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L'hyperactivité
infantile
" Ça me tente
pas de rester debout, mais j’ai pas le goût de
m’asseoir
", disait une jeune adolescente à sa copine de
classe.
Définition générale:
Condition difficile de maturation neuropsychique avec
conséquence variable sur le caractère, le comportement,
l'apprentissage scolaire et la vie psychique. Son origine
génétique et neurobiologique ne fait plus de doute dans les
grandes recherches nord-américaines et le diagnostic principal
n’exige plus d’atteintes neuromotrices spécifiques, s’agissant
d’un problème plus fonctionnel que déficitaire. Il tend à se
normaliser avec les années, au gré de la maturation naturelle
de l'enfant, mais exige une compréhension spécifique et un
encadrement particulier, tant au niveau médical, psychologique
qu’affectif et pédagogique.
Plus l'enfant vieillit, en
général, plus l'agitation motrice diminue et fait place à une
certaine intériorisation. Il arrive toutefois que la
difficulté se continue à l'âge adulte, sous une forme plus
atténuée, surtout en regard du déficit de la concentration et
de l'impulsivité. La conscience de soi permet alors un
meilleur contrôle. Il s'agit d'un malaise à large spectre,
dont plusieurs aspects peuvent être bénéfiques autant
que d'autres pénibles à vivre, tout dépendant de la morbidité
de la condition et de la compréhension qu'on lui
donne.
Manifestations:
a-
Usuelles:
1.- Un
déficit de l'attention et de la concentration plus sévère dans
les tâches de l’école, à mesure qu'elles deviennent plus
abstraites, souvent à l'exception des activités physiques
(sports), manuelles/visuelles (dessin, bricolage,
informatique), qui captent facilement l'esprit chez cet
enfant;
2.- Un
besoin excessif mais très variable de toujours bouger dans
certaines activités et selon le contexte social; l’incapacité
de terminer un jeu, une tâche, en dehors de ses intérêts
propres;
3.- Une
intolérance marquée à la frustration et une incapacité
relative à reconnaître ses propres limites dans son rapport
avec l'autorité, les consignes, les demandes
d'attention;
4.-
Une stimulation excessive par la fratrie, la vie de groupe et
la rivalité des pairs;
5.- Un
besoin de contrôler son entourage, de monopoliser la règle, la
discussion et d'être toujours le seul gagnant;
6. Un besoin
impulsif de libérer son agressivité, lors d'une
contrainte;
b-
Occasionnelles:
1. Un manque
fréquent d'estime de soi, apparent lors des frustrations mais
entretenu par les attentes irréalistes, les échecs, les
punitions, et la tendance à survaloriser voire dramatiser le
négatif;
2. Une
tendance à mélanger le monde réel et imaginaire (fabulation)
ou encore se perdre dans le monde imaginaire.
3. Une assez
mauvaise organisation des notions d'espace (le territoire,
l'ordre) et de temps comme les horaires.
4. Une
évaluation inconstante du danger et grande témérité dans
l’inconnu;
5. Une
alternance parfois rapide entre l'inhibition, surtout avec
l’étranger, parfois aussi le père et la désinhibition, avant
tout à la maison, de préférence avec la mère ou les très
familiers.
Prévalence:
Environ 3-5% d'enfants/adolescent(e)s de la clientèle scolaire
souffriraient de ce handicap avec un ratio de 9:1 en
échantillons cliniques et 4:1 en études d'épidémiologie en
faveur du garçon, souvent le fils aîné; ce qui laisse présumer
une origine de type immunogénétique, que la recherche
fondamentale se doit d'approfondir. Il est fréquent que l'un
des parents, surtout le père, ou l'un des proches présente le
même profil de tempérament. Dans les études des
jumeaux/jumelles vrai(e)s ou homozygotes, 50% des enfants
auront la même atteinte.
