Les perles du transport en commun

Les perles du transport en commun

Tout le monde le dit, on devrait écrire un livre sur les faits cocasses dont nous sommes témoins à tous les jours. Alors arrêtons de le dire et écrivons tous ensemble ce livre.

Publier un livre dans l’Internet ne coûte absolument rien, donc nous avons les moyens de publier celui-ci !

Pour collaborer, rien de plus facile. Cliquez ici pour les détails

Bonne lecture


Index

Les collaborateurs



1

(NG) Pendant la tempête de verglas à la station Monk

Pendant la fameuse tempête de verglas j’étais assigné à la fermeture de la station Monk. Même si le métro ne fonctionnait pas les stations demeuraient ouvertes. Plusieurs personnes qui habitaient autour de la station et qui ont manqué d’électricité plus d’une semaine, venaient se réchauffer et jaser un peu avec moi au niveau de la loge.

Même si le métro n’est pas chauffé à la profondeur ou se situe la loge du changeur la température était très acceptable, on pourrait même dire qu’il faisait chaud. En plus un train était à quai à ma station et les opérateurs prenaient leur quart de travail à ma station, car il devait y avoir un opérateur dans le train pour le moment ou le courant reviendrait.

Durant cette période j’avais une cafetière et des verres et j’offrais un café ou un thé chaud aux personnes qui venaient me jaser pour prendre des nouvelles. Le deuxième soir, la publicité du bouche à oreille aidant, il y avait foule et j’ai manqué de café et de thé. J’ai dû me ravitailler solide en matière première pour les jours qui ont suivis.

Un changeur du métro


2

(NG) Après la tempête de verglas à la station Monk/

Après la tempête de verglas, plusieurs personnes voulaient se faire rembourser une partie de leur carte autobus métro (CAM) pour service n’ont rendu.

Un soir un monsieur s’est présenté à ma loge et m’a demandé de lui vendre une carte CAM pour le mois de février en déduisant 20,00$ du prix régulier de la carte. Pour justifier cette demande il m’a remis une lettre qui expliquait que durant la tempête de verglas le service de transport de la STCUM avait été tellement pourri qu’il estimait à 20,00$ la remise que la STCUM devait lui faire.

Après avoir lu sa lettre, je la lui ai remise en lui précisant que je ne pouvais donner suite à sa demande. Il m’a dit que suite à un appel au centre de renseignement le préposé lui avait suggéré la démarche qu’il venait de faire, et qu’en déposant cette lettre avec le reste de l’argent dans le coffre-fort la STCUM me rembourserait.

Devinez quoi ? Je ne l’ai pas cru et je l’ai renvoyé au préposé aux renseignements. J’ai eu droit aux insultes de circonstance et le monsieur a quitté la station très très fâché.

Un changeur du métro


3

(NG) Un certain soir d’hiver à la station Lasalle

L’événement s’est passé il y a une vingtaine d’année et j’en entend parler encore aujourd’hui.

C’était le soir, il faisait noir et il y avait une tempête de neige. J’en étais à mon premier voyage sur le circuit 58 Wellington depuis mon retour à la division St-Henri, car au cours des trois années précédentes j’en avais passé deux à la division régionale (métropolitain provincial) et la dernière au transport adapté.

Donc j’arrive au terminus du 58 qui était à la station Lasalle. Il y a déjà plus d’un pied de neige dans le chemin privé de la station. Au bout du chemin, des employés de la STCUM s’affèrent à enlever la neige. Comme j’ai quelques minutes avant de repartir, j’en profite pour aller à la toilette. À mon retour dans l’autobus je m’aperçois que les employés qui déneigeaient ont fait un immense tas de neige en plein milieu du chemin, ce qui m’empêche de passer. Le temps passe et la sortie est toujours bloquée, je suis maintenant en retard sur mon horaire et j’envisage la possibilité de reculer et d’utiliser l’entrée comme sortie vu les circonstances. Mais comme je conduis pour la première fois les nouveaux autobus sans vitre arrière et que la poudrerie rend la visibilité avec les miroirs presque à zéro je décide que la manoeuvre est trop dangereuse

Ce qu’il faut savoir ici c’est que le chemin privé de la STCUM à la station Lasalle est bordé par la rue Caisse qui est une toute petite rue longeant la chemin privé. Pendant mes trois années passées dans d’autres divisions, la STCUM a effectué des changements majeurs au chemin privé, notamment en enlevant le muret de ciment qui séparait le chemin privé de la rue Caisse.

