Je raconte ici l'histoire de Marc, à la première personne.

 


 

Je ne suis pas un casse tête

     Je suis une personne

 

Je m'appelle Marc, j'ai 12 ans et  j'ai un Trouble Envahissant du Développement (TED) le syndrome d'Asperger.   Je suis différent des enfants ordinaires.  Ma mère me dit que je suis un enfant extraordinaire, que j'ai tout simplement une personnalité différente.   Je ne me sens pas différent, mais les autres disent que je suis bizarre.

Bébé, je voulais toujours être dans les bras de mes parents.  Avant même mes 2 ans, j'avais toujours le nez dans les livres de ma mère.   C'est curieux parce qu'il n'y avait pas d'images.  Je n'aimais pas mes jouets, je préférais m'amuser avec le téléphone, les livres de mes parents, et j'ai appris à faire fonctionner le magnétoscope et je pouvais regarder le même film tout le temps.  Ma mère allait à la bibliothèque et rapportait des jouets.  Aussitôt que j'avais compris son fonctionnement, ce qui se faisait très rapidement, je n'avais plus aucun intérêt pour le jouet.  Alors ma mère m'apportait des jeux qui n'étaient pas de mon âge et je comprenais très vite leur fonctionnement. 

J'aimais les roches, les chutes surtout, les casse-tête et  faire de la peinture avec ma mère.   Sauf que je n'aimais peindre que des chutes.   Et puis, j'ai découvert les encyclopédies et tout ce que je pouvais dire était "c'est quoi" que je répétais sans cesse, parce que je ne disais que quelques mots.

J'ai été dès ma naissance un bébé très précoce, mais peu après mon premier anniversaire, il y a eu un ralentissement important au niveau du langage et je me suis mis à inventer des mots.  J'avais mon propre vocabulaire. Je n'ai parlé en phrases qu'à l'âge de 3 ans.   Il était temps parce que je ne pouvais me faire comprendre et je piquais des crises.   Mais quand j'ai commencé à parler, j'avais un accent français et j'ai tout de suite commencé avec de longues phrases, dans un vocabulaire élaboré, je parlais comme un adulte.   Maintenant, je n'ai plus d'accent français, mais je parle très fort, très vite et mon intonation est différente, j'ai une voix très monocorde.  J'utilisais de grands mots, même si je ne les comprenais pas toujours.   Je ne parlais que de chutes et de centrales hydroélectriques.

J'aimais les avions, mais quand mes parents m'amenaient près de l'aéroport, je m'amusais avec des roches et je ne regardais pas les avions.   Je remarquais les panneaux le long des routes, je criais quand l'auto s'arrêtait.  J'aimais être en mouvement!  Je piquais des crises dans les magasins.  J'aimais composer des chansons que je chantais avec ma guitare.   Parfois, je me levais la nuit pour chanter, je composais des chansons sur les chutes...naturellement.  Et puis, j'ai découvert les insectes et les planètes. J'étais prêt à commencer ma journée à 4 heures du matin.

Je suis allé à la garderie de l'âge de 2 à 4 ans.  Je ne savais trop comment m'amuser avec les autres enfants, mais j'aimais être avec eux.    J'aimais juste quand un des éducateurs jouait de la guitare et je connaissais toutes les chansons et  j'aimais regarder Passe-Partout.   J'avais peur de grimper, de glisser et de me baigner.   J'avais peur quand on me soulevait dans les airs.

Beaucoup plus tard, je me suis rappelé des moments à la garderie.  Quand je ne voulais pas participer, ou manger mon repas, on m'assoyait dans les chaises pour bébés, accrochées au mur.

Puis, à l'âge de 4 ans, tout a basculé.   Je mordais ma mère, je criais quand elle me peignait, je ne voulais plus aller chez le coiffeur, mes vêtements me faisaient mal,  je voulais que l'eau de mon bain soit toujours à la même température,  les aliments goûtaient drôle, je criais quand il faisait chaud dans la voiture l'été,  je ne pouvais supporter certains bruits, je ne voulais plus dormir dans mon lit, je ne voulais pas qu'on me raconte des histoires, je voulais juste qu'on regarde des encyclopédies ensemble quand je me couchais, je débordais d'énergie.

