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Les De RAINVILLE - mille ans d'histoire | ||||
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Onomastique (o-no-ma-sti-k'), adj. Qui a rapport aux noms propres; qui renferme des noms; l'étude des noms propres de personnes, de lieux.
Et les De RAINVILLE, dans tout ça...?Le crédo généalogique veut que Paul De RAINVILLE (ca. 1619 - 1686) soit le premier du nom à émigrer de France vers la Nouvelle-France, avec sa famille. Plusieurs persistent à croire qu'il est le primogéniteur, ou patriarche si vous préférez, de tous les RAINVILLE d'Amérique. Nous nous pencherons ailleurs sur cette question ainsi que sur les origines de Paul. Il suffit pour l'instant d'indiquer qu'il est très certainement l'aïeul des principales branches de RAINVILLE qui ont essaimées sur tout le territoire nord américain. Cette dispersion est d'autant plus intéressante à étudier qu'elle suscite une prolifération d'orthographes du nom original. Or ce nom, à l'origine - et s'entend par là origine nord-américaine - était déjà voué à subir des variantes. Sans nous pencher à ce stade sur son éthimologie, de nom de terre ou d'origine qu'il était en Europe, au 17e sciècle, De RAINVILLE devient un véritable patronyme lorsqu'il est transplanté sur le nouveau continent où il ne se rattache plus qu'à ceux qui le portent. En 1659, Paul De RAINVILLE signait, avec paraphe, un acte de baptême à Québec: «derainvilla». Notons au passage la forme "villa" du nom qui pourrait indiquer que Paul a reçu une instruction en latin, ou qu'il a évolué dans une société où il était d'usage d'écrire son nom en latin, comme par exemple en Bretagne, en pays d'Oc, ou en Angleterre. Notons aussi que Jean BOURDON ROMAINVILLE, huissier royal du conseil souverain, dont la signature apparaît à la gauche de celle de Paul n'utilise pas la forme "villa" bien que son nom soit similaire à celui de Paul. Le "R" majuscule de Romainville est de facture plus moderne que le "v" barré, ancienne forme du "r" utilisé par Paul. Quoi qu'il en soit, cette signature est la première indication que nous possédons de l'orthographe du nom, tel que Paul la concevait.
Paul DE RAINVILLE, déjà en Nouvelle-France depuis quelques années, y fait venir son épouse et quelques uns de ses enfants entre 1655 et 1659. La famille se fixe dans la seigneurie Giffard, sur la Côte de Beauport, en aval de Québec. S'il est évident que Paul De RAINVILLE était doté d'une certaine éducation, voire d'une éducation certaine, il semble que ses enfants n'aient pas tous su lire et écrire. C'est ainsi que Jean, présumé être le fils ainé de Paul De RAINVILLE, déclare tour à tour ne savoir signer, alors qu'il signe certains écrits «Jean de RENVILLE» d'une main maladroite.
L'orthographe du nom DE RAINVILLE en Nouvelle-France sera dès lors alléatoire, laissé à la fantaisie du commis, du notaire, ou du curé chargé de la rédaction de l'acte où il se trouve. La diversité des accents, des patois, des dialectes, et des langues parlés dans la colonie à ses début, en commençant par ceux des porteurs du nom, aura sans doute également contribué à la prolifération de variantes du nom DE RAINVILLE. Dans le cadre du Projet de Recherche Démographique Historique (PRDH) de l’Université de Montréal, le dépouillement des actes de 1622 à 1799, a mis à jour non moins de vingt et une variantes du nom dans le seul territoire de la province de Québec actuelle:
Parmis
les noms "dit", un attire particulièrement l'attention:
RAINVILLE dit LA MOSELLE qui semble n'avoir été porté
que par un seul homme: Louis DE RAINVILLE dit LA MOSELLE (1710-1803). Ce
nom "dit" méritera qu'on s'y attarde plus loin dans le
texte, d'autant que la Moselle, et la Meurthe, sont des berceaux de RAINVILLE
depuis au moins le 15e sciècle. Enfin, certains descendants de Paul
de RAINVILLE adopteront des sobriquets qui finiront par supplanter le nom