Donc en regardant par la fenêtre gauche de l’autobus je m’aperçois qu’il n’y a plus de muret qui sépare le chemin de la rue et je me dis qu’en reculant l’arrière de l’autobus sur le trottoir j’aurais assez de place pour effectuer un virage en « U ». Aussitôt pensé aussitôt fait.

Je recule lentement en faisant monter les roues arrières sur le trottoir qui est à ma droite, je crampe en masse vers la gauche et je commence à avancer tranquillement en m’assurant que l’arrière de l’autobus descende le trottoir en douceur. Au moment ou les roues arrières descendent le trottoir la roue avant gauche frappe un obstacle passe par dessus et retombe de l’autre côté. Au même moment les roues arrière descendent du trottoir et l’arrière de l’autobus (la panne en dessous du moteur) reste coincé sur le trottoir pendant que les roues arrières elles sont dans le vide.

Impossible de bouger, je descend pour voir ce que j’ai frappé avec les roues avant et à ma grande surprise j’aperçois une chaîne de trottoir sous l’avant de l’autobus. Avec l’accumulation de neige il était impossible de voir cette chaîne de trottoir et comme le muret avait disparu je croyais qu’il n’y avait plus rien entre la rue et le chemin privé.

Imaginez maintenant la situation, l’autobus est à 90 degré par rapport au chemin privé. La partie arrière est complètement accotée sur le trottoir, les roues arrières ne touchent plus par terre et les roues à l’avant sont réparties de chaque côté de la chaîne de trottoir. J’ai l’air fin !

J’appelle mon centre pour qu’on envoie une dépanneuse et j’attend. Naturellement tous mes confrères de travail qui se pointent à la station par la suite en profitent pour se payer ma tête.

Une heure s’écoule avant l’arrivée de la dépanneuse, de l’inspecteur et de l’autobus de remplacement. Mais entre temps les employés qui déneigeaient ont terminé leur boulot, le tas de neige qui bloquait l’entrée est partie et personne ne veut croire à mon histoire. L’inspecteur m’a même demandé à qu’elle vitesse j’avais tourné dans le chemin privé pour prendre une telle débarque.

C’était pas ma soirée !

Un chauffeur d’autobus


4

(NG) Les culottes par terre à la station Verdun

Pendant certaines réunions familiale il nous arrive souvent de raconter quelques faits cocasses dont nous sommes témoins. Comme je ne fais pas exception à la règle j’en raconte moi aussi. Tout le monde rit mais plusieurs ne croient pas tout ce qui nous arrive.

Un soir je travaillais à la station Verdun et mon beau-frère devait passer à la station pour me laisser des papiers. Je lui avais déjà raconté plusieurs histoires incroyables et spécialement au sujet d’un patient de l'hôpital Douglas que j’appellerai ici « le client » pour les besoins de la chose.

Donc le beau-frère arrive avec les papiers et pendant que nous jasons, arrivent deux religieuses. Elles veulent acheter des billets et fouillent dans leurs sacoches pour y faire le ménage avant d’en sortir l’argent. Pendant ce temps arrive le client, six pieds deux et 140 livres mouillé. Je regarde le beau-frère et je lui dis tu te souviens de l’histoire avec mon client spécial, hé bien tu vas le voir en direct ce soir. Donc mon client bien-aimé, crie, chante, engueule, danse et gesticule, il fait tout ça en même temps sans se tromper. Mais il a une particularité, il attache sa carte CAM dans son cou avec une corde qui est trop courte et au lieu de passer sa passe dans le lecteur à la volée il me la montre en me faisant un paquet de grimaces, pour que je déverrouille le tourniquet. Mais mon fun à moi c’est de lui montrer le lecteur et de lui dire de passer sa passe dedans. Il réussit toujours à déverrouiller le tourniquet même s’il ne voit pas ce qu’il fait à cause de la corde qui est trop courte. Tous les soirs c’est le même scénario on s’amuse tous les deux et quand il réussit à passer il m’envoie des becs avec sa main et des « fingers » avec son doigt !

