C’est l’heure du départ. J’ai regroupé le peu d’affaires qu’il me reste. Je fais mes adieux à tous mes amis qui me manqueront beaucoup. Pour tout oublier, je préfère partir vers la mer. La route me paraît longue et monotone. Après quelques kilomètres, je rencontre une jeune femme qui, comme moi, fuit son village détruit. Elle m’apprend qu’à environ trente kilomètres d’ici, à Amiens, se trouve une gare. Nous décidons d’y aller ensemble. Un peu plus tard, en arrivant à destination, mon amie se désiste et je pars seule. J’entre dans le train, me faufile dans une place libre et m’endors. Soudain, le sifflement du train me réveille. Je suis arrivée au terminus. Je sors de gare. Ici tout est calme, rien n’a été détruit. Je ne sais plus où je suis. Je fais quelques pas, pose mes sacs et fonds en larmes. Je suis désespérée, déboussolée. Soudain derrière moi, une voix me murmure : " Bonjour madame, vous avez l’air égarée, puis-je vous aider ? "
Il s’agit d’une jeune femme, accompagnée d’une autre dame plus âgée, se révélant être sa mère. Nous faisons connaissance, puis je leur explique les raisons de mon arrivée à Saint-Valéry. Elles me proposent de m’héberger quelques jours chez elles, le temps de trouver un endroit où dormir. J’accepte avec joie. Cette nuit-là, je fis un premier songe où revenaient les silhouettes floues que je crois être mes disparus.