Je ne voulais plus que personne me touche, même pas mes grands-parents, juste mes parents, je ne voulais plus qu'on me parle et je ne voulais plus parler, même pas à ma soeur.... juste mes parents.   Je voulais toujours avoir de la compagnie je suivais mes parents partout dans la maison.

J'avais hâte d'aller à l'école pour apprendre à lire et à écrire.  À la maison, je m'amusais à faire des casse-tête et j'aimais les petits cahiers éducatifs.  J'ai été très déçu de la maternelle.  Pour moi, c'était comme à la garderie. 

 À la maternelle,  le psychologue scolaire  a dit à ma  mère que j'étais à la limite d'une déficience intellectuelle, ce qui n'est pas le cas.  Lorsque ma mère lui a demandé sur quoi il se basait, il a dit que je dessinais mal! 

(N.D.L.R. il y a quelques années, Marc est retourné à l'école en après-midi seulement.   Il avait la chance d'avoir une excellente jeune TES qui était d'une grande patience et d'un grand dévouement. Une jeune femme exceptionnelle. Il était seul dans un petit local, n'avait aucun contact avec les autres élèves.  Le même psychologue scolaire l'a rencontré à quelques reprises. 

Par ailleurs, j'ai exigé qu'il n'ait plus aucun contact avec Marc puisque lorsque j'assistais à une rencontre multidisciplinaire après les heures de classe, alors que Marc piquait une crise dans son petit local, il l'a menacé d'appeler l'ambulance.   La pire chose à lui dire!  Il venait de passer 19 semaines en centre hospitalier. On avait expliqué à Marc que son hospitalisation était une erreur, que plus JAMAIS il serait hospitalisé en psychiatrie.   Marc lui a crié des bêtises et je n'ai même pas tenté de l'en empêcher.  J'étais enragée et ils l'ont su.  C'est après cette rencontre que le psychologue scolaire m'a demandée d'enlever de mon site le texte le concernant, ce que j'ai refusé.

Lors d'une première rencontre soit à la maison, ce psychologue a mentionné à Marc qu'il s'était renseigné sur sa "maladie".  Marc s'est choqué et lui a dit "ce n'est pas une maladie".  Déjà, Marc comprenait mieux que le psychologue qui croyait avoir affaire à un petit "rainman".)

Dans l'autobus scolaire, les grands me disaient que si je ne faisais pas ce qu'ils me demandaient, qu'ils me battraient.   Alors j'ai fait plein de choses comme baisser mon pantalon, faire le p'tit chien à 4 pattes.     J'apprenais bien en première et deuxième année, j'étais dans les premiers de classe, j'aimais l'école même si j'étais toujours seul à la récréation, et je voulais faire mes devoirs tout de suite en arrivant à la maison.   Mon professeur de première année me trouvait timide.

Mais je n'écrivais pas bien, j'avais mal  à la main quand j'écrivais.   Je n'étais pas capable d'utiliser les ciseaux, encore moins de m'habiller et de lacer mes souliers.

En troisième année, je ne comprenais pas les consignes et je ne voulais plus faire mes devoirs.   Les enfants me bousculaient dans la cour d'école, et parce que je répétais les mots vulgaires qu'ils m'apprenaient et me disaient de répéter devant le directeur, les professeurs,  les autres élèeves, je me faisais punir.  Je faisais le piquet sur l'heure du dîner,  et on a placé mon pupitre au fond de la classe, face au mur et mes professeurs m'ont dit qu'ils ne s'occupaient plus de moi.   J'ai fait une crise et le directeur m'a expulsé de l'école, j'avais 9 ans.  J'ai eu beaucoup de peine, je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais plus aller à l'école.  

 J'ai fait des choses bizarres, comme baisser mes jeans parce que ça me piquait, ma mère ne comprenait pas que mes jeans me faisaient mal, que je ne pouvais supporter ce tissu qui frottait sur mes jambes.  Les étiquettes dans mes gilets me dérangeaient.  À l'école, on m'a demandé si je "faisais de la comédie" et aussitôt à la maison, j'ai demandé à ma mère si c'était dangereux "la comédie"... je croyais que c'était une maladie!   Quand j'ai été capable de l'exprimer,  j'ai cessé de porter des jeans.  Durant des années, je n'ai pû porter que des pantalons jogging et les enfants riaient de moi. 

