et l’avaient utilisé pour l’assemblage du bois d’où le nom de afniq pour la caisse en bois.

 

43. afoqqose n. a. Tmzte; punaise (insecte). b. Brns; feqqouSe signifie concombre. 

N.B. Les Branès comptent une tribu portant le nom de Bni FaqqoSe.  Le seul rapport de similitude entre la punaise et le concombre réside dans le pouvoir de reproduction de ces deux espèces.  La punaise prolifère vite tandis que le concombre, comme toutes les cucurbitacées d'ailleurs, produit une grande quantité de graines (pastèque, melon). 

   L’origine du mot semble venir de l’arabe faqasa ou faqacha qui signifie naître après une couvaison ; faqqase veut dire aussi proliférer rapidement.

 

44. afoul-louse n. a. Tmzte; la poule, la volaille. b. Brns; el-felouse se dit pour coquelet et fellousa se dit pour poulette.

N.B.  La poule et le dromadaire ont sans doute atteint le Maroc en même temps.  Ces deux espèces sont originaires d'Inde (dromadaire) et de Chine (poule).

 

45. agachouch n. a. Tmzte; la poitrine. b. Brns; la poitrine ou la cage thoracique.

 

46. agar-rouje adj. a. Tmzte; celui dont le nez a été coupé. b. Brns; mgarraje : idem ; cependant, eg-garrouje signifie une espèce de jarre sans col.

 

47. agelmame n. a. Tmzte; lac naturel. b. Brns; comme il n'y a pas de lac, ce mot semble inusité.  Cependant, à l’étiage subsistent le long des rivières des mares que l’on appelle guelta (sing.) et glati (pl.).  Chez les Rhiata, cousins des Branès, subsiste geldamane, un toponyme évoquant ce que l’on peut appeler un lac et dans lequel guelta est remplacé par guelda (alternance des dentales t et d).  Littéralement, ce toponyme signifie mare d’eau, or c’est précisément ce que disent les Branès lorsqu'ils parlent de mare : guelta del ma, mare d’eau.

 

48. agerDeDe adj. a. Tmzte; court en général ; camus (nez). b. Brns; idem ; qarTeTe pour camus (nez).  Le verbe qarTaTe signifie couper en petits morceaux.

 

49. agoum-mire n. a. Tmzte; marque, borne érigée pour repérer la limite entre les propriétés agricoles. b. Brns; cette marque a été souvent constituée par un bouquet de palmiers nains à tel point que le palmier nain, en devenant rare, fut appelé eg-goummar.  Le palmier nain, doum, extirpé et séché sert de combustible et porte le nom eg-goummar.  Sa pousse terminale fraîche se consomme et s’appelle ej-jommar.  Tous les mots employés semblent dériver de la racine tamazighte agoum-mire.  Le nom latin du palmier nain est Chamaerops humilis (L.).

 

50. aHandire n. a. Tmzte; tissu rayé. b. Brns; elhandir et handira : idem.

 

51. aHawale int. a. Tmzte; exclamation pour dire attention. b. Brns; aHawale : idem.

 

52. ahayeDore n. a. Tmzte; la peau de caprin ou d’ovin non tannée. b. Brns; elhayeDora s’entend comme une peau tannée ou non.

 

53. ahchouche n. a. Tmzte; hutte en matériaux légers, en branchages, etc. pour la durée de l’été. b. Brns; a~chouche : idem.

N.B.  Chez les Branès, dans la fraction des Lhalha, il existe un toponyme portant le nom de la~chayeche où se tenait autrefois avant la pénétration française une espèce de fête annuelle à la fin de l’été, me racontait mon oncle maternel, né vers 1870 et mort en 1961.  Il m’avait révélé l’existence  des Lhalha professant le judaïsme. 

   Dans l’ancienne religion mosaïque, les Hébreux célébraient à la fin de l’été et le début de l’automne la fête des Tabernacles qui se déroulait sous les huttes et les tentes en souvenir du temps passé dans le désert.  Au cours de cette fête, on remercie aussi Dieu en fêtant les prémisses des fruits automnaux (raisins et olives).

