IL ÉTAIT UNE FOIS...

L’OBTENTION DU SUFFRAGE FÉMININ DU QUÉBEC

En 1918, lorsque le droit de vote au fédéral fut accordé à toutes les Canadiennes, la victoire en revenait aux associations anglophones féminines telles que la " Montreal Suffrage Association " faisant partie de la " National Council of Women ". Les groupements francophones catholiques n’avaient que soutenu leurs actions. Il en fut tout autrement pour le vote au provincial où leurs forces purent être réunies et où les canadiennes-françaises purent s’illustrer.

Madame Marie Lacoste-Gérin-Lajoie (mère de la féministe du même nom) ayant fondé avec Caroline Béique en 1907 la Fédération Nationale St-Jean-Baptiste et se basant sur le fait que la fédération ne pouvait recruter de femmes protestantes, décide en 1922 de fonder sur un terrain neutre le " Comité provincial pour le suffrage féminin ", dont l’action n’aurait pour but que l’obtention du droit de vote et auquel pourrait participer qui voudrait. Des manifestations s’organisent et le Comité reçoit une vive opposition, dont celle du clergé. Il ne faut pas oublier que si le Québec a été la dernière province canadienne à accorder le droit de vote aux femmes, c’est que le clergé québécois a su y user et maintenir une grande influence.

Idola St-Jean, dénonçant le manque de combativité du Comité, fonde l’Alliance canadienne pour le vote des Femmes au Québec. De plus, en 1928, Thérèse Casgrain renomme le Comité, Ligue des droits de la femme, en plus de diversifier ses actions. Cette association ne sera désormais plus seulement dirigée vers l’obtention du droit de vote, mais aussi à l’amélioration des aspects juridique, familial et social réservés aux femmes.

Pour la première fois en 1927, la Ligue se présente devant l’Assemblée législative et y propose, avec l’aide du député libéral Victor Marchand qui partage leurs vues, un projet de loi reconnaissant aux femmes le droit de vote. Mais cette année-là, comme chaque année durant 13 ans, le projet est défait à la majorité.

Cependant, la Ligue continue la lutte, distribue des dépliants, organise des assemblées populaires, a recours à des femmes sandwiches, est invitée à parler à la radio et obtient même une émission régulière à Radio-Canada, Femina.

C’est aux élections provinciales générales de 1939, lorsque Maurice Duplessis se présente face à son principal adversaire libéral, Adélard Godbout, que tout se met en branle. Godbout a inscrit à son programme le droit de suffrage féminin et le mentionne lors de discours importants. À la grande joie des militantes, Godbout est élu premier ministre du Québec.

Toutefois, la bataille n’est pas encore gagnée car les antisuffragettes (car il y en avait !), les hommes opposés à cette idée et le clergé organisent une campagne pour empêcher l’adoption de cette loi. Les journaux en font la manchette.

Il serait intéressant de mentionner ici que l’Église de Rome exprimait une opinion tout à fait différente du clergé québécois, ce qui n’empêcha pas le cardinal Villeneuve de déclarer au nom du clergé de la province sa ferme opposition au projet.

Monsieur Godbout, catholique pratiquant, envisage de démissionner si l’Église continue dans cette voie, mais après un entretien privé avec le cardinal Villeneuve, les objections violentes soulevées dans les journaux disparaissent.

Le 18 avril, l’Assemblée Législative adopte donc le projet de loi à 67 contre 9. Sept jours plus tard, c’est au tour du Conseil Législatif qui l’approuve à 13 contre 5. Finalement, le 25 avril 1940, après 14 pèlerinages annuelles des leaders féministes Québécoises, le lieutenant-gouverneur signe l’assentiment royal à la loi 18, loi qui accorde finalement le droit de vote aux femmes du Québec.

 

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