La Thanatopraxie


Voici une présentation de la thanatopraxie en trois volets ; le lexique, l'historique et enfin les raisons et la démystification, de l'acte thanatopraxique.


LEXIQUE

Thanatopraxie, s.f. (mort, action). Mise en oeuvre de divers procédés de traitements et conservation des cadavres.

Dictionnaire des termes techniques de médecine, Garnier-Delamare. éditions Maloine 1985.

Embaumer,v.t. conserver un cadavre en le traitant avec des substances, qui le préservent de la corruption. / remplir d'une odeur agréable, parfumer.

Petit Larousse illustré, édition Librairie Larousse, 1980.


HISTORIQUE

Lorsque nous abordons ce sujet, il nous vient immédiatement à l'esprit ces fameuses momies Egyptiennes. Elles sont parvenues jusqu'à nous, dans un excellent état de conservation. Nous avons pu connaître une partie de leurs secrets par l'entremise des historiens Grecs Hérodote et Diodore.

Toutankamon Les Egyptiens de l'Antiquité ont su mettre au point des techniques de conservation très poussées, la preuve en est maintenant faite. Permettez de vous préciser, que les corps de cette époque étaient préparés plus en fonction de la conservation que de la présentation.

Après la mort, le corps était confié aux paraschistes. Ils ouvraient le flanc gauche du défunt à un endroit appelé " l'oeil d'Osiris ". Par cette incision, ils retiraient tous les viscères, sauf le coeur et les reins. Ils traitaient les cavités avec du vin de palme ou d'autres solutions astringentes. Les viscères, ainsi retirés, étaient placés dans des canopes ( genre de vases rituels déposés avec le corps dans la tombe ). Pour la tête, nous retenons la théorie selon laquelle une solution diluant les tissus du cerveau était injectée par voie nasale. Une fois le cerveau dilué on comblait le vide de la cavité cranienne par une solution résineuse.

En seconde étape le corps passait aux mains des colchhytes. Ils enfouissaient le corps dans le natron. Cette substance est très absorbante. Elle se retrouvait en abondance dans les eaux thermominérales et les lacs de la Basse Égypte. Le corps y restait pour une période évaluée à 70 jours. À sa sortie du natron, le corps était lavé et imprégné d'essences aromatiques.

Finalement, il passait aux mains des taricheutes qui devaient voir à emmailloter chacun des membres du corps avec des bandelettes de lin enduites d'huile de myrrhe. Sur les derniers rangs, on y inscrivait plusieurs fois le nom du défunt, sa parenté, ses bonnes actions etc... Par la suite, la momie était parée de ses plus beaux bijoux, déposée dans un sarcophage et remise à la famille.

Voilà en quelques mots, la façon de faire des Egyptiens. La méthode décrite est celle réservée aux mieux nantis. Pour les gens moins fortunés de l'époque, des techniques intermédiaires étaient utilisées. Il était très important de protéger tous les défunts. Seul le produit final variait en fonction de la somme investie.

Aujourd' hui nous utilisons la technique de l'injection artérielle, tout à fait différente de celle décrite par les historiens grecs, pour la conservation des corps égyptiens. L'origine de l'injection artérielle est difficile à retracer, d'une façon précise.

La découverte de la circulation sanguine reviendrait au médecin anglais William Harvey en 1628. Le docteur Frederick Ruysche, responsable de la chaire d'anatomie à Amsterdam en Hollande de 1665 à 1717, aurait eu recours à cette voie artérielle pour introduire, dans le corps d'un défunt, un produit préservatif. " L'on rapporte que Ruysche réussissait à donner au corps un aspect vivant ". Malheureusement, il n'a laissé aucun écrit sur ses travaux ou sur les solutions employées. De cette expérience découla probablement le procédé de conservation des corps encore pratiqué de nos jours. Il consiste à injecter un fluide dans le système artériel pour nettoyer les vaisseaux sanguins de leur contenu et fixer les tissus adjacents aux capillaires.