 Le médecin a augmenté le ritalin que je prenais  depuis la maternelle et dans la classe,  j'ai fait des choses bizarres.   Je pensais que mes dents bougeaient, il y avait du vent dans mes cheveux, je me grattais jusqu'à ce que je saigne et je voyais des abeilles partout.  C'est là que j'ai commencé à me mettre des crayons dans le nez, à tirer les fils de mes bas.  C'était l'effet du médicament.  Ces comportements dérangeaient et j'étais puni à l'école. 

 (Un neurologue a alors prescrit du Paxil pour les troubles de comportement - Marc a eu des hallucinations et des comportements des plus étranges.  Ce médicament est déconseillé par le fabriquant pour les moins de 18 ans.  Marc s'est coupé des mèches de cheveux qu'il a fait brûler sur une chandelle, s'est amusé avec des couteaux, n'avait peur de rien.  Il s'amusait à grimper jusqu'au plafond en plaçant ses pieds sur les murs d'un étroit corridor.  Au lieu d'ajouter un médicament tel que le paxil, le médecin aurait dû diminuer le ritalin ou l'arrêter.  Marc ne prenait jusqu'alors que 10 mg de ritalin par jour, 2 comprimés de 5 mg.)   

Après mon expulsion j'ai été hospitalisé durant 19 semaines.  On a dit à mes parents que je ne pourrais retourner à l'école qu'avec un diagnostic, le directeur croyait que j'étais en psychose.  Ma mère a rencontré le directeur et mes profs, elle essayait de comprendre par exemple, comment je pouvais avoir presque toujours 100% dans mes travaux quotidiens, mais qu'aux examens, j'avais des notes très basses.   Mais on n'était pas intéressé à comprendre,  je dérangeais un point c'est tout.  Puis, j'avais commencé à être aggressif, à me frapper, je disais que je voulais mourir.   Alors mes parents ont accepté que je sois en milieu hospitalier.  J'avais trop changé, mes parents ne comprenaient plus rien même si j'avais été un enfant particulier jusque là. 

Au centre hospitalier, on a dit que j'avais une dissociation de la personnalité et que je me prenais pour un robot géant parce que j'étais petit et que chez-moi, j'aimais m'amuser avec mes robots. On appelle cela un diagnostic et j'en ai eu plusieurs autres.   On a dit que j'étais paresseux parce que je ne pouvais pas écrire longtemps et que j'écrivais mal.   J'ai eu un bon professeur à l'école de l'hôpital,  je pouvais faire des mathématiques de 6ième année et j'étais en 4ième.  J'ai réussi ma 4ième année en 4 mois, avec de très bonnes notes.

La psychiatre m'a prescrit un autre médicament durant mon hospitalisation. (Desyrel -Trazodone-un autre médicament qui ne devrait pas être administré aux moins de 18 ans, selon le fabriquant).  Mais quand j'ai arrêté de le prendre, j'avais tout oublié ce que j'avais appris, même mes tables d'opération en maths que je connaissais par coeur.  (N.D.L.R. - j'ai demandé à la psychiatre de cesser la médication, elle n'était pas contente, me disant qu'en 10 ans, c'était la première fois qu'un parent mettait ses compétences en cause puisque j'avais consulté un pharmacien. Je lui ai répondu qu'il était temps justement!  Depuis, Marc ne prend plus aucun médicament.)  Je ne pouvais parler à mes parents que le mercredi soir pour 15 minutes, et ils n'avaient pas le droit de me visiter.   Je ne mangeais pas beaucoup,  ils ne comprenaient pas que je n'aimais presque rien.  On disait que j'étais "difficile". (Marc pesait 47 lbs. à 10 ans, son poids a doublé en un an à l'arrêt des médicaments.)

Mes parents se choquaient et disaient qu'ils se trompaient à chaque nouveau diagnostic.   Je ne voulais pas parler à la psychologue, mais une fois, dans son bureau, je lui ai décrit la maladie de mon père, elle a écrit dans mon dossier que je décrivais la maladie de mon père  comme si je lisais dans un dictionnaire médical et était choquée quand j'ai déchiré son livre et que je faisais les cent pas, que je lui criais des mots vulgaires.   Elle a dit à mes parents que j'étais gâté et indiscipliné, elle ne devait pas connaître le syndrome d'Asperger!

