| Matin de Noël |
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| Au matin de
Noël, on
ne trouve plus beaucoup de monde, dans les rues. Et s'il en traine
encore, il ne faut pas croire que ce sont des
lève-tôt qui se rendent au travail. Mais de
couche-tard, qui essaient de rentrer chez eux. Les autres, ceux qui
sont encore couché, ceux là ne sont pas trop
pressé de se lever. À l'heure où les
honnêtes gens rêvent encore de faire la grasse
matinée, il n'y a guerre que les petits enfants, pour se
lever encore plus tôt que d'habitude, trop impatients d'aller
retrouver leurs nouveaux jouets. Un peu plus tard, dans la journée, on déjeune avec les restes du réveillon. A Noël, on peut bien faire quelques folies. Et puis, dans l'après-midi, on visite des parents qu'on n'a pas vu depuis longtemps. Le temps des Fêtes marque souvent le début de retrouvailles. De retrouvailles qui ne durent bien souvent, que le temps des Fêtes. Quand j'étais jeune, la journée de Noël était consacré à la visite des crèches de l'Oratoire Saint Joseph. Même par un froid sidéral, rien n'aurait pu nous y soustraire. Et puis, nous étions habillé bien chaudement. Ma mère nous mettait tellement de vêtements, que nous avions parfois peine à marcher et à bouger les bras. De retour à la maison, c'était le grand souper. Dans le temps des fêtes, ma mère dressait une table qui valait bien celle dont rêvait Dom Balaguère. C'était un temps magique. Même dans notre famille modeste, il y avait abondance de nourriture, et des cadeaux pour tous les enfants. Nous vivions dans une maison chaude, nous mangions à notre faim, nous étions bien habillé, et Noël nous apportait toujours de beaux jouets. Et moi, dans ma petite tête d'enfant, je pensais que c'était la même chose dans toutes les maisons de la ville. J'étais bien loin d'imaginer, qu'à deux pas de chez moi, nos voisins n'avaient rien à manger, qu'on leur avait coupé le chauffage, et que leur père marchait dans les rues de la villes, pour éviter de geler, et qu'il passait la nuit dans les ruelles, ou dans les cours des grands magasins. Comment aurais-je pu l'imaginer alors? Même aujourd'hui, c'est à peine concevable. Pour ceux qui s'en souviennent encore, cette année là, le matin de Noël fut particulièrement froid. Mais la nuit qui l'avait précédé fut bien plus froide encore. Et pourtant, au petit matin de Noël, voulant essayer leurs nouveaux bâtons de hockey, deux jeunes garçons bravèrent le froid glacial, et se rendirent dans la cours arrière de la boucherie de leur cartier. L'un d'eux portait le chandail rouge de Maurice Richard, et son ami, celui des Bruins de Boston. Mauvaise couleur, pour la région de Montréal. Mais comme on dit, à cheval donné... La pratique ne fut pas très longue, pas seulement à cause de la température, car à cet age, les garçons ne sentent pas le froid. Mais en jouant, celui qui avait le chandail orangé, laissa passer la rondelle, qui glissa jusqu'à l'échangeur d'air, dans ce qui semblait être un paquet de chiffon, ou un vieux manteau oublié. En se rapprochant, les garçons découvrirent que le manteau cachait un homme gelé, encore plus dur qu'un bonhomme de neige. Le patron de la boucherie, appelé sur les lieux, pour répondre aux questions de la police, fut bien ennuyé qu'on mette fin aussitôt à ses vacances, surtout qu'il ne connaissait pas du tout l'homme gelé. Ce n'était ni un client, ni employé, pas même un voleur. Pour lui, cet homme, c'était personne. Mais il parait, qu'en arrivant chez lui, une deuxième surprise l'attendait. Sur le balcon arrière de sa maison, il trouva un autre homme gelé, serrant contre sa poitrine, l'une des grosses pierres de son jardin. La mort avait sculpté sur son visage de glace, un bien mystérieux rictus, qu'une grosse femme de la foule des badauds, appela: le sourire des bienheureux. - Décidément, se dit le patron, il y en a partout. Il va falloir faire quelque chose. FIN |