 

54. aHwaq n. a. Tmzte; voile, tissu fin qu’on enroulait autrefois autour du cou. b. Brns; Hawaq : idem.  Les Branès avaient fait de ce mot  en l’associant à un mot arabe une expression polissonne (Hawaq lawih, il a enroulé un voile sous-entendu autour du cou quand on fait la liaison, dans la prononciation, ce n’est plus le cou mais les cou…).

 

55. ajarh-dide n. a. Tmzte; mets empoisonné. b. Brns; ejarhdide : poison.  L'expression koul ejarhdide (manger ejarhdide) ne trahit pas le sens original tamazighte.

 

56. aka~wane n. a. Tmzte; bruits confus, sons de tambours et de flûtes. b. Brns; ka’wi : voir texte.

 

57. akaffouse n. a. Tmzte; étoc, culée d’un arbre, etc. b. Brns; ek-keffouse signifie la suie. Les verbes kaffase et t-kaffase signifient noircir et être noirci.

 

58. akarDiDe n. a. Tmzte; la figue encore dure avant sa maturité. b. Brns; ek-karToTe : figue dure, nodule sous-cutané.

 

59. akarmose n. a. Tmzte; fruit du cactus dont le nom latin est Opuntia ficus-indica Mill. b. Brns; elhandi-ya : idem.  Les Branès confondent souvent le fruit et l’arbre (ez-zitoune, l’olive et l’olivier ; ellouze, l’amande et l’amandier ; etc.).

 

60. akarmosse n. a. Tmzte; figue mûre. b. Brns; ek-karmosse : idem.

N.B.  L'origine semble phénicienne.

 

61. akeffouse n. a. Tmzte; suie. b. Brns; ekeffouse : idem.

 

62. akenkile n. a. Tmzte; la chaux. b. Brns; ejjire (arabe ; la chaux).  Le latin calcinare (lire kalkinare) a servi sans doute à la formation du tamazighte akenkile, l’altération ne porte que sur le l qui devient la nasale n.

 

63. akentoure n. a. Tmzte; taureau adulte. b. Brns; et-toure (arabe ; thawr, taureau).

 

64. akerkore n. Tmzte; un amas de pierres sèches appareillées pour servir de pied cornier ou de borne comme limite entre les parcelles des terrains agricoles.  Le nom ek-kerte signifie pierre et ek-karToTe signifie la figue dure avant sa maturité.  La racine kert semble signifier la dureté et la pérennité qui sont représentées par la pierre.

 

65. akerrouche n. a. Tmzte; le chêne vert. b. Brns; ekerrouche : idem.

N.B.  Le chêne vert s'appelle en latin Quercus ilex L. (lire qwercousse).  Actuellement, c'est en Afrique du Nord où l’aire du chêne vert est la plus étendue au monde et elle l’était certainement plus dans l'Antiquité.  Le mot Quercus, considéré aujourd’hui comme un mot latin, a sans doute une origine tamazighte.

 

66. akhrangou n. a. Tmzte; crêpe typiquement marocaine présentant une face alvéolée. b. Brns; ekhringou : idem.

N.B.  L'hébreu khor signifie trou et l'arabe makhrouq signifie troué.

 

67. akhroure n. a. Tmzte; maison menacée d’écroulement. b. Brns; kharba : maison en ruine.  L'adjectif makhrour signifie dérangé mentalement.

 

68. aknari n. a. Tmzte; cactus à raquettes, figuier de Barbarie. b. Brns; elhandi-ya.

N.B.  Le cactus à raquettes (Opuntia ficus indica) est originaire d’Amérique latine.  Les voiliers espagnols l’avaient sans doute apporté dans leur cale.  Des îles Canaries, il aurait pu être introduit au Maroc à une époque si lointaine que, lorsque les Français avaient pris pied en Afrique du Nord, ils l’avaient nommé figuier de Barbarie, ce qui est totalement faux.  Ils auraient dû l’appeler figuier du Mexique en conformité avec son origine.  Le nom vernaculaire d’elhandi-ya ne trahit pas l’origine puisqu’on appelait l’Amérique à l’époque les Indes occidentales (l’erreur est due à Colomb  qui a cru atteindre les rivages de l’Inde).

