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| Brunch du
dimanche Le dimanche, comme tous les autres jours de la semaine, d'ailleurs, mais surtout le dimanche, je déjeune au restaurant. C'est la même chose pour le reste de la semaine, sauf que pendant la fin de semaine, on appelle ca un brunch. Ca fait des années que j'exécute le même rituel. A l'heure ou la plupart des gens arrivent pour dinner, moi je me présente pour déjeuner. Je prend toujours une table, au fond du restaurant, a coté de celles ou les serveuses vont s'assoir, quand elles pensent qu'il n'y a plus rien a faire, dans le restaurant. Dans presque tous les restaurants, les serveuses se promennent sans regarder les clients, si bien qu'on peut rester la bras en l'air pendant plusieurs minutes, avant qu'elles ne comprennent qu'on veut avoir d'autre café. Aussi, en prennant la table du fond, je n'ai qu'a attendre qu'elles vienent s'assoir a leur table, pour leur demander d'autre café. Mais, en général, les serveuses connaissent assez bien mes habitudes, et elles ne font jamais de problèmes, même si j'arrive pour déjeuner, à l'heure du souper. Aussitôt qu'elles me voient rentrer, l'une d'elles me prépare un café, et m'apporte un journal. Bien sur, il arrive qu'une nouvelle serveuse, sans expérience, ose me demander si c'est pour diner, ou pire, quand je lui répond que c'est pour déjeuner, elle m'annonce que ca coutera une dollars de plus, comme si j'allais arreter de manger, parce que le cuisinier a peur de salir sa plaque. Mais en général, les plus anciennes la surveille, et l'avertissent a temps, avant qu'elle arrive a ma table. - Bonjour! Je t'apporte un bon café? - Bien sur! J'aime pas les mauvais café. Quand elle ne m'apporte pas de journal, je dois me lever, pour vérifier s'il en reste un a l'entrée, ou peut-être sur les tables. Mais le dimanche, on dirait que les journaux disparaissent, même quand le restaurant est vide. Il ne reste plus que des cahiers de fin de semaine, avec les spectacles a voir. C'est a croire que les gens les emportent avec eux, en quittant le restaurant. C'est pourtant déjà assez pénible de les voir faire les mots croisé, dans le journal du restaurant, comme si c'était leur journal. Enfin il ne me reste plus qu'a retourner a ma place, et a demander à la serveuse, si elle en a caché un, derrière le comptoir. Je sais bien qu'elle le fait. Parceque, quand le propriétaire arrive, elle lui sort toujours un journal, et lui apporte à sa table, en même temps que son café. Alors, puisqu'il n'est pas encore arrivé, son journal est surement encore derrière le comptoir. De toutes façons, elle revient a ma table, avec mon café. - Hum! Tu sens bon, aujourd'hui. - Merci. C'est un cadeau. - Alors, tu sort aujourd'hui? - Non. Pas vraiment. C'est juste une habitude. - Tiens. Tu ne porte pas ton bracelet aujourd'hui? - Justement... - Bon. Je comprend. Je me mèle de mes affaires. - Non, non, C'est pas si grave. - Alors, tu commande maintenant? - Oui. Un numéro un. - Comme d'habitude? - C'est ca. - Les oeufs tournés? - Très tournés. - Saucisses, bacon? - Comme d'habitude. - Pain blanc? - Comme d'habitude. - Des fèves au lard? - Écoute! Je t'ai dit comme d'habitude. - Bon bon, ne te fache pas. - As tu un journal? - Attend. Je vais voir s'il m'en reste un. Finalement, elle disparait dans la cuisine. C'est la seule différence, entre un restaurant de classe moyenne et un truck stop. La serveuse ne se croit pas obligée de crier ma commande au cuisinier, au travers du restaurant. Pendant ce temps, je peux enfin préparer mon café. Je suis toujours la même recette. Deux cuillèrées de