L'infirmière a dit que je parlais très bien mais que c'est parce que j'avais été entraîné pour plaire.   C'est curieux parce que je disais des plus grands mots que mes parents.  Les autres enfants riaient de moi et les grands me bousculaient.   Je venais fou de rage et on me plaçait en isolation.    Quand j'ai fait mes examens, j'ai eu 89% mais le directeur de mon ancienne école a dit que parce que c'était illisible, que ça ne méritait que la poubelle.   Ils ont dit que j'étais bébé parce que je ne pouvais pas faire couler l'eau de mon bain, ni laver mes cheveux, ni faire de bicyclette, ni grimper et que j'avais peur des abeilles.   Je leur ai dit qu'ils étaient des imposteurs, et ils ont dit à mes parents qu'ils me mettaient des idées dans la tête.  C'est curieux, ces personnes sont des "spécialistes".

Mes parents ont dit aux médecins qu'ils étaient incompétents.   J'ai travaillé fort pour retourner à mon école, mais le directeur ne voulait pas que je retourne.  Ma mère l'a traité d'hypocrite.  Alors ma mère a commencé à m'enseigner à la maison et s'est vite aperçu que j'avais des troubles d'apprentissage et que j'avais oublié ce que j'avais appris lorsque mes parents ont décidé de cesser toute médication.  

Ma mère était enragée; après 19 semaines en centre hospitalier,  la psychiatre lui a dit que j'avais un trouble d'opposition provocation et de relation avec ma mère.  Dans mon dossier, on a écrit qu'il y avait une symbiose mère-fils particulière.  On n'a rien compris!  

 Ma mère a cherché de l'information et une chance, parce qu'elle a lu des articles sur le syndrome d'Asperger.   On a rencontré un neurologue et il a dit à ma mère que ce ne pouvait être le syndrome d'Asperger parce que j'avais des amis.  Là, ma mère s'est encore choquée et le pédiatre nous a fait rencontré un neuropédiatre et il  a tout de suite compris que j'avais été mal diagnostiqué et que j'avais ce syndrome.  Il était temps, j'avais 11 ans.  Mais maintenant, je ne veux plus rencontrer de spécialistes pour des évaluations.  Durant des années, j'ai refusé de parler au neuropédiatre.  Puis un jour, à son bureau, j'ai dit à ma mère qu'elle n'avait pas à parler en anglais, que maintenant je comprenais tout ce qu'elle disait.  Le médecin m'a posé des questions et j'ai répondu. 

Puis, un jour ma mère a pris connaissance de mon dossier d'hospitalisation qu'elle a fait photocopier et elle était enragée parce que les caractéristiques du syndrome d'Asperger étaient présentes dans les rapports de l'équipe multidisciplinaire.  Puis, elle a compris que la psychiatre ne me rencontrait jamais à son bureau, qu'elle posait des diagnostics en se basant sur les rapports de la psychologue et des infirmiers.  Depuis mes parents font très difficilement confiance. 

Aussi, au dossier, il y avait des notes  à l'effet que mes parents étaient en admiration devant moi quand ils expliquaient qu'ils ne comprenaient pas par exemple, que tout à coup, je me suis mis à parler avec un accent, dans un vocabulaire trop élaboré, que je faisais des casse-tête de 100 pièces à un très jeune âge, que j'avais compris trop rapidement le sens des opérations en maths,  que j'avais une mémoire phénoménale, mes parents trouvaient mes comportements étranges, surtout que je n'avais aucun intérêt pour apprendre à me débrouiller seul comme les autres enfants de mon âge, je ne voulais rien savoir quand mes parents essayaient de me montrer à lacer mes souliers par exemple,  à table, je ne voulais pas utiliser d'ustensils.  Mes parents trouvaient qu'il n'y avait pas d'équilibre alors que je m'intéressais à des sujets trop avancés pour mon âge et que d'autre part, je ne cromprenais rien à la discipline, à l'étiquette, que je pouvais être docile puis piquer des crises pour des raisons que mes parents ne comprenaient pas.

