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Une courroie qui en vaut deux !Les musiciens en parlent...Michèle Morin - Designer
   
Les musiciens paient la note

La musique est une passion qui peut parfois coûter cher. Le stress de la performance, les défis à relever, les exigences du métier, le désir de se surpasser et la compétition féroce font que la plupart des musiciens abusent de leur corps. Souvent, ils ne sont pas à l'écoute de celui-ci et ne portent pas attention aux signaux d'alarme qu'il émet. Ils contractent alors des pathologies liées à un usage abusif, principalement au niveau de l'appareil locomoteur.



  Les degrés de gravité des problèmes de santé des musiciens varient selon les cas et, même s'il sont généralement sans conséquences majeures, ils peuvent se révéler plus graves et aller jusqu'à entraîner l'arrêt des études ou mettre un point final à une carrière. La note à payer est alors élevée.



  Depuis quelques années, le milieu scientifique est de plus en plus sensibilisé aux problèmes de santé liés à la pratique d'un instrument de musique. Il existe maintenant, partout dans le monde et principalement en Amérique du Nord, plusieurs cliniques spécialisées dans le traitement des problèmes de santé des musiciens. En 1986, un questionnaire a été envoyé aux membres de l'International Conference of Symphony and Opéra Musicians. Sur un total de 4 025 membres, 2 212 ont répondu, et 82% ont déclaré avoir eu un problème de santé qu'ils estiment lié à la pratique de leur instrument. Dans une proportion de 76%, ils ont dit que leur performance en avait été affectée. On retrouve les mêmes problèmes chez les élèves en musique, comme le démontre une étude faite en Ontario en 1991. De nombreuses études effectuées dans divers pays donnent des chiffres semblables.

  Au Québec, on s'intéresse de plus en plus à la situation et, à l'institut de physiatrie du Québec, plusieurs musiciens consultent les spécialistes pour des bursites, tendinites, crampes professionnelles, surutilisation et autres.




  Le docteur Michel Dupuis, physiatre renommé dans ce domaine, a suscité un intérêt pour les problèmes de santé des musiciens chez deux de ses collègues. Claude Bouthiller et Denis Raymond. Le docteur Bouthillier, un tout jeune médecin, lui-même violoncelliste à ses heures, rencontre des musiciens souvent jeunes et toujours remplis de talent, mais qui, au fil des ans, ont contractés des pathologies liées à la pratique de leur instrument. « En général, ils attendent que le mal se soit bien installé avant de me consulter. Ils ont tendance à minimiser l'ampleur de leur problèmes, croyant que ça se réglera tout seul. Le facteur psychologique revêt aussi une certaine importance. Si un musicien expose sa douleur au grand jour et doit prendre du repos, il mettra plus de temps à obtenir une promotion au sein de l'orchestre, par exemple. »




Les principales causes de leur problèmes sont la répétition à outrance de certains mouvements, les difficultés techniques du répertoire et les postures prolongées en position assise et souvent contraignantes requises par la forme de l'instrument.

  Par exemple, imaginez-vous en train de tenir un violon ; ce n'est pas une position très naturelle ! Ou encore, regardez une photo de Dizzy Gillespie, le jazzman qui a tellement soufflé dans sa trompette que les muscles de ses joues on perdu leur tonus, et ces dernières sont toujours gonflées à bloc. Enfin, certains musiciens sont naturellement tendus, de sorte que toute leur musculature est appelée à fournir un effort de base sur lequel se greffe celui requis par l'exécution.

  Sachant que certaines personnes développent des douleurs dans le cou et dans le haut du dos uniquement à cause de problèmes de tension, à plus forte raison cela peut-il se produire si elles font, de plus, des efforts répétitifs ou statiques prolongés tels que requis par le jeu d'un instrument de musique. Cependant, chez certain, le phénomène de tension peut n'être que ponctuel, ne survenant qu'au cours d'examens ou d'auditions. Le problème s'avère alors plus facile à résoudre que lorsqu'il provient de la personnalité de base de l'individu.