Je connais le client depuis mon entrée à la STCUM. Il est donc au poste depuis aussi longtemps que moi.

Pour en revenir à mon histoire, en voyant les deux religieuses en habit officiel le client s’est mis à vouloir les cruiser. Les deux soeurs intimidées n’en menaient pas large. J’ai donc fait signe au client de passer et comme il m’aime bien il est passé. Vu son énervement il a dû passer sa carte 5 ou 6 fois avant de déverrouiller le tourniquet, toujours parce qu’il ne veut pas rallonger sa corde. Une fois de l’autre côté du tourniquet, rituel habituel, becs et finger, mais comme il y a de la visite ce soir il décide d’exécuter quelques pas de danse, probablement pour continuer à cruiser les religieuse. Il lève les bras au dessus de sa tête et commence à danser, soudain son pantalon tombe sur ses chevilles et là c’est la surprise générale, le client ne porte pas de caleçon !

Les deux soeurs en apercevant le client, nu, de la ceinture aux chevilles commencent à faire le signe de la croix en criant « ô mon dieu, ô mon dieu ». Je conseille aux soeurs de regarder ailleurs, mais elles semblent incapables de détourner leurs regards ! On peut les comprendre car le client était équipé pour veiller tard.

J’ai dû sortir de ma loge pour faire comprendre au client de remonter son pantalon tout en utilisant mon « big body » comme écran entre les soeurs et le client.

Une fois le problème réglé, je regagne ma loge pour trouver mon beau-frère plié en deux tellement il riait. Je lui ai dit bienvenue dans le club des menteurs, car tu viens d’être témoin d’un événement que tu ne pourras jamais raconter à personne parce qu’ils ne te croiront pas.

Aujourd’hui, quand il raconte cette histoire, on lui dit « ô capitaine ».

Un changeur du métro


5

(NG) Une journée à oublier

Je quitte le garage St-Henri avec mon autobus pour me rendre au terminus Atwater. C’est l’hiver, il fait froid et à l’extérieur c’est la tempête de neige. Les rues sont glacées et très glissantes.

Arrivé au terminus je vais me placer à l’arrêt du 78 Laurendeau. C’était avant le prolongement du métro vers Angrignon. À l’heure prévue j’effectue mon départ ; arrivé au coin de Ste-Catherine et de la Glenn, juste au bas de la côte j’attends que le feu de circulation change au vert quand une automobile arrivant trop vite décide de me rentrer dans le « cul » pour s’arrêter.

Beau début de journée pour moi. Je demande la police et un inspecteur pour le rapport. Une fois terminée la paperasse, l’inspecteur consultant l’horaire m’avise que je devrais me replacer de l’autre côté de la rue et retourner au terminus Atwater pour effectuer mon deuxième voyage.

Comme l’intersection est immense et qu’il n’y a aucun véhicule dans les parages je fais un virage en « U » et je repars vers Atwater. Quelques rues plus loin je suis arrêté au feu de circulation et devinez quoi ? Deux jeunes arrivant en fous, perdent le contrôle de leur voiture et viennent s’écraser dans l’autobus, cabossant le côté de l’arrière jusqu’à l’avant.

Je remets mon manteau et je sors pour m’assurer qu’il n’y pas de blessé. Bonne nouvelle pas de blessé, mais deux jeunes qui sont très nerveux. Je dis au chauffeur que vais aller appeler la police pour rédiger le rapport. Il me demande s’il n’y aurait pas moyen d’arranger ça autrement. Je lui demande pourquoi, il me répond qu’il n’a pas de permis de conduire et que la voiture est à son oncle et qu’il l’a prise sans lui demander la permission. Avant d’aller appeler la police j’ai pris la précaution de noter le numéro de la plaque.

La même police et le même inspecteur que pour l’accident précédent se présentent sur les lieux. Ils trouvent ça drôle et tout le monde rit un bon coup sauf le chauffeur du bazou qui se ramasse au poste de police.