 

69. akobri n. a. Tmzte; la bonne action, le sacrifice suprême. b. Brns; ekbira.

N.B. Tant akobri que ekbira dérivent de l'arabe kabir (grand). Dans le discours religieux cet adjectif revient souvent (ajroun kabir ou grande récompense promise pour ceux qui se livrent à la bonne action).

 

70. akonbou n. a. Tmzte; calotte. b. Brns; tagiya : idem.

N.B.  Ce mot est à l’origine du mot konbou qui signifie idiot.

 

71. akouch n. a. Tmzte; nom d’une divinité tamazighte.      

 

72. akourfa n. a. Tmzte; rebuts de dépiquage des céréales. b. Brns; idem.

 

73. akourime n. a. Tmzte; un nain, une figue. b. Brns; garoume, gourame, agourame : espèce de concombre qui ne mûrit pas et qui est consommée à l'état vert. Mâché, ce fruit fait un bruit similaire à celui que font les os broyés. L’origine peut être hébraïque, car garoume signifie osseux.

 

74. alBBouze n. a. Tmzte; se dit des dattes quand elles collent les unes aux autres. b. Brns; grande bouchée que l’on prépare en la malaxant entre les doigts pour lui donner la consistance et la forme, grumeau, boulette, motte en général.

 

75. alBoDe n. a. Tmzte; bidon, tonneau ou autre récipient. b. Brns; BoTa : tout récipient pour le transport ou la conservation des liquides; eb-ToTe ou eb-Tate signifie l’œuf ; elbeTTa signifie une bouteille. 

N.B.  L’origine peut être soit l’œuf (bayeDa en arabe et Betzah en hébreu), soit BaTTa, nom donné à la bouteille en verre soufflé dont la forme rappelle celle de l’oie (BaTTa en arabe).  Le mot BaTTa était connu au Maroc du moins à partir de l’époque d’Ibn Battouta (diminutif de BaTTa).

 

76. albouche n. a. Tmzte; jarre pour puiser l'eau d'une source. b. Brns; albouche : jarre sphéroïde munie de deux anses pour attacher une corde de suspension.  Elle est portée soit à dos de bête ou à dos de femme compte tenu du volume important d'eau qu'elle contient.

 

77. aleqqoze n. a. Tmzte; grande bouchée. b. Brns; ele-BoZe : idem. Le verbe laBBaze veut dire faire de 

grandes bouchées, des mottes.

 

78. alk-koDe n. a. Tmzte; fouet en lanière de cuir. b. Brns; lekkoTe : idem.

 

79. allatchine n. a. Tmzte; orange en parlant du fruit de l'oranger. b. Brns; elletchine : idem.

 

80. allazaze n. a. Tmzte; pièce de bois pour fermer et renforcer une porte. b. Brns; a~arraTe : idem.

 

81. allouje n. a. Tmzte; aloès, Agave sisal. b. Brns; sabra.

 

82. alloulou n. a. Tmzte; les fleurs. b. Brns; loul-lou : idem.  Le mot newar signifie aussi des fleurs.

 

83. allousse n. a. Tmzte; le frère du mari d’une épouse. b. Brns; idem ; (pl.) lwayesse. 

 

84. almou n. a. Tmzte; orme champêtre. b. Brns; inconnu.

N.B. L’orme champêtre s’appelle en latin Ulmus campestris.  Il est plausible d’admettre que l’almou tamazighte dérive du latin Ulmus à moins d’une homonymie fortuite !

 

85. almousse n. a. Tmzte; les boues puantes autour des puits ou à l’orée des sources. b. Brns; amalousse (métathèse de almousse) : idem.

 

86. amalou n. a. Tmzte; ubac. b. Brns; eDDele (arabe; ombre). Le toponyme Babtimalo (littéralement, col de l’ubac) existe chez les Branès.

 

87. amasrouw n. a. Tmzte; personne licencieuse, prostituée ou proxénète. b. Brns; masrousse pour un mâle et masroussa pour une femelle s’emploie pour ceux qui se livrent à la prostitution.