sucre, et une crème. Je n'aime pas changer la précision de mon mélange. Aussi, il faut toujours que je surveille mon café de près. Les nouvelles serveuses, ont souvent tendance a venir remplir les tasses de café, sans avertir, et même si la tasse n'est pas envore vide. Elles appellent ca réchauffer le café. Moi j'appelle ca gater le café. Ajouter du café dans un mélange savamment préparé, ca débalance tout. Après ca, je ne sais plus quelle quantité de sucre ou de crème il faut ajouter. Il faut bien dire que je ne suis pas un grand cuisinier. Je ne sais préparer le café, que si les quantités sont rigoureusement exactes. Une pleine tasse de café, deux cuillerés de sucre, et une crème. Il me semble que ce n'est pas si compliqué. Enfin, je la vois qui revient vers moi, avec un journal. Je vais donc pouvoir prendre mon café, sans avoir l'air d'un idiot, qui regarde partout, parce qu'il ne sait pas ou poser les yeaux, sans rencontrer le regard d'un autre dineur, a chaques fois. - Tien. Il en restait un, derrière le comptoir. - Merci. En général, je ne regarde que les images, et les gros titres. Dans ce genre de journal, le texte des articles n'en dit jamais plus que le titre lui même. D'ailleurs, chaque fois ou je me suis risqué à lire un article, je devais m'y reprendre a plusieurs fois, pour le comprendre, et même parfois, il me fallait le lire a haute voix, tellement la syntaxe est pauvre. Mais ce n'est pas pour mon éducation, que je pose le journal devant mon assiette. C'est pour ne pas avoir a regarder les autres dineurs, pendant que je mange. La aussi, quand je mange, je respecte un certain rituel. Premièrement, je soupoudre mes oeufs et mes pommes de terres, de poivre, puis, d'un peu de sel. Pas trop, parce que je me sens toujours un peu coupable, quand je met trop de sel, même si personne ne s'en appercoit. Alors, je commence a manger mon bacon. Seulement la viande. Pas le gras. C'est déja assez gras comme ca. Ensuite, je mange les saucisses. Puis, après, je coupe mes oeufs en petits carrés, puis je les mange, avec les petites pommes de terre frites. Quand j'ai fini, j'éponge le restant de mes jaunes d'oeufs, avec une tranche de pain. C'est délicieux. Après, je vide le petit contenant de fèves au lard dans l'assiete, et je les mange. Enfin, je termine mes roties, et je met mon assiete sur le coté, de la table, en attendant que la serveuse vienne la ramasser. Alors, je reprend mon journal et j'essaie d'avoir un deuxième café, pour accompagner ma deuxième lecture. Cette fois, il se peut que j'attache plus d'importance aux articles. De toute façons, il n'y en a pas beaucoup. La presque totallité du journal est occupé par de la publicité, des annonces classés, et des résultats sportifs. En fait, j'ai toujours pensé qu'ils forcaient les mauvais joueurs, a écrire leurs articles. Alors, déjà qu'ils ne savent pas parler, ca doit donner a peu près le style que la maison recherche, pour combler les pages qu'ils n'ont pas réussi a vendre, à la publicité. Mais le dimanche, c'est encore pire. Si personne n'a été tué, pendant la fin de semaine, ou si aucun camion n'a défoncé un poste de douanne, il ne reste plus que les résultats sportifs. Pourtant, même pour ceux que ca interresse, ces résultats sont déjà de l'histoire ancienne. Je ne peux imaginer que tout ces grands sportifs de la télévision, n'étaient pas rivés a leurs écrans, hier soir, pour suivre les exploits de leurs vedettes. Aussi, je ne comprends pas pourquoi il leur faut encore regarder des résultats qu'ils connaissent déjà. Enfin, quand je ne trouve rien a lire, seulement pour étirer mon café, et