On consulte encore l’horaire et l’inspecteur m’avise que je devrai me rendre à Ville-Émard sans faire monter de voyageurs et revenir vers Atwater. Je fais le tour du « bloc » et j’arrive sur les lieux du premier accident, au coin de Ste-Catherine et de la Glenn. Je suis encore arrêté au feu de circulation quand une autre automobile me rentre encore dans le « cul ».

Je suis découragé. Je suis supposé conduire un autobus et depuis le début de ma journée, j’ai effectué plus de millage à pieds pour trouver des téléphones pour appeler la police.

Devinez quoi ? Hé oui, la même police et encore le même inspecteur, ils sont morts de rire et m’annoncent que je viens sûrement de battre un record ! On commençait à tellement bien se connaître que l’on aurait pu aller à la pêche ensemble comme des vieux chums.

Encore une fois l’inspecteur sort son livre pour consulter l’horaire. Alors là je lui dis, pas nécessaire de chercher où je doit aller me replacer, il me demande pourquoi, je lui répond que je rentre au garage, trop c’est trop. L’inspecteur me dit de ne pas m’en faire, ce n’est pas de ma faute, je ne suis pas dans le tort.

Il me dit, dans mon livre à moé t’a pas à t’en faire avec ça.

Je lui ai répondu que dans mon livre à moé, après trois accidents sur le même circuit dans la même journée valait mieux retourner se coucher !

Un chauffeur d’autobus


6

(JR) Lucien-L’Allier avant le Centre Molson

J'ai eu la chance de connaître la station Lucien-L’Allier avant que soit construit le Centre Molson, heureuse période de ma vie de changeur. C'était tranquille quelque chose de rare mais même dans ce temps-là, j'ai réussi à vivre des situations loufoques.

À tous les soirs, un monsieur d'un certain âge me demandait la direction pour Côte-Vertu, j'avais remarqué qu'un aveugle se dirigeait dans la même direction à tous les soirs lui aussi. J'ai conseillé à mon monsieur de suivre l'aveugle, qu'il ne pourrait pas se tromper! Ben, croyez-le ou pas, le gars attendait l'aveugle et le suivait...

À mes débuts, les étudiants en arts de l'université Concordia passaient sans même un regard pour le gentil changeur que je suis. Ça m'intriguait de savoir ce qu'ils transportaient, ça fait que j'ai commencé à leur demander s'ils ne pouvaient pas me montrer leurs oeuvres à la place de les cacher. J'ai eu droit à une exposition gratuite tout le temps que j'ai travaillé là-bas, en plus des merveilleux sourires de mes étudiants de Concordia.

Je ne tolère pas ceux qui fraudent et ne veulent pas payer! C'était comique de voir mes petits copains fervents de transports gratuits venir voir qui travaillait le soir comme changeur. Ils s'en retournaient pour passer ailleurs j'imagine mais pas dans ma station.

J'ai passé des soirées formidables à Lucien-L’Allier avant le Centre Molson, une cliente me demandait justement quand j'allais y retourner il y a quelques jours, quand je pourrai bien, maudit Centre Molson...

Un changeur du métro


7

(NG) La madame voulait payer sa contravention à la station Angrignon

La station Angrignon qui est un des deux terminus de la ligne verte du métro est une station fort achalandée. Dans son environnement immédiat, on retrouve le parc Angrignon, deux terminus d’autobus et un très grand stationnement payant qui n’appartient pas à la STCUM.

Un jour que je tenais le fort à la station Angrignon, une dame se présente à mon guichet et me remet une contravention et l’argent pour acquitter celle-ci. Je souris en lui disant qu’elle ne peut pas payer sa contravention à un changeur du métro.

La madame devient tout à coup très contrariée et me dit que je suis seulement un innocent qui s’amuse toute la soirée à donner des contraventions aux autos qui sont en infraction dans le stationnement de la station et qu’après je ris d’eux en refusant de prendre leur argent pour régler la note !

Même après dix minutes d’explications la madame a quitté la station en criant qu’elle avait des contacts et que je me retrouverais sur le chômage. J’ai l’impression que ses contacts n’étaient pas très bons car je suis toujours en poste.

Un changeur du métro


8

(P1) Un billet pour la CTCUM et ... un billet pour vous

La très grande majorité des chauffeurs d’autobus font preuve d’attention envers leurs clients. Voici le récit d’un beau geste posé et la révélation de la récompense qui ne manqua pas d’y faire suite.