 

88. amaZile n. a. Tmzte; beau. b. Brns; inusité seulement dans l’expression d’exclamation amazzintou signifie bien quelle beauté !

 

89. amazirh adj. a. Tmzte; amazigh : être noble d'origine, homme libre, contraire d'esclave. b. Brns; horre : idem.

N.B.  Dans l'élan de leur arabisation, les Branès avaient traduit barnossé amazigh par barnossé horr.  Quand on demande à un des Branès son origine, il répond sans hésiter barnossé horr comme il l'aurait fait en tamazighte.

 

90. amaz-zare n. a. Tmzte; chute d'eau. b. Brns; ZarZare (v) : tomber (pluie dense) ou couler (sueur).

 

91. amechak-rade adj. a. Tmzte; cheveux frisés. b. Brns; emchekrade : idem ; par extension, mal coiffé (mcha~kake).

 

92. amekhloud n. a. Tmzte; celui qui s’habille décemment. b. Brns; le mot n’est pas utilisé, mais la tribu des Bni Khellad aurait sans doute été appelée Aït Imekhlad.  La suppression du m et la contraction des i qui se suivent donnent Bni Khlad.  Les langues affûtées des Branès les appellent Bni-Khla (les fous), ce qui confirme avec humour cette hypothèse.  L’accent sur le kh a été sciemment introduit pour éviter un surnom de fou.

 

93. amer-rize n. a. Tmzte; douleurs dans les membres (entorse, etc.). b. Brns; le verbe mer-reze signifie appuyer les doigts, frotter, donner des baisers violents.

 

94. amesrou n. a. Tmzte; prostitution. b. Brns; l'adjectif masrouse (nu en tamazighte) qualifie celui qui commet l'adultère.  La prostitution se dit qHoube ou t-mardene.

 

95. amiZare n. a. Tmzte; châle porté sur les épaules. b. Brns; leZare : idem.

 

96. amlagh n. a. Tmzte; concours, joute oratoire, duel, etc. b. Brns; tout jeu déplaisant, provoquant.

 

97. ammoumou n. a. Tmzte; la pupille de l’œil. b. Brns; moummou. 

N.B. Moummou signifie aussi nourrisson.

 

98. amouche n. a. Tmzte; chat. b. Brns; elmouche : idem.

N.B.  Le chat est originaire du nord de l'Afrique et était inconnu en Chine pendant la Haute Antiquité.  Ainsi, lorsque le zodiaque chinois a été élaboré, le chat n’y figure pas tandis que le coq y figure.

 

99. amousene n. Tmzte; jurisconsulte (fqih pour les Musulmans et rabbin pour les Juifs).

N.B.  L'expression daba ey-qabto amousen peut avoir une signification si l’on considère que les gens se référaient à leur jurisconsulte pour se donner justice.  Le mot amouttene a été traduit par providence (voir amouttele).

 

100. amouttele n. a. Tmzte; la rétribution d'un péché. b. Brns; amouttene se confond avec providence.  Se dit par dépit par celui qui se trouve dans l’incapacité de se faire justice ici-bas : daba tqabTo amouttene, il sera attrapé par amouttene (sous-entendu pour être puni).

 

101. amsou n. a. Tmzte; abreuvoir ou lieu où les animaux s'abreuvent. b.  Brns; inusité ; cependant, le toponyme Msoun existe et, par sa situation sur la rive d'un cours d'eau, tout laisse à croire que l'endroit avait servi pour abreuver les troupeaux.

 

102. am-ya n. a. Tmzte; zéro, valeur nulle. b. Brns; walou : idem.

N.B.  walou dérive sans doute de la phrase négative arabe wa law cha-y-oun qui signifie qu'il n’y a rien.

 

103. anase n. a. Tmzte; cuivre. b. Brns; en-Hase : idem.