justifier ma présence, je regarde un peu dehors, pour voir passer les gens. Le dimanche, c'est un peu spécial. Il y a plus de monde. Des gens qu'on ne voit pas, pendant la semaine, avec leur femmes et leurs enfants, mais aussi, des gens qu'on voit tous les jours, et même des gens qu'on voit tout le temps. C'est quand même assez surprennant. Quand je suis entré, il y avait quelqu'un, sur le trottoir. Il demandait de la monnaie, aux passants, pour se payer un café. Je l'ai ignoré, mais il semble quand même avoir fait son affaire, puisqu'il est maintenant assis sur la terrasse, avec un bière en fut, qui coûte trois fois le prix d'un café. Je ne l'avais pas remarqué, mais la serveuse m'observait. Elle devait sans doute se demander ce que je regardais, sur la terrasses, et elle a fini par comprendre que je m'interressais a son client. - C'est pas drole, quand même, me dit-elle, en secouant la tête. - Quoi? - Le type, sur la terrasse. - Oui, il à l'air un peu bizarre. - C'est un itinérant. Il marche toute la journée. - Oui, je sais, je l'ai déjà encontré. - Il y en a plusieurs, dans le coin. Ils habithent dans une résidence surveillée. - Oui, je sais, un peu plus haut, sur la rue. - Des fois, quand il n'y a pas trop de monde, le patron lui paie un café, parfois même un repas. - C'est gentil. - Faut bien les aider un peu. Personne ne s'occupe d'eux. - Il y en a un, que je rencontre assez souvent, a peu près n'importe ou, dans la ville. - Le gars avec un manteau d'hivers? - Oui, mais il le porte même en été. - Je pense qu'il porte le même manteau, en hivers. - Je me demande comment il fait. - Dans le fond, ca prend une bonne santé, pour marcher ainsi, toute la journée. - Surtout, qu'ils ne doivent pas manger a leur faim tous les jours. - On dirait presque qu'ils ne vieillissent pas. - C'est vrai. Le gars en manteau d'hivers, ca fait des années que je le rencrontre partout, et il ne semble pas avoir beaucoup changé. - Oui. Il y en a un autre, plus gros. Il se promène sur le boulevard. Ca fait des années. - Je sais de qui tu parles. - Ils sont drole. Des fois, ils parlent tout seul, mais c'est comme s'ils parlaient avec quelqu'un. - Oui. J'ai déjà essayé de suivre leur conversation, mais je n'y arrive pas. - Ils sont dans leur monde. - C'est vrai. On dirait qu'ils ne nous voient pas. - Tu sais, le gars, avec le manteau d'hivers, il a toujours un stylos dans la main. - Je me demande bien pourquoi. - Une fois, j'en ai vu un, dans un café. Il était assi a une table, avec un paquet de feuilles, et il écrivait sans cesse. C'était près du collège, alors j'ai pensé qu'il était professeur, et qu'il préparait son cours. Mais en passant près de lui, j'ai jetté un coup d'oeil sur ses feuilles. - Et Alors? - Il n'écrivait pas. Il faisait seulement semblant. Comme s'il dessinait un immense ressort, d'une ligne a l'autre. - C'est comme l'avocat. - Oui, je sais de qui tu parle. Il a une forte voix, et a sa manière de parler, on voit qu'il a une certaine éducation. Moi aussi, j'avais pensé qu'il était avocat. - Un vieux monsieur, avec les cheveux tout blanc? - Oui, oui. Une fois, je n'avais pas remarqué qu'il était près de moi. Je l'entendais parler avec quelqu'un, au sujet des taxes sur les timbres. Comme je trouvais qu'il avait bien raison, je me suis retourner pour le regarder, et je me suis appercu qu'il était seul. Il se parlait a lui même. J'étais tellement surpris, que je suis resté quelque temps a le regarder. - Qu'est-ce qu'il a fait? - Rien. Absoument rien. Au début, je pensais qu'il me regardait, mais, j'ai compris qu'il ne me voyait même pas. On dirait qu'on existe pas