Avec les mots

Je veux peindre des champs de blés,
des montagnes de neige blanche,
et des levers de soleils gelés,
sur des lacs glacées ou des mers océanes.

Toutes ces images d’un rêve oublié,
que j’emporterai avec moi,
dans les sentiers rouge et jaune de l’automne.

Car les jolies feuilles tomberont bientôt,
et je veux que ma poésie dure plus longtemps.

  Je veux composer des suites,
des nocturnes et des impromptus,
des gnossiennes et des gymnopédies,
et des préludes à l’après-midi d’un faune.

Des mélodies douces et tristes,
que j’emporterai avec moi,
dans les sentiers rouge et jaune de l’automne.

Car les jolies feuilles tomberont bientôt,
et je veux que ma poésie dure plus longtemps.

  Et je marcherai seul et triste,
dans les sentiers rouge et jaune de l’automne,
la tête vide d’images et de sons,
et le coeur plein de regrets inutiles,
il me viendra des formes et des couleurs,
comme sur les toiles des musées,
ou les notes orphelines d’une mélodie,
que j’ai entendu au concert.

Mais tout est si flou et fade,
comme les images d’un rêve oublié.

  Il y a plus que les jolis mots,
et plus que les rythmes et les rimes,
bêtement couchés dans un panier d’osier,
comme ces fleurs fraichement coupées
qui ne sont pas encore arrangées.

Il faut leur donner une forme,
leur trouver un pot, une table,
ou le bord d’une fenêtre.

Dans un moment, elles seront jolies,
un autre encore, et elles ne seront plus.
et je veux que ma poésie dure plus longtemps.

Car je veux qu’on y prenne encore du plaisir,
quand je ne serai plus qu’un vague souvenir.


            Décembre 2006