PREVENTION DU CANCER DU SEIN

La prévention vise à diminuer le risque du cancer du sein à court et à long terme. Il existe des facteurs favorisant l'apparition du cancer du sein qui ne peuvent pas être modifiés (âge, histoire familiale, pays de résidence..). D'autres facteurs sont difficilement modifiables comme l'âge à la première grossesse ou l'allaitement prolongé (voir ci-bas:allaitement prolongé et cancer du sein),...

Voici les facteurs qui pourraient jouer un rôle dans la prévention du cancer du sein et qui sont modifiables. Ces facteurs ont été établis par un groupe d'experts du World Cancer Research Fund en association avec le American Institute for Cancer Fund (World Cancer Research Fund/American Institute for Cancer Research. Food, nutrition and the prevention of cancer: a global perspective. American Institute for Cancer Research, 1997).


A)-Les facteurs qui RÉDUISENT PROBABLEMENT  le risque du CANCER DU SEIN:

Fruits et légumes: on a trouvé que l'apport accru de fruits et légumes réduit de 10 à 20 % le risque du cancer du sein. Pour cela il faudrait prendre 5 portions ou plus par jour de fruits et légumes. Les légumes, plutôt que les fruits, semblent être la source de cette protection. Il existe plusieurs mécanismes possibles. Les fruits et légumes sont une souce importante de vitamines anti-oxidantes dans l'alimentation. D'autres composants chimiques  présents peuvent agir au moyen de mécanismes hormonaux. Par exemple le soja contient des isoflavones incluant la généstine qui sont des phytooestrogènes et qui ont une faible activité oestrogénique. Chez l'animal, ces composants protègent contre le cancer du sein probablement en bloquant les récepteurs hormonaux; et il est fort probable que cela s'applique aussi sur l'être humain. Le soja constitue la principale source de protéines dans les pays asiatiques où on trouve un taux plus bas de cancer du sein comparativement aux pays occidentaux. Il est conseillé de prendre le soja non en pilules mais sous forme alimentaire.

 

B)-Les facteurs qui RÉDUISENT POSSIBLEMENT  le risque du CANCER DU SEIN:

Fibres alimentaires: Certaines études suggèrent qu'un apport accru de fibres alimentaires pourrait avoir un faible effet protecteur contre le cancer du sein, possiblement en réduisant le taux sanguin d'oestrogènes par un effet de liaison dans la lumière intestinale.

Activité physique: pratiquée à raison de 4 heures ou plus par semaine, elle réduirait le risque du cancer du sein de 60% comparativement à une absence d'activité. Dans l'enfance, l'activité physique est associée à une apparition plus tardive des premières règles, et à l'âge adulte avec l'absence d'obésité, une réduction de la production d'oestrogènes et une plus grande fréquence d'aménorrhée; tous ces facteurs sont asssociés à une diminution du risque du cancer du sein. Des expérience sur l'animal ont également prouvé l'effet protecteur de l'activité physique contre le cancer du sein.

Caroténoides: un apport plus important de caroténoides, incluant la Béta-carotène, est associé à une diminution du risque du cancer du sein. Il n'est pas encore sûr si la protection est dûe aux effets spécifiques des caroténoides ou d'autres composants des fruits et légumes. Les caroténoides favorisent la différenciation cellulaire , inhibent la croissance des cellules cancéreuses et ont des propriétés anti-oxidantes.

 

C)-Les facteurs qui AUGMENTENT PROBABLEMENT  le risque du CANCER DU SEIN:

Indice de masse corporelle et prise de poids: l'obésité augmente le risque du cancer du sein après la ménopause. Une augmentation de poids de 10 livres (5 kgs environ) par rapport au poids idéal est associée à un riisque accru de cancer du sein après la ménopause. Certaines études ont trouvé qu'un gain de poids même avant la ménopause augmente aussi le risque du cancer du sein. Car après la ménopause et la cessation de fonction des ovaires, la seule source endogène d'oestrogènes se situe au niveau du tissu graisseux du corps qui transforme l'androstènedione en estradiol. 

Consommation d'alcool: une consommation modérée d'alcool (de n'importe quelle sorte) augmente le risque du cancer du sein. Ce risque augmente de 9% pour chaque 10 g (environ un verre) de consommation quotidienne d'alcool.Le mécanisme d'action n'est pas bien élucidé, bien qu'on suspecte un effet sur le métabolisme des oestrogènes. Des études ont démontré que l'alcool augment le taux d'oestrogènes chez les femmes pré-ménopausées et aussi chez les femmes ménopausées qui prennent des hormones de remplacement. 

Hormonothérapie de remplacement (HTR): le risque relatif de développer le cancer du sein augmente de 1% par année de prise d'oestrogènes seul et de 8% par année de prise une combinaison d'oestrogènes et de progestérone (la progestérone est prise pour empêcher l'apparition de cancer de l'endomètre chez les femmes non hystérectomisées) (Schairer et al :JAMA 283:485-91, 2000). Ce risque apparait uniquement si les oestrogènes sont utilisés pendant les 4 dernières années. Le risque de cancer du sein augmente de 46% pour les femmes qui ont pris des hormones pendant plus de 5 ans (New England Journal of Medicine. 332(24):1589-93, 1995 Jun 15). Ce risque disparait 2 ans après la cessation des hormones.

D)-Les facteurs qui AUGMENTENT POSSIBLEMENT  le risque du CANCER DU SEIN:

Apport total de graisse alimentaire: augmente le risque par ses effets sur l'apparition précoce des premières règles et le taux saguin d'oestrogènes.