Un chimiste français du nom de Jean-Nicholas Ganal (1791-1851) aurait utilisé ce procédé pour rapatrier en France les soldats décédés au combat lors de la retraite de Russie par Napoléon. A peu près à la même époque, le Dr Sucquet utilisait la même technique avec un produit de préservation différent. Il aurait obtenu des résultats supérieurs à ceux de Ganal.

Aux Etat-Unis, le docteur Thomas Homes de New York fut le père en Amérique du Nord du développement des techniques européennes. Durant la guerre civile de 1861-1865, il était chargé d'embaumer les corps des soldats morts au champ d'honneur, de façon à les rapatrier dans leurs villes d'origines. Dr Holmes était plus préoccupé par des motifs de préservation que des motifs de présentation. Toujours la même histoire, mais c'était un début. Quelques années plus tard, soit en 1882, le professeur J"H" Clarke fonde une école d'embaumement à Cincinnati. À partir de ce moment, l'embaumement par injection artérielle s'est constamment amélioré tant dans les techniques que dans les produits utilisés.

Au Québec l'association des directeurs de funérailles a mis sur pied le 6 décembre 1958 le " Collège des embaumeurs de la province de Québec ". Cette institution a vu à la formation des embaumeurs jusqu'en 1980, année où le Collège de Rosemont a pris la relève. Aujourd'hui, nous parlons de thanatopraxie. Terme définit par le Larousse comme étant: " L'ensemble des moyens techniques mis en oeuvre pour la conservation des corps. ( L'embaumement en est la forme historique.) ". Les fluides préservatifs sont à base de formaldéhyde additionnés d'agents humidifiants, pénétrants et colorants. L'accent est mis sur la préservation et la présentation des dépouilles mortelles.

Texte préparé par M. Henri Gibeau, Thanatologue, Thanatopracteur.

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LES RAISONS ET LA DÉMYSTIFICATION DE L'ACTE THANATOPRAXIQUE

HOMMAGE AU DÉFUNT.

Dans les sociétés civilisées et quelles que soient les conceptions philosophiques ou religieuses, le souci des égards dus à la dépouille mortelle d'un être cher est éminemment légitime et sacré quelle que soit aussi la fin de l'homme, on est frappé d'effroi en imaginant "le noir travail des tombeaux" que du moins, le défunt avant d'être séparé à jamais des siens reçoive des soins empreints de piété, qui ne lui auraient pas été refusés de son vivant. Ce sentiment, si répandu contient un besoin qui, depuis les temps modernes n'avait pu être satisfait, faute d'une technique appropriée. C'est une consolation pour une famille éprouvée, d'être assurée que le corps de leur défunt, ne soit pas soumis au phénomène agressif de la putréfaction, mais "retourne paisiblement en poussière" selon les écritures.

L'HYGIÈNE.

La conservation hygiénique des corps est le moyen moderne et efficace d'éviter la propagation des maladies par le contact des vivants et des morts ainsi que la pollution et la souillure des objets et de l'habitat. Des examens scientifiques ont confirmé qu'avec l'arrêt de la vie des centaines de bactéries sont libérées et deviennent, si on ne les tient pas en échec, un grave danger pour la salubrité. La conservation hygiénique par la thanatopraxie, permet une désinfection complète des corps en supprimant toutes odeurs et autres désagréments. C'est le seul procédé vraiment valable et rationnel, soit pour la conservation du corps, dans les cas de transport à distance, si pour une raison quelconque les obsèques doivent être différées.

LA RESTAURATION ESTHÉTIQUE.

Seule la conservation hygiénique par la thanatopraxie comportant, une présentation soignée du visage, peut rendre à un défunt un aspect naturel. La science médicale adoucit les souffrances physiques du malade ; pourquoi une science nouvelle n'atténuerait-elle pas la douleur morale des familles en deuil, en effaçant les traces (stigmates) des visages crispés ? Loin de mutiler, le technicien en thanatopraxie, vise à donner une apparence naturelle, une expression de sérénité. Il ne faut pas sous-estimer ce facteur sentimental très important pour l'entourage du défunt, le dernier contact visuel devant lui laisser un souvenir apaisant, non entaché d'une impression pénible et macabre. N'est-il pas déprimant, accablant, de conserver durant des années une image funeste et désolante, en surimpression de la mémoire d'un être cher ?