Il est possible, à certaines heures de la journée, et en particulier sur des lignes très peu achalandées, qu’un chauffeur puisse se permettre d’attendre une vieille dame, deux à trois minutes, pour lui donner le temps de traverser la rue et de monter dans son véhicule.

C’est ce qu’a fait, récemment, un chauffeur de la division Mont-Royal.

Devant tant de gentillesse, la personne âgée ne tarissait pas d’éloges et toute tremblante, elle plongea dans son sac à main. De peine et de misère, elle en retira un billet qu’elle déposa ostensiblement dans la boîte à perception. « Voici un billet pour la CTCUM » dit-elle.

Fébrilement, elle replongea dans le fameux sac à main, ce qui ne manqua pas de susciter une très manifeste joie chez notre chauffeur, prévoyant déjà sa récompense.

C’est alors que, tout estomaqué, il vit sa généreuse cliente ajouter un autre billet dans la boîte en disant, toute souriante : « Et voici un autre billet ... pour vous ».

Un chauffeur d'autobus
Source : Promenade Vol. 8 no 3 mars 1973


9

(AA) Clientèle suprême

On est en octobre 1999 et une dame attend depuis environ une heure devant moi. À tous les métros qui entrent dans la station elle s'étire le cou, regarde, attend et recommence à faire les cent pas jusqu'au prochain métro entrant.

Je suis changeur dans le métro de Montréal.

La dame, très polie et inquiète vient me voir après tout ce temps et me demande à quelle heure arrive le train d'Ottawa ?

Moi - Pardon lui dis-je !
Elle - À quelle heure le train d'Ottawa arrive à la station de métro ?
Moi - Madame, vous êtes dans le métro de Montréal.
Elle - Oui je sais mais à quelle heure arrive le train d'Ottawa ?
Moi - Je regrette mais je ne le sais pas, téléphonez à la gare Windsor.
Elle - Ça prend combien de temps d'Ottawa à Montréal ?
Moi - Deux heures, deux heures et demie environ.
Elle - À quelle heure que le train d'Ottawa arrive ?
Moi - Madame, je ne le sais pas, ici c'est le métro. Vous attendez ... quelqu'un ?
Elle - Oui, ma fille. Elle a prit l'autobus à Ottawa pour venir à Montréal.

Un cours de "logique" s'ensuivit de ma part mais j'ai reçu mon doctorat d'incompétence de sa part et sa fille arriva une heure plus tard !

Ce qui confirma ma Maîtrise dans l'Art du transport.

Un changeur du métro


10

(AA) Chaleur Froide !

Par un beau jour d'été, il y a de ça quelques années, la chaleur accablante et la température aidant à bord de mon autobus, tout le monde montant à bord me disait bonjour et la fameuse phrase miraculeuse du siècle " y fait chaud et c'est humide aussi hein monsieur ". Bien oui que je leur répondais comme si je ne l'avais pas remarqué !

J'entendis cette phrase pendant toute ma journée de travail et je ne parle pas des autres journées.

À un arrêt donné, un monsieur âgé, ayant chaud lui aussi monta à bord de mon autobus et commença à me jaser. Le monsieur devait avoir dans les 70 ans environ. Mais lui ne se plaignit pas de la température. Il me jasa de tout et de rien tout amicalement. Mais je voyais bien qu'il souffrait de cette maudite chaleur lui aussi mais que quelque chose d'autre le tracassait.

Tout au long de notre conversation, le monsieur me dit qu'il allait chercher des pillules pour son épouse malade, qu'elle ne pouvait pas rien faire dans la maison et que les docteurs l'avait condamnée, qu'elle était au lit et que la fin serait pour bientôt. Très bientôt.

Le monsieur avait réellement de la peine pour son épouse et je sentais qu'il était prêt à tout faire pour lui venir en aide.

J'avais de l'admiration pour cet homme. Il était inquiet pour elle juste le fait d'aller lui chercher ses médicaments à la pharmacie.

Peur qu'elle ne réalise le verdict des docteurs en son absence. Il désirait demeurer à ses côtés jusqu'à la fin mais pour le bien de son épouse, il était bien obligé d'aller à la pharmacie tout de même.