original: EDWARDS, HAMELIN, entre autres. Et en France?C'est par la Normandie, et plus spécifiquement par la petite commune de Touques, dans ce qui est aujourd'hui le Calvados, que transite Paul de RAINVILLE avant de venir s'établir dans la colonie. En 1638, il y est pour une première fois mentionné aux registres de la paroisse Saint-Thomas de Touques où il est décrit comme époux de Raullinne POUETE. Son nom réapparaît à quelques reprises aux registres de cette paroisse jusqu'en 1652, année du dernier baptême d'un enfant du couple, à Touques. Mais Paul n'est pas le seul membre de la famille DE RAINVILLE présent à Touques. Dès 1632 le nom D'HERAINVILLE commence à apparaître aux registres de la paroisse St-Thomas. Il s'agit d'abord de Jean D'HERAINVILLE, dont le nom est tour à tour écrit D'HERAINVILLE, D'HERANVILLE ou DE REINVILLE, mais aussi de Marthe, épouse d'Estienne BAZIN, et de Marie, épouse de Charles LE VILLAIN. Ce Jean D'HERAINVILLE ne signe pas mais appose sa marque au registre. Il y est dit cousin de Louis HAGUELIN de la paroisse et rang de Mainneville, en Normandie (aujourd'hui l'Eure). Or, il existait effectivement un forte concentration de RAINVILLE dans la commune de Mainneville, à l'époque où vivait Paul De RAINVILLE. Les registres extants de cette commune débutent en 1546, mais de façon lacunaire. Il est néanmoins possible d'y retrouver un premier baptême DE RAINVILLE, dès 1583. Le nom y est généralement épellé RAINVILLE, parfois RAYNVILLE, souvent RAINEVILLE, par mimétisme de Mainneville, peut-être, et à une ou deux reprises REINVILLE. Parallèlement à la communauté de DE RAINVILLE établie à Mainneville, une famille RAINVILLE contemporaine à cette dernière existait déjà en Lorraine, plus précisément, en Moselle. Une première mention de celle-ci apparaît aux archives notariales en date du 8 août 1584, date à laquelle la veuve de Bastien RAINVILLE se remarie. Les incidence de REINVILLE y sont très rares, limitées à la région des Haut et Bas-Rhin, et au 18e sciècle. Le nom RAINVILLE y retient remarquablement sa forme depuis le 16e sciècle, la signature en haut de la présente page en faisant foi. Il s'agit de la signature de François RAINVILLE dit des Écus, circa 1650. Cette homogénéité d'orthographe s'explique peut être du fait qu'au 17e sciècle la Lorraine bénéficiait d'un taux de scolarisation nettement supérieur à celui de la France, et spécifiquement à celui de la Normandie. Cependant, dans la Lorraine d'après guerre, et je parle de la Guerre de Trente Ans, l'orthographe du nom commence à connaître des variations. Certaines branches de RAINVILLE, deviennent des RINVILLE, voire des HURINVILLE et des HERAINVILLE selon les régions. Cependant, le nom RAINVILLE a su survivre à ces variantes, puisqu'on en retrouve toujours des porteurs, aujourd'hui. Au moment où Paul De RAINVILLE s'établissait dans sa cabane en Canada, un quatrième noyau de De RAINVILLE marquait son cinquième centenaire d'existence, en Angleterre, dans le Yorkshire. L'évolution du nom De RAINVILLE dans cette contrée pourrait, à elle seule, faire l'objet d'une thèse de doctorat... Disons simplement que nous y retrouvons dès le 11e sciècle l'épellation De RAINVILLA. Et qu'il existe toujours un quartier de Leeds, dans le Yorkshire, qui porte le nom RAINVILLE. Vous voyez la topo....?Le 11e sciècle vit apparaître en Normandie l'utilisation de patronymes. Il s'agissait alors de sobriquet: "Le Quelquechose", de nom dénotants une origine géographie: "De quelque part", ou une filiation: "Fitz Quelqu,un". Cette nouvelle nomenclature s'ajoutait au nom de terre, qui lui ne suivait le titulaire qu'aussi longtemps qu'il possédait la terre dont il tirait un nom. C'est donc que notre Robert DE RAINVILLA, rencontré dans le Yorkshire, était probablement originaire de RAINVILLE. Mais de quel RAINVILLE s'agit-il? Une très vieille commune de ce nom existe depuis au moins le 10e siècle, dans les Vosges. Une série de cour d'eau et de rivières portent le nom de RAIN, dans le Haut-Rhin et en Allemagne. Mais c'est autour d'Amiens et dans la région d'Abbeville que se retrouvent la plus grande concentrations de villages et de communes portant des variations du nom RAINVILLE. Il y a d'abord RAINNEVILLE, au sujet de laquelle une épitaphe a été écrite, peut-être pour mettre en garde les généalogistes qui s'y aventureraient: «Cy gît le père, cy gît la mère; Cy gît le mari et sa femme; Cy gît la soeur, cy gît le frère, Pourtant il n'y a que trois corps ici...» 1. Marianne Mulon, L'Onomastique française, Bibliographie des travaux publiés jusqu'en 1960, puis de 1960 à 1985, La Documentation française, sous les auspices des Archives Nationales, Paris, 1977 (454 pages) et 1987 (418 pages). 2. Jules Quicherat : De la Formation française des anciens noms de lieu. Traité pratique, suivi de remarques sur des noms de lieu fournis par divers documents, publié en 1867, à Paris (176 pages). |
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