 

104. anechmoDe n. a. Tmzte; le brûlis, le brûlé. b. Brns; le verbe chaw-waTe signifie brûler superficiellement pour enlever des impuretés. Les épis de blé encore vert subissent ce traitement à la flamme pour les débarrasser de leurs aiguilles et préparer une farine appelée ez-zameta.  Par extension, tout bouquet ou gerbe d’épis s’appelle echawwaTa. L’origine peut être de l’arabe chawa (griller ou cuire).

 

105. aneda n. a. Tmzte; mare, trou d'eau. b. Brns; inusité. Le verbe ned-da signifie sourdre. L'origine pourrait être de l'arabe ennada (la rosée).

 

106. aneftouk n. a. Tmzte; déchirure, hernie. b. Brns; lafteq : idem.

 

107. anglousse n. a. Tmzte; ange. b. Brns; malayeka (sing. malak) dérive aussi bien de l'arabe que de l'hébreu.

N.B.   Le mot malak figure dans la Sainte Bible qui fut traduite en grec par les Ptolémée d’Égypte au troisième siècle avant l’ère chrétienne.  Les traducteurs grecs ou ceux qui maîtrisaient le grec et l’hébreu traduisaient par l’équivalent en grec. 

   Le panthéon grec dominé par Zeus avait aussi des messagers des dieux comme Iris ou même Mercure à ses débuts avant d’accéder au rang de dieu.  Ainsi, les Grecs avaient adopté pour la Bible le mot angelos.  Quand il arrive de lire L'Iliade et L'Odyssée d'Homère en version anglaise, le mot ange heurte le lecteur qui croit que cet être divin est d'essence judéo-chrétienne ou musulmane.  Au contraire, c’est l’être surnaturel païen qui envahit la littérature du monothéisme judéo-chrétien.  La Sainte Bible hébraïque parle d’envoyé du Seigneur (Genèse 15-16-7, 9,10, etc.) qui se manifeste individuellement dans certains cas et de plusieurs envoyés qui se manifestent à la fois (Genèse 17-18-2 et suivant).  Ils peuvent même s’attabler et avaler un veau entier qu'Abraham avait offert. 

   Le Judaïsme avait précédé l’Islam et sans aucun doute les Tamazightes avaient adopté le mot malak.  Ce qui est surprenant, c’est son emploi chez les Branès au pluriel. Il y a même un toponyme dans le Mont Haskora qui s’appelle Mosquée des anges, Jama~ Lamlayeka. Quand quelqu'un est saisi d’une crise nerveuse lui faisant perdre conscience, les Branès disent du patient qu'il est visité par les anges, jawah lamlayeka.  Comme les Branès étaient païens avant l’arrivée de l’Islam, ils avaient sans doute pris les Esprits pour anges (malayeka) ; ainsi, la forme au singulier est pratiquement inusitée sauf chez les fqihs.

 

108. ankrouf n. a. Tmzte; homme très endetté, humilié. b. Brns; ennekrouf (insulte) : idem.

 

109. an-nare n. a. Tmzte; aire de dépiquage des céréales. b. Brns; ennadere : idem.

N.B. Chez les Branès, le mot ennadere semble être un mot composé de an-nare et dere signifiant vannage.  Le verbe derri chez les Branès signifie vanner, c’est-à-dire jeter en l’air la paille et le grain pour les séparer grâce à leur poids spécifique, le souffle du vent emportant la paille au loin.  Agglutiné, puisque le tamazighte est une langue agglutinante, cela a donné ennadere, du moins ce qui semble probable.

 

110. anou n. a. Tmzte; puits. b. Brns; bi-r (arabe et hébreu).  Les Branès emploient taz-noute qui semble être le diminutif de anou et désigne un drain aménagé sous un mur pour évacuer aussi bien les eaux de pluie que les urines du bétail vers l’extérieur.  L’adjonction du z au diminutif de anou est surprenante !  S’agit-il d’une épenthèse spécifique des Branès ?

 

111. anouwale n. a. Tmzte; hutte en roseaux ou en matériaux légers similaires. b. Brns; enouwala signifie un coin ou une pièce spécialement réservée à l’usage du feu pour la cuisson du pain et autres.