Voyant cet homme prêt à tout pour sa femme, mes sentiments se sont rangés de son côté.

Là, et seulement là, il m'a parlé de la chaleur qui rendait la vie insurpportable à son épouse.

Je vous résume en gros le dialogue que j'ai eu avec cet homme juste avant qu'il ne descende de mon autobus.

Moi - Monsieur, votre femme est condamnée ?
Lui - Oui, deux ou trois semaines au plus.
Moi - Alors, si elle est pour mourrir et que vous voulez la soulager, côté médical vous n'avez que les pillules ?
Lui - Oui.
Moi - Pour son bien-être présent, elle ne peut endurer la chaleur ?
Lui - C'est pire pour elle.
Moi - Monsieur, tant qu'à mourrir, pourquoi ne pas la faire mourir au moins confortablement !
Lui - STUPÉFACTION ! BOUCHE BÉE !
Moi - Monsieur, votre dame est alitée, condamnée et la chaleur n'aide en rien son cas. Ne mérite-t-elle pas un peu de confort pour ses derniers instants ? Avez-vous un air climatisé à la maison ?
Lui - Non, c'est défendu par les docteurs.
Moi - Monsieur, vous savez qu'elle va partir, que son état ne s'améliore pas, pourquoi ne pas acheter un air climatisé afin qu'elle puisse avoir un minimum de bien-être par les chaleurs qui courrent ! Au moins ce serait un poids de moins pour elle à endurer !

Le monsieur descendit de l'autobus encore bouche-bée en me regardant sans arrêt jusqu'à mon départ de l'arrêt.

Merde que je me dis dans mon intérieur. Je vais avoir une maudite plainte pis la guilde des médecins après moi. Pis le monsieur itou !

Je ne vous dirai pas comment je me sentais par la suite mais disons que je ne me sentais pas gros pour plusieurs jours.

Pis je pense que même la chaleur je ne la sentais plus !

Quelques jours plus tard.
Même arrêt.
Même monsieur.
Même une plus grosse peur de ma part.
Même maudite chaleur amplifiée par mes conseils.
Même pas capable de sauter l'arrêt puisque j'avais du monde qui débarquait et il y avait d'autres passagers qui attendaient mon cher autobus.
Merde, c'est ici que ma carrière de chauffeur d'autobus prend fin !

Pour ceux et celles qui ont le maudit mot positif et négatif dans la boîte vocale, pour une fois j'ai vu du positif dans la peur qui m'animait dans ce moment très négatif ! Je me suis dit "au moins si je perd ma job à l'instant, je ne suis pas trop loin de chez-moi" je pourrai rentrer à pied !

Pis le fameux monsieur en question, comme par hasard, a attendu pour entrer dans mon autobus le dernier de la file.

Même s'il était le premier !
Même pas deux semaines de cela !
Merde le v'là !

Je ne sais pas si c'est à son tour ou le mien de dire bonjour mais je me la suis fermée !

Maudit, il embarque !
Un maudit gros sourire à son visage.
Pas dans le mien !
Je suis cuit que je me dis !

Lui - Bonjour mon ami !

Ça y est, je vais y goûter en maudit ! que je dis dans mon moi-même.

Moi - Bonjour. (très sec).

Lui - Merci infiniment pour l'air climatisé. Je ne savais plus quoi faire mais vous aviez raison. Ma femme méritait un peu de confort, j'étais bien d'accord pour lui procurer un peu de bien-être mais les docteurs m'avait interdit l'air climatisé. Je doutais énormément de votre conseil mais j'ai réalisé que si mon épouse partait et que je pouvais la soulager un tant soit peu dans ses derniers jours, elle méritait un peu moins de souffrance côté chaleur.

Depuis que j'ai acheté l'air climatisé, elle n'est plus dans le lit et ne prend plus aucune pilule, j'ai même de la misère à la suivre. Je vous remercie infiniment monsieur et elle aussi.

Le monsieur débarqua deux arrêts plus loin et ne cessa de me saluer.

Une histoire, un fait véridique, que j'ai vécu mais qui m'a procuré une maudite chaleur froide.

Qu'en serait-il advenue autrement ?