Apport alimentaire de viande: la viande de toutes sortes et surtout la viande rouge augmenterait le risque du cancer du sein. La viande contient de la graisse et des agents cancérigènes comme des amines hétérocycliques,des hydrocarbones polycycliques et des composants azotés.

 

E)-Les facteurs qui n'ont  AUCUNE INFLUENCE sur  le risque du CANCER DU SEIN:

Café, vitamine E, cholestérol alimentaire: ces facteurs, jadis incriminés, ne constituent plus des facteurs favorisant l'apparition du cancer du sein.


PRÉVENTION CHEZ LES PERSONNES A HAUT RISQUE

Ces personnes sont à un plus haut risque de développer le cancer du sein à cause de plusieurs éléments comme une histoire familiale importante de cancer du sein, une biopsie montrant une hyperplasie atypique ou qu'elles sont porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 ou BRCA2. Le contrôle par mammographie ou par d'autres méthodes relève du domaine de la détection et ne sera pas abordé ici.

 

MASTECTOMIE PROPHYLACTIQUE:
Il s'agit d'enlever les seins pour diminuer la quantité de tissu à risque de développer un cancer. Une étude récente montre une réduction du risque du cancer du sein d'envirn 90% (
NEJM 1999;340:77-84). L'étude a été faite à la Mayo Clinic de 1960 à 1993  portant sur 639 femmes avec une histoire familiale de cancer du sein et ces femmes ont été suivies sur une période moyenne de 14 ans. 3 cas de cancer du sein sont apparus sur une probabilité de 37.4 cas (selon le modéle de Gail qui prédit le risque de cancer du sein en utilisant l'âge, l'âge aux ménarches, nombre de biopsies mammaires antérieures, diagnostic pathologique d'hyperplasie atypique, nombre de parents de 1er degré avec un cancer du sein, nulliparité ou l'âge au 1er accouchement).

 

MÉDICAMENTS ANTI-OESTROGÈNES:
Ces médicaments bloquent l'action des oestrogènes sur le sein. Le tamoxifen (Nolvadex) réduit l'incidence du cancer du sein de 40% sur une période d'observation de 7 ans. Une étude faite par le NSABP (
Tamoxifen for prevention of breast cancer:report of the National Surgical Advant Breast and Bowel ProjectJ.Natl Cancer Inst 1998;98:1371-1388) et portant sur 13,338 personnes à haut risque tel que déterminé par le modèle de Gail (voir ci-haut) a conclu à une réduction de 49 % du taux de cancer du sein invasif et cela sur un suivi moyen de 55 mois. L'effet de protection à long terme contre le cancer du sein n'est pas encore connu, ni celui chez les personnes porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2. A noter que le tamoxifen est associé à une incidence accrue de cancer de l'endomètre utérin. Un nouveau médicament sous étude, le raloxifen (Evista), n'aurait pas ces effets secondaires.

 

OVARIECTOMIE PROPHYLACTIQUE:
L'ablation chirurgicale des ovaires pour une pathologie gynécologique réduit le risque du cancer du sein de 30% (
Menopause and breast cancer risk.J.Natl Cancer Inst 1972;48:605-613). Cet effet est encore plus important si cette opération est pratiquée avant l'âge de 35 ans avec une réduction du risque d'environ 60%. Son effet sur les personnes porteuses de mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2 n'est pas encore connu.


ALLAITEMENT PROLONGÉ ET CANCER DU SEIN

Plusieurs études semblent démontrer la réduction du risque de cancer du sein chez la femme qui allaite son enfant pendant une longue période. Selon une étude menée auprès de 808 chinoises ayant vécu dans la province de Shandong de 1997 à 1999 , The American Journal of Epidemiology note que l'allaitement pendant 2 ans ou plus réduit de moitié le risque d'avoir un cancer du sein. Une étude publiée dans Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 1998;7:365-69 par Enger S.M. conclut que l'effet protecteur se continue jusqu'à la post-ménopause (Breastfeeding experience and breast cancer risk among post-menopausal women), bien que cet effet soit plus important en pré-ménopause.

Voici d'autres références intéressantes à ce sujet:
- Newcomb P., Lactation and a reduced risk of premenopausal breast cancer, New England Journal of Medicine 1994:330(2):81-87
- Jensen RG, The anticarcinogenic conjugated fatty acid,9c,11t-18.2,in human milk., J Hum Lact 1993;14(1):23-27.
- Lopez-Carillo L., DDT serum levels and breast cancer risk, Cancer Research 1997;57(17)3728-32
- Yang C, History of lactation and breast cancer risk, Am J Epidemiol 1993;138(12):1050-56.
Freudhenheim J.,Exposure to breastmilk in infancy and the risk of breast cancer, Epidemiology 1994; 5(3):324-31.
-
Womanly Art of Breastfeeding, edition 1997 (p. 371-373).

N.B.- Il existe de nombreux avantages de l'allaitement maternel pour la santé de l'enfant (moins de maladies infectieuses, moins d'allergies, plus haut quotient intellectuel, etc...). Pour plus de détails, veuillez consulter le site international de la Ligue La Leche (LLL) ou l'excellent site canadien français de l'allaitement de la LLL: www.allaitement.ca/


Généralités | Prévention  |  Auto-examen des seins  |  Mammographie  |  Autres moyens diagnostiques  |  Biopsie du ganglion sentinelle  | Traitement | Médecine alternativePronostic  |  Lymphoedème Cancer chez l'homme  | Sites français  |  sites espagnolssites anglaisProduits de mastectomie Forum et goupes de discussion  |   Recherche d'articles  | Publications  |  Nouveautés  | Ruban Rose