pour eux. - Oui, c'est la même chose pour nous. On fait souvent comme s'ils n'existaient pas. - Je sais, mais je veux dire, qu'ils marchent dans la rue, ils nous cotoient, mais, comme si nous étions des statues. - Oui, je sais ce que tu veux dire. - Il sont dans leur monde. - Oui, et nous, dans le notre. Des clients étaient arrivés, pendant que nous parlions. Je savais que le serveuse iraient les voir. Elle se leva, et vérifia que je n'avais besoin de rien. - Un autre café? - Non, merci. Je m'en vais. Elle sorti son calepin de factures, y chercha la mienne, la détacha du calepin, et me la donna. - Bonne journée, me dit-elle, en s'éloignant vers la table des nouveaux clients. - Merci. - À demain. - Oui. C'est ca. Mais, déjà, elle ne m'entendait plus. Arrivée à la table de ses nouveaux clients, elle devait recommencer son petit numéro de charme, pour mettre ses clients à l'aise, et leur faire sentir, qu'ils sont plus importants que les autres clients. Les clients marchent toujours. Moi aussi, d'ailleurs, mais je sais bien qu'elle fait le même numéro a tous les clients. Avec quelques variantes, peut-être, s'adaptant au style de chacun, essayant de se rapeller si celui ci veut avoir son café avant son repas, si celui la veut un journal, avant de commander, ou enfin, si ce client désire qu'on le laisse seul. Elle aussi, accomplit de nombreux rituels, chaque jours, avec ses clients. J'imagine qu'elle pose toujours les mêmes questions aux mêmes clients, et elle recoit probablement toujours les mêmes réponses, a ses questions. C'est un peu comme mon barbier, qui demande a chacun de ses client, s'il a vu le match de hockey, hier soir, à la télévision. Combien de fois est-il obliger d'entendre la même histoire, toujours raconté par des experts en hockey, beaucoup plus compétents que ceux qui sont actuellement en poste, mais qui n'ont jamais chaussé les patins de leur vie. Moi, je sais bien, qu'il passe ses fin de semaines à la pêche, dans un chalet tellement éloigné de la ville, qu'il ne peut y recevoir les ondes de la télvisions. Alors, il ne regarde jamais les match de hockey, mais ca ne l'empeche pas d'en parler. Après quelques clients, seulement en les écoutant raconter la partie, il connait le dernier match, par coeur, et probablement mieux que s'il l'avait suivi à la télévision. Mais, lui aussi, reconnait ses clients, et leur parle des sujets qui les passionnent. Ainsi, à moi, il ne demande jamais si j'ai vu le match de hockey. Il me demande plutôt si j'ai voyagé récemment, ou si je doit partir bientot. Parce que j'insiste toujours pour que ce soit lui, qui s'occupe de moi, je suis parfois obligé d'attendre plus longtemps, pour qu'il se libère. Alors, je peux l'entendre, parler du match de hockey d'hier, avec tous les clients qui passent avant moi, et je peux ausi l'entendre raconter le mêmes histoires, a chacun d'entre eux. Il sait bien que je l'observe et que je connais son manège. Alors, quand mon tour arrive, il est un peu gèné de répéter les mêmes histoires que j'ai déjà entendue plusieurs fois, mais il semble bien à l'aise, de pouvoir enfin parler d'autre chose que du match de hockey d'hier soir, qu'il n'a pas vu, de toutes façon. Bien sur, l'été, il n'y a pas de hockey. Alors, il me demande plutot si j'ai déjà pris mes vacances, ou s'il m'en reste encore a prendre. Mais, aujourd'hui, c'est dimanche, et son salon est fermé. Alors, je n'irai pas discuter avec lui, ni de hockey ni de vacances. L'après midi avance rapidement, et je dois me rendre a l'appartement de ma soeur, pour arroser ses fleurs. |
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