 

112. aqach-chare adj. a. Tmzte; chauve. b. Brns; mqach-chare (pelé), eSla~ (chauve), qach-chara (coléoptère des Branès sans ailes qui présente des élytres sans ornementation d’où le surnom, une fois menacé, il fait jaillir un liquide).

 

113. aqach-mire n. a. Tmzte; crête rocheuse raide. b. Brns; aqechmare : toponyme.

 

114. aqamou n. a. Tmzte; bouche. b. Brns; qamouma : bouche; eq-mima (petite bouche) et qamqom (grande bouche).

 

115. aqarchade n. a. Tmzte; allumette. b. Brns; lawqide (arabe ; aw-qada, allumer).  Cependant, les Branès emploient le verbe qrach qui signifie écraser pour allumer une allumette.  Le verbe qarqache  signifie écraser ou briser un os ou un aliment dur avec les dents.

 

116. aqbouche n. a. Tmzte; récipient en terre cuite, jarre. b. Brns; qalouche : une espèce de cruche pour conserver l'huile, le beurre ou le miel.  Le grec calyx (lire Kalouch) peut être à l’origine de qalouche et aqbouche.

 

117. aqchouche n. a. Tmzte; ustensile sphéroïde en terre cuite ; par extension, tête. b. Brns; qach-qoucha signifie tête ; elqach-che signifie le mobilier d’une maison y compris l’ensemble des ustensiles en terre cuite.  Le mot elqach-che signifie en hébreu et en arabe la paille ; par conséquent, il ne pourrait être à l’origine du mot tamazighte.

 

118. aqejqal n. a. Tmzte; objets métalliques sans valeur. b. Brns; qejqala (sing.), qjaqel (pl.) : idem.

 

119. aqob-bane adj. a. Tmzte; analphabète, ignorant. b. Brns; qoddane : même sens.

 

120. ar yetleqqafe v. a. Tmzte; agoniser. b. Brns; ayeleqqafe : idem.

 

121. ara v. a. Tmzte; demander une chose, vouloir. b. Brns; idem.  L’emploi de l’impératif ara équivaut à donne-moi.

 

122. arhalale n. a. Tmzte; éternité, pérennité. b. Brns; ed-dowame (arabe ; dawame : permanence, continuité et immortalité).

N.B.  Le prénom ~allal est d’un emploi très fréquent chez les Branès.  L’origine de ce prénom peut être du tamazighte arhalale un nom votif pour une longue vie, surtout à une époque où la mortalité infantile était redoutée et redoutable.  Il existe aussi le prénom féminin ~allala.  L’origine du prénom peut être de l’hébreu ~olele, ~olale qui signifient nourrisson.  Le prénom ~lilou est aussi fréquent chez les Rhiata qui semble être un diminutif de ~ali. 

   Toutefois, comme le Judaïsme a précédé l’Islam, les tribus avaient sans doute adopté des noms hébreux, notamment celui de Eli qui par la prononciation est proche de celui de Ali.

 

123. arhanzore n. a. Tmzte; un gros nez. b. Brns; idem ; insulte (gros pif).

 

124. arhaze n. a. Tmzte; fruit (datte) du palmier nain, doum (Chamaerops humilis en latin). b. Brns; alghaze.

 

125. arhori n. a. Tmzte; nom. b. Brns; lesme (arabe, isme, nom) ; cependant, tirhrade signifie part personnelle.

 

126. asafo n. a. Tmzte; flambeau, source artificielle de lumière. b. Brns; asfaTe : bout de bois flamboyant, flambeau.  Le mot seffoTe est aussi usité dans le même sens.

 

127. asaka a. Tmzte; gué. b. Brns; machra~ (arabe ; passage, gué).  Le toponyme Saka existe chez les Mtalsa, cousins des Branès.

 

128. asalsou n. a. Tmzte; la mue d’un serpent. b. Brns; esla : idem.

 

129. asayesse n. a. Tmzte; endroit plat, plaine, plateau. b. Brns; employé sous forme adjectivale pour dire plat ; treq msayesa, une route plate.