(ndlr. Après un diagnostic de syndrome d'Asperger, je me rappelle qu'à la lecture de son dossier, au bureau des archives du centre pédopsychiatrique, que les larmes me coulaient, j'en avais le souffle coupé, je me disais qu'on avait fait la pire erreur, qu'on avait vraiment fait affaires à des incompétents.   J'ai donc fait photocopier son dossier et suis aller au bureau de la psychiatre qui était absente, mais j'ai pû crier toute ma rage à son assistante, une infirmière qui était toujours présente aux rencontres hebdomadaires avec la psychiatre, celle qui avait écrit que Marc était entraîné à plaire, qu'on était en admiration devant lui; ensuite  je me suis rendue au centre hospitalier, alors que les jeunes étaient partis pour le week-end et là aussi j'ai crié toute ma rage. Après toutes ces années, j'ai encore mal.  Depuis, je suis incapable de faire entièrement confiance.)

On comprend enfin pourquoi j'ai plein de problèmes qu'on nomme handicaps.

Par exemple:

J'ai des troubles multi-sensoriels, tous mes sens sont affectés.   Je ne peux pas supporter le soleil et je ferme les rideaux. Je ne peux  supporter certains bruits, par contre, j'ai besoin de m'entourer de certains bruits, comme la télé, sinon j'entends tous les moindre petits bruits.  Je peux jouer à l'ordi et suivre une émission à la télé en même temps.   Je ne peux supporter que des vêtements amples, sans étiquettes, aucune manche longue.  Les aliments ont un drôle de goût, je ne peux supporter certaines textures d'aliments, je n'aime presque rien, je mange toujours les mêmes aliments.  Je ne veux pas que personne me peigne, ça me fait mal.   L'eau de mon bain doit toujours être à la même température.   Je n'aime pas l'odeur des parfums, ni les odeurs de nettoyants.

Je ne suis pas capable d'attacher mes vêtements, ni mes souliers.  Je ne suis pas capable de découper avec des ciseaux, ni de me prendre un verre de jus, un bol de céréales, ni de couler l'eau de mon bain, ni rinser mes cheveux.  J'ai mal quand j'écris.

J'ai peur de m'asseoir sur la chaise du coiffeur, du dentiste et sur la table d'examen du médecin.  J'ai même peur sur la table de cuisine quand ma mère coupe mes cheveux.  J'aime que mes pieds touchent le sol...  Je ne peux supporter le bruit du rasoir alors j'ai les cheveux longs et je déteste les cheveux courts de toute manière.   J'ai peur de faire de la bicyclette et de grimper.  Je ne peux attraper une balle.  Je ne voulais plus faire de Karate, je ne comprends pas où est la gauche, la droite.     Les enfants rient de moi, mon ami dit que je ne suis pas fort, mais ma mère me dit c'est pas grave,  ma force est dans mon cerveau et dans mon coeur.

Je ne cours pas vite mes bras bougent trop.   Quand je raconte quelque chose, je bouge beaucoup, surtout mes mains.  J'oublie de regarder avant de traverser la rue et ma mère doit me tenir la main dans les stationnements.   J'ai peur de rester seul dans la maison quand ma mère est dans la cour.  J'ai peur d'aller seul au sous-sol.

Quand ma mère me questionnait sur certains comportements, je ne répondais pas ou je lui disais qu'elle ne comprenait jamais rien.   Puis, un jour, j'ai été capable de lui expliquer que ce n'était pas la peur mais le bruit de certains objets qui me dérangeait.  Durant des années, ma mère croyait que j'avais peur de la pompe à eau alors que c'est le bruit qui me dérange.  Pourtant, selon ce qu'on me dit, la pompe ne fait pas beaucoup de bruit, mais pour moi, les sons sont amplifiés.

Quand ma routine est dérangée ou que je ne peux suivre mes rituels,  je deviens angoissé.   Quand je suis trop angoissé, je me frappe la tête sur les murs, ou avec mes poings ou je fais des niaiseries et de l'écholalie.  Je me traite de "cerveau stupide".   Je refuse de me coucher si je n'ai pas mes deux chats avec moi, et je dois placer mes couvertures et mes oreillers de la même manière.  J'ai un système de classement particulier et il ne faut pas toucher.   Quand j'ai dû aller à l'hopital pour me faire extraire des dents,  j'ai paniqué parce que je pensais que les radiographies allaient m'étouffer et que j'allais mourir.  Je me frappais la tête sur les murs de ciment de l'hopital, et j'ai fait des niaiseries et le médecin s'est choqué.   Ma mère lui a rappelé que j'avais le syndrome d'Asperger. 

