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Les de RAINVILLE: Mille ans d'histoire | ||||
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| Par Mona Andrée RAINVILLE Ce matin-là, Paris s'était réveillée dans un écrin de brûme. L'hiver semblait vouloir céder tôt aux douceurs du printemps, et en cette journée du 10 février 1763, la France presqu'entière osait enfin aspirer à une paix durable. Trois hommes, Bedford, Choiseul, et Grimaldi, trois diplomates rompus au service, sont réunis dans un petit salon de Versailles. Devant eux, une table sur laquelle repose un document dont ils ont tous trois dirigé la rédaction. Dans quelques minutes César Gabriel de Choiseul, Ambassadeur Extraordinaire et Ministre Plénipotentière, y oblitérera, d'un seul trait de sa plume, l'espoir collectif d'au moins six générations de français d'Amérique. Il aura signé le Traité de Paris. Avec le Traité de Paris, la France tourne résolument le dos à l'Amérique, que Voltaire, qui n'y a jamais mis les pieds, qualifie trop volontiers de "quelques arpents de neige". C'est la triste fin d'une magnifique saga qui aura duré deux cents ans. Les artisans de ce traité, César Gabriel de Choiseul-Praslin, et dans l'ombre, son illustre cousin, Étienne François de Choiseul, n'ont que faire du sort des Acadiens ou des Canadiens. Quand la maison brûle, au diable les écuries. Aucun dédommagement n'est demandé, ni n'est prévu au Traité pour récompenser ces sujets d'Amérique restés fidèles à la France envers et contre tous. Tout au plus, devront-ils s'accomoder d'une ridicule concession leur permettant la pratique de la religion catholique, et d'un étroit droit de déguerpissement dont ils devront eux-mêmes assumer les frais. Par le Traité de Fontainebleau, ratifié dans le secret quelques mois auparavent, le 3 novembre 1762, Louis XV s'était déjà départi de la Louisiane, au profit du roi d'Espagne, son cousin. Le sort de ses sujets d'Amérique n'était certes pas la cause des insomnies de Louis XV, qui avait même refusé d'honnorer la dette du Trésor envers eux, en dévaluant, en 1760, puis en reniant carrément, en 1762, la monnaie de cartes (les cartes à jouer) qui avait cours en Nouvelle-France. Certains y verront-là une opportunité de soulever la populace contre le nouveau régime. Un mémoire va même jusqu'à proposer d'envoyer au Canada des agents accrédités qui, sous le prétexte de racheter la monnaie de cartes parcourraient le pays, en agitateurs. Anciens sujets français d'Amérique, placés malgré eux sous la tutelle d'une Couronne Britannique peu disposée à les recevoir, ils affirmeront dès lors leur propre indépendance, culturelle sinon politique, en refusant de boire le bouillon de l'assimilation. C'est le début de la lutte pour assurer l'identité de la seule collectivité dont ils se savent dorénavent membre. Lorsque quelques années plus tard, CHOISEUL-STAINVILLE puis son successeur Charles GRAVIER, comte de VERGENNES, se rappelleront de ces vaillants sujets d'Amérique, les invitations qu'ils leur lanceront de se joindre à la nouvelle république des États-Unis d'Amérique tomberont sur de sourdes oreilles. C'est qu'il a de la mémoire le «canayen». Il se souvient. Et en 1775, ce seront des régiments de milice formés d'habitants canadiens qui flanqueront une tatouille aux troupes d'envahisseurs américains. Ces derniers croyaient être reçus en libérateurs, dupés par les encouragement de quelques marchands anglais de Montréal et des environs de Neuville. Les bons sujets britanniques n'en mépriseront pas moins les canadiens et n'hésiteront pas à mettre en doute leur allégence. Une chanson de l'époque donne voix à l'indignation des Canadiens face à ce mépris:
J'entends
quelquefois...
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