 

130. aseDso n. a. Tmzte; les dents incisives. b. Brns; asendoure : les dents incisives proclives.  La lettre n semble épenthétique pour ne pas confondre ce mot avec un autre esdour (pl. de sedra, jujubier en arabe).  Le toponyme asdour (à prononcer aSDoRe) existe à Taza.

 

131. asegrou n. a. Tmzte; grand panier pour stocker le grain. b. Brns; charia : idem.

 

132. asekkine n. a. Tmzte; la chose. b. Brns; echna : idem.

 

133. asemmare n. a. Tmzte; adret. b. Brns; le verbe tsemmere (s’exposer au soleil) existe ainsi que msemmere qui a valeur de asemmare (adret).

 

134. asen-naje n. a. Tmzte; panier sans anse ni anneau de suspension. b. Brns; réservé au plateau d'une balance.

 

135. asen-nane n. a. Tmzte; épine. b. Brns; msennane, mchawek : idem.

 

136. asenouse n. a. Tmzte; l’ânon. b. Brns; zaHch (arabe ; daHch, petit de l'âne). Le latin asinus signifie âne et il est fort probable que les Amazigh l’avaient adopté.

N.B.  L’âne a été domestiqué historiquement en Mésopotamie au cours du quatrième millénaire avant J.-C.

 

137. asensi n. a. Tmzte; poulailler. b. Brns; bayyata d-djaj (arabe ; maison de volaille).

 

138. asergale n. a. Tmzte; pièce en bois pour fermer ou renforcer une porte. b. Brns; a~arraTe : idem.

 

139. as-faDe n. a. Tmzte; flambeau. b. Brns; seffouTe : bout de bois allumé et portant une flamme.

 

140. aslane n. Tmzte; le saule (Salix alba).

 

141. asrog-go n. a. Tmzte; sublimation, passage de l’état solide à l’état gazeux. b. Brns; t-sraq se dit de quelque 

chose qui disparaît furtivement comme si quelqu’un l’avait dérobée.  On emploie aussi le mot t-kh-Tafe.  Tous les mots semblent d’origine arabe.

 

142. assebok n. a. Tmzte; pièce de bois pour battre le linge. b. Brns; rzama : idem.

 

143. atelise n. a. Tmzte; pacotille, objet métallique sans valeur. b. Brns; l'arabe ejjalouq veut dire tout ce qui est métallique ; (pl.) joualaq : pacotille.

 

144. aToRReSSe n. a. Tmzte; le pinson (oiseau). b. Brns; ToRRayesse : idem.

 

145. aw-wale aqora n. a. Tmzte; paroles dures i.e. paroles sérieuses, graves. b. Brns; qlame qaseHe : idem. 

N.B. Cet exemple sert à montrer que, lorsque les Branès traduisent le tamazighte, ils le font au mot à mot et dans le même esprit.

 

146. ayise n. a. Tmzte; le cheval. b. Brns; el~awed (arabe ; cheval). Le latin equus, l’hébreu sose et l’arabe farase sont si différents qu’il est difficile d’établir une liaison ontologique.  Les Mésopotamiens désignaient le cheval par l’âne de la montagne.

N.B. La cavalerie des Amazigh était d’une renommée remarquable avant l’arrivée des Romains.  Lors de la dernière guerre punique, ce n’étaient pas les Romains qui avaient défait les Carthaginois, mais c’était la cavalerie numide de Massinissa qui avait emporté à Zama le succès fatal pour Carthage. Le cheval avait bien eu des noms avant que les Romains ne se soient emparés de l’Afrique du Nord.  C’étaient les Libyques qui avaient enseigné aux Grecs comment faire des attelages de quatre chevaux comme le rapporte Hérodote dans son Histoire.

   Il demeure néanmoins que le cheval est un animal originaire des steppes eurasiatiques et n’a fait son apparition historique en Mésopotamie que vers la fin du troisième et le début du deuxième millénaire avant J.-C.  L’Afrique du Nord avait-elle une espèce équine proche de celle de la Mésopotamie ou avait-elle simplement adopté l’espèce que les Phéniciens ou autres peuples avaient introduite ?