Je ne comprends pas pourquoi je dois attendre dans une salle d'attente.   Pour moi, l'heure c'est précis.  Quand ma mère me dit dans 5 minutes,  je reste devant l'horloge et je compte les minutes.  Je déteste attendre et je dis du médecin qu'il est un imposteur et un arnaqueur.  Quand on manque d'électricité, je compte le temps à reprendre.  Je dis que je n'ai pas vécu durant ce temps, ce qui veut dire que je n'ai pas pû m'amuser à mes jeux de stratégies sur l'ordinateur.

Je rumine  beaucoup.  Quand on a mis une tranche de fromage dans mon burger du MacDo, j'ai ruminer durant 2 semaines, je répétais sans cesse que je ne comprenais pas qu'on puisse mettre du fromage quand on demande sans fromage, qu'ils ne sont que des arnaqueurs.

Je ne sais pas comment agir ni réagir avec les gens.   Je ne sais pas comment raconter une histoire,  ni comment répondre quand on me pose des questions.  Je déteste qu'on me questionne alors je me sauve en criant ou pire, j'insulte les gens.

Je ne comprends pas les règles sociales.   Je ne veux pas parler au téléphone, juste à mes amis et mes parents.  Je n'ai pas assez de retenue, je dis ce que je pense.  (maintenant que Marc est plus vieux, il comprend mieux mais on doit souvent lui rappeler que ses commentaires peuvent blesser).

Je ne comprends pas les consignes dans mes travaux scolaires,  je ne comprends pas quand quelqu'un est malade ou triste, si je vois quelqu'un pleurer, je ris.   Je ne suis pas capable de regarder quelqu'un dans les yeux, je regarde leur menton quand je leur parle.

Je dis des grands mots que je ne comprends pas toujours,  je parle fort et j'ai une voix aigue, et j'imite les sons et les gestes quand je raconte une histoire.  Je parle tout le temps.   J'aime parler des insectes et je retiens leur noms, j'aime les pierres et les minéraux, les animaux.   Mais surtout, j'aime les jeux de stratégie et je ne parle que de cela.   J'ai beaucoup de jouets mais je ne sais pas comment m'amuser, je fais comme les autres, j'imite même leur voix.   Je n'aime pas qu'on me touche,  sauf mes parents, et j'aime embrasser mes parents,  je les serre trop fort, et j'aime qu'ils m'embrassent.  J'aime beaucoup les babouins et j'ai trouvé que c'était un bon nom pour mon père.   J'aime pincer les joues de ma mère. Les autres ne comprennent pas pourquoi mes parents me laissent faire.  Eux, ils savent que c'est pour moi des signes d'affection.

Je veux toujours avoir l00% dans mes travaux, sinon je dis que je suis stupide, un nul, un cerveau stupide.

Je capote si j'ai un bouton, il me faut de l'onguent antibiotique.   Mais quand je me suis coupé la main, je n'ai pas eu mal, ni quand j'ai fait un trou dans le mur en me frappant la tête.

Je parle très fort mais si mes parents se choquent et qu'ils parlent fort ou qu'ils rient fort, je crie parce que j'ai mal aux oreilles.

Je ne comprends toujours pas pourquoi je dois aller en retrait, on appelle cela la discipline, mais je n'y comprends rien, je pense que mes parents ne m'aiment pas et je pleure, c'est le seul temps que je dis que j'ai de la peine.

Je suis soit heureux ou choqué, je ne comprends pas les autres émotions.

Je n'aime pas qu'un étranger me parle, je lui dit de se fermer.

J'ai aimé aller à l'animalerie, alors je veux y aller tous les vendredis.   Si mes parents louent un film le jeudi, je veux un film tous les jeudis... ma mère dit qu'avec moi, une fois devient coutume.

Quand on a acheté des billets pour le cirque,  je ne comprenais pas qu'on ne pouvait y aller parce que le spectacle était cancellé.   J'ai fait une crise.

J'ai un sens de l'humour particulier!!!

La nuit, je lis dans mes encyclopédie et je réveille ma mère pour lui raconter ce que j'apprends.  Je suis excité quand j'apprends de nouvelles choses sur les animaux.   Je l'ai tenue réveillée pour lui parler de la gestation des Babouins.  Quand ma mère m'a demandé ce qu'était la gestation, je ne pouvais répondre. 

