Chroniques d'Atlantis
par Frédéric Doré et André Laferrière

(suite de textes pour une campagne fantastique par Frédéric Doré)



Traduit des Chroniques d'Atlantis d'un philosophe grec inconnu

"Tous attendaient anxieusement dans l'antichambre de la salle d'accouchement du majestueux palais de l'empereur d'Atlantis, Kamvu. Chacun ressentait les cris d'effort et de douleur de l'impératrice au plus profond de leurs êtres. Finalement, après ce qui sembla une éternité, un cri de joie s'éleva dans le palais: "C'est mon fils!!". L'empereur sortit de la salle en courant, élevant bien haut un bébé emmailloté de couvertures fines. L'enfant criait de toute la force de ses petits poumons, mais ses hurlements étaient couverts par ceux des courtisans et des gardes, glorifiant l'héritier du trône de l'empire d'Atlantis. Pendant que tous s'extasiaient devant la beauté du nouveau-né, un cri d'hoeeur déchira la nuit, s'échappant de la salle d'accouchement. Les gardes et l'empereur se précipitèrent dans la salle...

Ce qu'ils virent les firent reculer d'horreur. Un des gardes laissa s'échapper son repas tandis qu'un autre, sous l'effet de la terreur, recula et partit en hurlant. La pièce était rouge du sang projeté sur les murs et l'impératrice, ses entrailles pendant de la table comme des macabres guirlandes, gisait éventrée. La sage-femme était penchée sur les restes sanguinolants et regardait avec effroi le petit être baignant dans le sang de sa mère, tendant ses bras vers la pauvre esclave. Un garde plus courageux que les autres tira son épée et approcha de la table. L'enfant tourna sa tête et l'assistance pu voir ses yeux: des yeux sans iris ni pupille, d'un noir absolu et brillant d'une méchanceté sans borne. Le soldat figea, lâcha son épée qui tomba sur le sol en résonnant dans toute la salle, sous l'emprise d'un silence morbide. L'enfant pointa une petite main et le garde s'écroula sans un son. Il se tourna ensuite vers l'empereur et lui sourit, de toutes les dents qu'il n'avait pas encore...

Soudainement, le sol se mit à trembler dans le palais royal. Une énorme faille s'ouvrit dans la salle et des vapeurs sulfureuses s'en échappèrent. L'enfant, noir de sang coagulé, tomba de la table et se dirigea en rampant vers le gouffre. La sage-femme, dans un geste naturel malgré ce qu'elle avait vu, prit le bébé dans ses bras pour l'empêcher de tomber. Celui-ci se retourna vers elle et la regarda; sous les regards horrifiés des spectateurs impuissant, elle se pencha au-dessus du gouffre crachant maintenant des flammes noires, et sauta, emmenant l'enfant avec elle. La faille se referma dans un bruit d'enfer et les assistants qui ne devinrent pas fous crurent entendre un rire démoniaque s'en échapper.

Après un long moment, l'empereur sortit de sa torpeur et s'écria: "Sortez tous! Et allez chercher l'Oracle!", chassant lui-même les courtisans et les gardes, ce faisant échappant presque le premier-né qu'il tenait encore dans ses bras, bien que celui-ci ne semblait pas du tout impressionné par ce qui se passait autour de lui, regardant plutôt fixement ce qui restait de sa mère. L'Oracle, une femme d'un grand âge et d'une sagesse encore plus grande. arriva peu de temps après et vint se placer au côté de son seigneur, qui regardait le cadavre de sa femme, alors que l'enfant, toujours dans ses bras, tendait les siens pour toucher sa mère. "Laissez-le la toucher, dit-elle, je sens une volonté consciente dans ses gestes". Le maître des lieux obéit, le bébé ferma les yeux comme pour se concentrer pour exécuter une tâche surhumaine et sa main effleura celle du corps déjà rigide.

Un événement extrarordinaire arriva alors. Le bébé se mit à luire et la lumière envahit rapidement le cadavre de l'impératrice. Les blessures commencèrent rapidement à se cicatriser, les viscères à rentrer dans la cavité abdominale, les couleurs à revenir...mais la lumière entourant le corps diminua aussi rapidement, et l'enfant nouveau-né, l'héritier du trône d'Atlantis, s'effondra, épuisé. Et une larme coula sur sa joue pour aller s'écraser sur le parquet souillé.

"Oh, grand roi, disait l'Oracle, dans sa salle de divination enfumée par l'encens. Dans les étoiles, je lis l'avenir: cette terre ne sera plus jamais la même après ce sombre événement qui nous afflige tous. Tes fils ne sont pas tes fils mais les porteurs du destin du monde. Ils seront la clé de la mort et de la renaissance de l'humanité. Le rest m'est caché par des forces que je ne peux expliquer, mais je crains le pire pour l'espèce humaine."

Comme peuvent le constater les lecteurs, cette légende est très jolie pour effrayer les enfants ou pour donner des munitions à ces pauvres annonceurs de la fin du monde, mais tout lecteur doué d'un minimum de bon sens n'y verra que ce qu'elle est vraiment: une légende. Bien sûr, tout légende a un fond de vérité mais comme l'empereur Kamvu n'eut aucun héritier mâle connu avant la mort de sa femme d'une fausse couche, nous ne pouvons accorder beaucoup de sérieux à cette "chronique".

Et surtout, il ne faut pas tenter de faire un lien entre cette légende, le "troisième secret de Fatima" et la "prédiction de Michel de Nostre-Dame" si malhabilement "mise en relation" par mon regretté confrère Micheal Ironside dans le dernier numéro de votre excellente revue, le "Fumble!". Le pauvre Michael divergea de la voie de la raison en débutant son étude du moine fou Victor Groot. Dieu ait son âme."
G. E. Smith
Docteur en histoire


NdlR: Avant de mettre sous presse, nous avons appris le décès du docteur Smith, trouvé éventré dans son salon. La police soupçonne une secte vénérant un "être noir" porteur de la clé de la fin du monde. Nous vous tiendrons au courant des développements de l'enquête.

Note sur les droits d'auteur


Un tunnel...
Tunnel vers la page du Fumble! #7

Dernière modification: 25 février de l'an de grâce 1998