Un chauffeur d'autobus


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(JR) La fois où j'ai fait un fou de moi !

Je fermais la station Namur le dimanche soir, station tranquille, pas trop de monde et surtout, pas de problème à la fermeture ! J'étais en train de lire un bon roman quand un gars d'une trentaine d'années arriva et commença à me conter ses petits problèmes...

Il était en panne avec sa voiture sur la voie de service, sa femme et sa petite fille étaient dans la voiture, il avait besoin d'un survoltage (se faire booster) mais n'avait pas d'argent sur lui !

Il connaissait un changeur qui travaillait à Namur, un de ses chums et il pensait pouvoir lui emprunter l'argent pour se dépanner...pas de matricule et un nom que je ne connais pas mais...le gars est mal pris !

Le spectacle commence ! Le gars me récite par coeur tous les détails le concernant avec un paquet de papier d'identité etc, etc..(même une page arrachée dans l'annuaire téléphonique devant moi!) Il a besoin de 20$ et ça urge !

Le problème c'est que je ne le crois pas du tout, pas une minute ! Le gars est tenace pis je veux continuer ma soirée tranquille, je sais déjà que d'appeler pour nos constables c'est perdu d'avance hi!hi! Je veux finir ma soirée tranquille...pour m'en débarrasser, je lui donne son 20$ des fois que ça serait vrai(la femme et la petite) pis je lui demande poliment de débarrasser le plancher !

Encore pogné avec le gars, il va revenir me porter l'argent aussitôt que la voiture sera en état de fonctionner pis que sa femme et la petite seront à la maison. Je lui répète de débarrasser SVP ! Il est parti enfin !

Je me replonge dans mon roman et oublie tout ça, pas tout à fait car je sais que je me suis fait avoir comme il faut mais que finalement, j'ai la paix pis que des fois que ça serait vrai ??

J'ai oublié mon gars depuis longtemps, le roman est bon pis c'est tranquille pas à peu près. Ça cogne dans le carreau, je lève la tête, le gars est là !

J'ai eu le temps d'avoir des remords de conscience pour avoir mal jugé le gars jusqu'à ce qu'il se mette a parler ! Il a recommencé son show, il avait perdu l'argent et s'en était aperçu rendu à l'auto ! On s'est engueulé une quinzaine de minutes mais le gars était tenace, ça fait que, pour m'en débarrasser, je lui ai donné un autre 20$ à condition de ne plus lui revoir la face...

Je ne l'ai pas revu, je savais depuis le début que je me faisais avoir malgré quelques secondes de doute quand il est revenu. J'ai eu un maudit bon show quand même, le gars était bon comédien. Je me demande pourquoi il perd son temps comme ça pour une quarantaine de piastres...il pourrait faire fortune !

Je me suis fait avoir, c'est certain mais des fois qu'il y'aurait vraiment eu la petite qui attendait...

Un changeur du métro


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(JR) Un aveugle débrouillard pis un, pas du tout !

Ça m'a toujours impressionné de voir comment les aveugles pouvaient se débrouiller pour se promener en ville. J'ai mes deux yeux et je ne trouve pas ça toujours facile !

Je faisais la ligne 67 Saint-Michel et je venais juste de repartir vers le sud quand un jeune homme avec une canne blanche est monter à bord de mon autobus. Il est passé en vitesse en me montrant sa carte et est allé s'asseoir à l'arrière, je n'ai pas eu le temps de lui demander si je pouvais l'aider !

C'était tranquille et il n'y avait personne près de lui, tout en conduisant, je me demandais comment il saurait qu'il était rendu à destination vu que je ne faisais pas tous les arrêts.

Un peu avant la rue Denis-Papin, il s'en vient en avant et ne dit pas un mot. Je lui demande s'il est certain de la rue et il me dit que oui ! Il sait que c'est son arrêt, je ne sais pas comment il a fait car il n'y avait personne à côté de lui. Il n'était pas aveugle de naissance, deux ans à la suite d'une maladie et il était capable d'aller n'importe où en ville qu'il m'a dit. Je n'ai pas pu en savoir plus car il était pressé et vous auriez dû le voir se déplacer, encore aujourd'hui, je me dis que le gars m'a fait une farce...je suis certain qu'il était aveugle.