J'écoute les nouvelles et je dis à ma mère qu'il faudrait cloner les animaux en voie de disparition.

À tous les jours, je demandais à ma mère si le nouveau président des États-Unis était Bush ou Gore.

Ma mère ne veut pas que j'aille travailler, alors je veux qu'elle me paie sinon je ne veux pas faire l'école.  Puis, je m'assoie sous la table, le gilet sur la tête, c'est comme cela que je réfléchis.

Je ne comprends pas que l'astrolabe de Champlain, qu'il a perdu dans la région d'Ottawa, soit dans un musée américain.

Quand on m'a placé dans le fond de la classe, face au mur, j'ai parlé à l'intercom et j'ai dit à tout le monde que le directeur était un cochon poilu.

Je parle de la technologie de l'an 3000.

Je tire les paupières de ma mère pour savoir si elle dort.

Sur la galerie avant, j'ai crié à tue tête que ma mère voulait me tuer en m'étouffant, parce qu'elle fume.

Sur la galerie arrière, j'ai crié que ma mère voulait mourir, parce qu'elle fume.

J'appelle mon père "mon Babouin" même en public,  parce que j'aime beaucoup mon père et j'aime beaucoup les babouins.

Je ne comprends pas pourquoi on peut dire c'est bon écoeurant et que je ne peux pas appeler mon père "Mon écoeurant de Babouin!

Et j'ai de belles qualités.

Je ne mens jamais, parce que je ne comprends pas ce qu'est le mensonge
Je ne crois pas ma mère quand elle me dit que quelqu'un m'a menti.
Je suis authentique
Je suis heureux pour la moindre petite chose
Je ne comprends rien à la jalousie, ni à l'envie
Je ne me chicane jamais avec mes copains
Je dis ce que je pense, je ne fais jamais semblant
J'aime et je respecte la nature et les animaux
Je veux toujours faire plaisir à mes copains
Je suis honnête et loyal
Je pardonne facilement
Je ne suis pas rancunier
Quand je loue un jeu, je préfère louer un jeu qui plaira à mon ami, je suis généreux

Et j'ai des droits.

J'ai le droit d'être accepté tel que je suis
J'ai droit à des services pour m'aider à développer mon potentiel
J'ai droit au respect et à la dignité
J'ai droit à un avenir
J'ai droit à la compréhension et non à l'indifférence
J'ai droit à une éducation adaptée
J'ai droit au bonheur



Qu'advient-il de ces droits?

Il n'est pas accepté, les enfants du quartier se moquent de lui;


Il n'a aucun service -  merci à nos dirigeants politiques qui dépensent plus d'argent à rédiger des plans d'intervention que dans les interventions;
 

Il vit l'indifférence et subit celle du gouvernement;


Il n'a aucun service en milieu scolaire, d'où mon choix d'enseigner à la maison;
 

Le Ministère du Revenu du Québec reconnait ses handicaps
La Régie des Rentes du Québec ne reconnait pas ses handicaps, deux ministères, même gouvernement!


Ses droits prévus à la Loi de l'Instruction publique ne sont pas respectés;
 

Ses droits à une intégration dans le respect et la dignité, selon les Droits de la Personne, l'Office des Personnes Handicapées et le Code Civil ne sont pas respectés;


Lors de son expulsion de l'école, les règlements de la Loi sur l'Instruction Publique n'ont pas été respectés concernant les démarches à respecter;

Lors de son hospitalisation,  il a subi des préjudices et une thérapie contre-indiquée pour les autistes;
 

  • Son dossier médical doit être corrigé

  • Son dossier scolaire doit être corrigé

  • La Régie des Rentes doit reconnaître ses handicaps et verser un supplément à l'allocation mensuelle à laquelle nous avons droit

  • Le Ministère du Revenu doit accepter de nous accorder le crédit d'impôt

  • Le gouvernement doit nous écouter et nous donner l'heure juste.

  • Il y a pénurie d'éducateurs spécialisés

  • Le gouvernement doit investir dans les services sociaux

  • Le Ministre de l'éducation ne respecte pas sa politique en adaptation scolaire


Des parents ont intenté un recours collectif pour négligence, contre le gouvernement provincial (Québec).

Information - recours collectif

 Pour être informé des diverses démarches dans votre région Fédération Québécoise de l'autisme et des autres troubles envahissants du développement- FQATED 


 


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