Commentaires:
Nous savons maintenant que la
maturation de l'enfance-adolescence se poursuit pendant au
moins 20-25 ans, et que le parent, l'éducateur, le
professionnel de la santé ne doivent pas démissionner, malgré
les turbulences du parcours. À un niveau purement
physiologique, le cerveau ne termine sa maturation réelle, à
travers la multiplication des dendrites (interconnexions
nerveuses), qu’à la fin de l’adolescence. Il sera toujours
essentiel d'avoir un diagnostic multifactoriel, qui détermine
le plan de traitement et la meilleure collaboration des
différentes ressources.
Diagnostic différentiel:
Les troubles psychoaffectifs
accompagnent le plus souvent l'hyperactivité, mais peuvent
aussi exister par eux-mêmes, sous forme d'agitation
psychomotrice, d'origine situationnelle, toujours transitoire.
Plus rarement, l'agitation se rattache à un épisode
psychotique, la maladie bipolaire, par exemple. Seule une
expertise avancée permettra de le savoir. Toutefois, il y a
lontemps eu cette tendance à tout voir sous l'étiquette
de la dépression latente, sans égard aux symptômes: déficience
relationnelle, conflit inconscient, etc.
En regard du parent, il
importe surtout de savoir s'il y a passage au conflit
névrotique. Toute personne, à force de vivre la contrariété et
même provocation, peut perdre son équilibre naturel et avoir
recours à des comportements aberrants, en regard
principalement du complexe œdipien, là où la rivalité entre
personnes du même sexe peut devenir incontrôlable, si l'une
d'elle (l'enfant ou le parent/substitut) n'a pas le contrôle
de son agressivité ou le sens des limites. Le parent/substitut
responsable n'aura souvent d'autres choix que d'apprendre,
seul ou avec aide pendant quelques années, à vivre un grand
sentiment d'impuissance, tout en disposant d'une grande
énergie d'intervention, d'une compréhension à toute épreuve et
d’un très bon contrôle de soi (sang-froid). Et malgré ce qu'il
reçoit, l'enfant actif passera souvent pour un "carencé"
affectif, tellement il donne l'impression d'avoir manqué de
tout, frustré qu'il est de ne jamais recevoir autant qu'il
demande. De plus, ce qui fait problème n'est
pas tant l'hyperactivité en soi que le tempérament
d'opposition souvent associé (dans 50% des cas).
Le
traitement- approche multimodale:
a. Global
:
Réduire le
nombre de stimuli/le niveau de stimulation dans
la plupart des activités où il y a risque
d’excitation et débordement pulsionnel, en
particulier en fin de journée, en soirée, en vue de préparer
le sommeil.
L’enfant très actif (plus il s’excite, plus il a
d’énergie) ne sent ni la fatigue ni le besoin de sommeil,
mais doit quant même se résoudre à un rituel
assez fixe, pour retrouver un rythme biologique plus
serein.
L’activité la plus stimulante demeure toutefois
la vie de groupe/fratrie, où la recherche d’attention
entraîne rapidement une rivalité excessive avec
les pairs. Le retrait social devient alors un bon
remède que d’ailleurs, l’enfant lui-même recherche
lorsque sa tolérance sensorielle se trouve
dépassée.
b. Particulier :
1- Avant
tout, une démarche avec l'enfant, les parents, les
enseignant(e)s pour reconnaître,
comprendre et accepter le problème.
2- Ensuite
évaluer et traiter chaque malaise selon sa
gravité.
a) Déficit
d'attention et agitation: Encadrement pédagogique.
Conseils continues aux parents/enfant. Médication, genre
méthylphénidate (ritalin ou générique PMS), ou
l'équivalent, si nécessaire.
b) Caractère
d'opposition, dépassement des limites et refus des
consignes: thérapie comportementale et cognitive, grille de
récompenses, contrats personnalisés.
c) État
anxiodépressif plus ou moins situationnel: thérapie
psychoaffective en particulier sur
l'estime de soi.
d- État
névrotique: thérapie dynamique individuelle ou
familiale.
e) Troubles
résiduels: évaluation orthopédagogique; éducation
des habiletés sociales, au besoin.
3- Parents:
groupes de soutien, comme "Panda".
Dr Claude
Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal. |