Je faisais du 97 pour mon deuxième bout, en arrivant au bout de ligne à Pie-IX, j'ai vu un gars à à peu près 150 pieds de l'arrêt. C'était un autre aveugle avec un chien-guide et une canne blanche, je n'ai pas pris de chance, j'ai arrêté et j'ai bien fait car il attendait l'autobus...

Il s'est assis à l'avant et j'ai su qu'il était aveugle de naissance, qu'il avait toujours habité le plateau Mont-Royal et que ça faisait deux ans qu'il avait son chien. Il m'a dit qu'il avait un peu de misère à se retrouver et qu'il demandait souvent de l'aide, il m' a demandé tout le long de lui dire quand on serait rendu au coin de St-Denis, il trouvait aussi qu'il n'y avait pas beaucoup de service sur la ligne car il avait attendu longtemps...

J'ai été impressionné deux fois cette journée à autant par le jeune qui savait où aller avec confiance en lui-même que par l'autre qui se promenait sans savoir s'il allait se rendre à destination.

Être aveugle, je pense que ça serait long avant que je me promène en ville comme mes deux braves, surtout le deuxième !

Un chauffeur d'autobus


13

(P2) Un tel souvenir ne s’oublie pas

J’avais connu, dans les années 39-40, un très bon chef d’orchestre et, aussi, bon chanteur. Son prénom était Jean.

En décembre 1952, j’étais en service sur la ligne 25, de l’Église, et j’entrais à la remise vers deux heures de la nuit.

La veille de Noël de cette année-là, à 23 heures, j’étais assez occupé à transporter plusieurs voyageurs allant à la messe de minuit. Un usager, entre autres, s’était glissé parmi les autres sans payer son passage. Paletot de printemps usé et tête nue, il était allé s’asseoir à l’arrière de mon solotram.

Après un voyage complet, il n’était pas descendu. Dans mon rétroviseur, je le regardais et le type me disait quelque chose. Parfois il buvait à même une bouteille d’eau gazeuse. Je ne lui ai pas parlé. Au moins, il était à la chaleur puisqu’il faisait 10 degrés au-dessus de zéro à l’extérieur.

À mon dernier voyage, alors que je rentrais à la remise sans client, je me rendis à l’arrière et lui dis : « Jean ». Il releva la tête et répondit : « Tu m’as reconnu ». Pendant quelques minutes, il me raconta ses déboires financiers ; il avait quitté sa famille et était devenu « robineux ».

Voici où son souvenir ne s’effacera jamais plus de ma mémoire. J’entre à la remise, lui déclarai-je, mais dans la salle des employés tu seras à la chaleur toute la nuit. En retour, tu me ferais un grand plaisir, puisqu’il n’y a plus personne, de me chanter le « Minuit, chrétiens ».

C’est alors que dans cette belle nuit de Noël, j’entendis le plus beau « Minuit, chrétiens » de ma vie.

Un tel souvenir ne s’oublie pas. (propos recueillis par Lucien Harvey)

Joyeux Noël !
Bonne et heureuse année !

Un retraité


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(JR) Détournement involontaire !

Je n'ai pas été longtemps chauffeur et c'est une chance autant pour moi que pour les usagers. Je suis un peu mieux comme changeur, il y a moins de danger sur les routes, moi!

J'étais assigné sur le 27 St-Joseph le samedi soir et sur le 47 Masson le dimanche. Le fameux dimanche, les gens arrêtent devant les portes de mon bus et me demandent à qu'elle heure part le 27. Je répond toujours à peu près et quand mon bus est plein, je pars allègrement, heureux de mon sort et je me rends jusqu'à Pie-IX en faisant le trajet de la 27!!!

Personne n'a rien dit et moi non plus! Je suis revenu par le bon chemin en me répétant que je faisais du 47 pis que j'allais en entendre parler. Jamais eu de nouvelles de ça, ouf!

Un chauffeur d'autobus


Les collaborateurs:

(NG) Normand Girard
(JR) Jean Richard
(AA) Alain Anctil
(P1) Source : Promenade Vol. 8 no 3 mars 1973
(P2) Source : Promenade Vol. 6 no 11 décembre 1971


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