 

147. ayyouch n. Tmzte; nom d’une divinité tamazighte.

 

148. aZabbouye n. a. Tmzte; la cime d’une montagne. b. Brns; qarn ejbel (arabe ; littéralement, la corne de la montagne).

N.B.  Le radical z-bb-y serait lié au dieu phénicien Baal/Zabboul qui habitait le sommet des montagnes.  Son temple était toujours sur le sommet d’une colline dominant les environs.

 

149. aZalgoDe n. a. Tmzte; un hère, personne pauvre s’adonnant au vol. b. Brns; eSalqote : idem.

 

150. azatime n. a. Tmzte; huile. b. Brns; ez-zite : idem.

N.B.  L'hébreu désigne l'huile par semen et l'arabe réserve le même mot de semen pour beurre.  L'hébreu désigne l'olivier par ~etz zayite et l'arabe le désigne par chajar azzaytoune.  Le mot hébreu ~etz a donné chez les Branès le mot ~atech qui signifie branche et non arbre comme en hébreu.

 

151. azBore n. a. Tmzte; anus et vulve d’une bête. b. Brns; zabbore : idem, insulte.

 

152. az-bore n. a. Tmzte; voir adlale. b. Brns; zabore signifie la partie génitale d'une femme.

 

153. azebbouje n. a. Tmzte; olivier sauvage, oléastre. b. Brns; ezebbouje et elberri par référence aux petits 

fruits (olives) dont la taille rappelle à la fois celle des grêlons (tibrouri) et celle des fèces des ovins et caprins (tibara).

N.B.  La culture de l'olivier qui semble avoir commencé au Moyen-Orient a été sans doute développée par les Phéniciens pour se procurer de l'huile d'olive qui avait de multiples usages tant domestiques que religieux.  La racine Zeboul se retrouve également dans ce mot.  Le nom latin de l’olivier sauvage est Olea europea L.

 

154. azellaDe n. a. Tmzte; la pauvreté et le dénuement. b. Brns; ezzelTe ; par extension, zelaTe : la tige effeuillée qui sert au maître d’école comme bâton.

 

155. azellag n. a. Tmzte; guirlande, tout ce que l’on peut porter enfilé dans une corde ou ficelle. b.  Brns; azelag : idem.  Le verbe zellag est employé pour signifier enfiler dans un fil ou une tige, voire empaler

 

156. azerboDe n. a. Tmzte; toupie. b. Brns; inexistant.

N.B. J’ai dû connaître ce jouet à Taza.  De mon temps, on l’appelait trenbouya qui était un morceau de bois à moitié demi-sphérique et à moitié conique.  Cette dernière était surmontée par un éperon en acier (ennoug) que le forgeron avait fiché à chaud.

 

157. azerhri adj. a. Tmzte; châtain, blond. b. Brns; eZe~are : idem.

N.B.  Cet adjectif de couleur dérive sans doute du tamazighte aziri (lune) à l'image de l'adjectif espagnol amarillo (jaune) qui dérive de l'arabe qamar (lune).  Il y a un parallélisme de dénomination qui n'est pas étranger à l’esprit des Maures espagnols.

 

158. az-laf n. a. Tmzte; plante utilisée en sparterie. b. Brns; ce mot subsiste comme toponyme : Sahel Azlaf.

 

159. azoug-garhe adj. a. Tmzte; rouge. b. Brns; amezouwarhe signifie une argile rouge avec laquelle les toits des maisons sont recouverts pour leur assurer l'étanchéité.

 

160. azrhoude n. a. Tmzte; gerboise. b. Brns; ezrhouda : une espèce de rat comme le prétendent les Branès.

N.B. L’année 1947 a été nommée ~ame ezrhouda, l’année de la gerboise parce que l’année agricole a été d’une abondance exceptionnelle après deux années successives de famine (1945 et 1946). Les paysans trouvaient dans les terriers des gerboises du grain stocké qu’ils ramassaient pour leur consommation.  Ma mère, pour parler de l’année de ma naissance, dit que j’étais né l’année de la gerboise.


© ISBN 4-901110-00-4 C0039

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