LA DÉCENCE.

C'est manquer de respect envers le défunt, envers soi-même, manquer d'égard vis-à-vis des tiers, que d'imposer une situation inconvenante puisqu'il existe une solution qui concilie l'observation des traditions et des croyances, les règles de la décence et de l'hygiène.

Tiré des notes de cours 171.01


LA THANATOPRAXIE.

La thanatopraxie est le terme juste qui remplace le mot embaumement, celui-ci n'est pas approprié. On doit plutôt dire embaumement artériel (thanatopraxie moderne). La thanatopraxie est pratiquée pour répondre à plusieurs buts, tels que l'hygiène, la préservation et la présentation de la dépouille en vue de l'exposition.

Dans un premier temps le technicien procède à l'asepsie complète de la dépouille, en vue d'éliminer les germes et bactéries en surface du corps. Contrairement à la croyance populaire, une simple incision, d'environ cinq (5) centimètres, près de la clavicule, suffit, pour accomplir, l'injection artérielle, principale étape du traitement. On prélève (soulève) l'artère carotide, par laquelle la solution préservatrice (formaldéhyde) sera injectée et la veine jugulaire, par laquelle le sang sera évacué. Ce traitement permettra , dans des conditions optimales de préserver le défunt pendant quelques semaines , voir quelques mois. Les organes ne sont jamais prélevés, car il ne s'agit pas ici d'une autopsie. Il s'agit non seulement d'un travail de préservation, mais également d'un acte visant l'amélioration de l'aspect du défunt, que la maladie aura transformé. Cette injection artérielle permet d'atténuer les traces de souffrances sur le visage d'une personne longtemps hospitalisée ou effacer les marques laissées par un grave accident.

La seconde étape consiste à retirer les liquides excédents et les gaz contenus dans les cavités et les organes. À l' aide d'un trocart ( tube de métal allongé avec un embout, relié à un système d' aspiration ) qu'on insère par une petite incision pratiquée près du nombril. Cette action permet entre autres de retirer le surplus de sang, l'urine, le contenu de l'estomac, les gaz intestinaux... Par la suite, le technicien y injectera, par gravité, de 16 à 32 oz de fluide à haute teneur en formaldéhyde, appelé communément fluide à cavité. Cette opération a pour objectif de retarder et de ralentir la prolifération des bactéries contenues dans les cavités thoraciques et abdominales. Celles-ci sont les principales causes d'une évolution effrénée de la putréfaction, quand elles sont associées à une température élevée. Sans quoi, la présentation du défunt, constituerait un danger pour la santé publique.

La troisième étape est tout simplement de refermer les incisions et de nettoyer une seconde fois la dépouille, à l'aide de savon antiseptique. Suit une asepsie complète des orifices, c'est-à-dire la bouche, les yeux, le nez et les oreilles, rasage et assèchement du corps.

L'étape finale est d'habiller le défunt, d'appliquer du maquillage, pour masquer les imperfections ou une coloration inappropriée et de faire la mise en cercueil du défunt.

Le traitement complet s'échelonne sur une période d'environ deux ( 2 ) heures, bien sûr si aucune complication ne survient.

Pour votre information, la dépouille n'a pas besoin d'être réfrigérée après la thanatopraxie. Le traitement permet de conserver la dépouille pour plusieurs semaines.



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Pour toutes autres informations sur la thanatopraxie, soumettez-moi vos questions.



La photographie du sarcophage de Toutenkamon est une gracieuseté de RETOUR D'EGYPTE

© Tous droits réservés. La thanatologie au Québec.
Edition mai 1997.