  Un athlète ne songerait jamais à courir un marathon ou à entreprendre un entraînement sérieux sans faire d'exercices de réchauffements. Tous les musiciens devraient faire de même (de cinq à dix minutes de « stretching », par exemple). La bonne forme physique développe la résistance à l'effort des muscles et autres tissus, et elle favorise une meilleure action des mécanismes de guérison naturelle au moment ou un problème commence à s'installer. Certains musiciens vont s'empêcher de pratiquer un sport de peur de s'infliger une blessure susceptible de nuire à leur carrière, mais la natation et la marche sont les meilleures façons de garder la forme et ne présentent pas de danger.




Dans le milieu musical, les intervenants qui oeuvrent auprès des jeunes prennent, depuis quelques années, des actions concrètes pour développer une prise de conscience quant à la prévention des problèmes de santé chez les musiciens

  Yves Tremblay, directeur de l'Association des orchestres de jeunes du Québec (elle regroupe neuf orchestres et 450 jeunes de 14 à 25 ans), a organisé récemment un colloque sur la prévention. Le succès a été tel que l'on répétera l'expérience cette année. Ces colloques visent à sensibiliser les jeunes musiciens et leurs parents aux pathologies liées à la musique. On invite des médecins spécialistes, on parle de prévention et on explique aux musiciens quoi faire si un problème se présente. Cela répond à un besoin bien réel. Pour preuve, certains orchestres membres de l'association organisent, au cours de l'année, des sessions intensives afin d'approfondir le sujet.

La Presse, 10 mars 1996



  Aujourd'hui, les musiciens québécois ne sont plus obligés de se rendre à la clinique de Hamilton, en Ontario, pour trouver une oreille attentive ; ils peuvent consulter des médecins québécois compétents, en mesure de répondre à leurs besoins.

  Il reste à espérer que, d'ici quelques années, on puisse parler de médecine musicale au même titre que l'on parle de médecine sportive.

  Et surtout de médecine préventive.


Sur le plan de la prévention, il importe d'informer les musiciens sur les problèmes qu'ils peuvent rencontrer et de leur faire prendre conscience de l'importance d'écouter leur corps, et surtout, de ne pas en abuser. « Les problèmes musculo-squelettiques n'apparaissent pas subitement après plusieurs années de pratique d'un instrument. Les racines d'un problème s'installent probablement dès la première leçon. De jeunes étudiants viennent parfois me consulter. Je reste toujours surpris », explique le docteur Claude Bouthillier, un jeune spécialiste de la question.

  Idéalement, la prévention devrait commencer dans le studio du professeur, dès le premier contact avec l'instrument. C'est pourquoi il importe de développer une collaboration entre les professeurs de musique et les médecins. Il faut porter une attention immédiate lorsqu'un problème se présente, si minime puisse-t-il sembler.



  Autre point extrêmement important, le confort ; il faut se sentir à l'aise lorsqu'on joue, ce qui peut entraîner une modification individuelle de technique. Il ne faut pas garder une posture avec laquelle on ne se sent kinesthésiquement pas bien. La kinesthésie est ce septième sens qui nous fait rechercher un certain confort lorsque l'on pratique une activité. Il importe donc de détecter précocement les signes d'inconfort physique ou mental quand on joue d'un instrument de musique.
  Comme c'est déjà la cas dans l'industrie, on commence maintenant à développer une ergonomie de la relation entre le musicien et son instrument. Des chercheurs travaillent en collaboration avec des équipes médicales et des musiciens dans le but de mettre au point des dispositifs de supports d'instruments qui visent à réduire la fatigue des musiciens et la charge statique qu'ils doivent supporter.



  Dans le monde exigeant et compétitif de la musique, il est impératif de travailler fort pour atteindre un but. Il est donc fort probable que chaque musicien souffrira un jour de fatigue physique ou de surmenage. Cependant, de plus en plus de musiciens réalisent que la douleur ne constitue pas un aspect naturel de la musique.

  Jouer d'un instrument, c'est d'abord le plaisir de la musique. Et la note à payer ne doit pas franchir la frontière entre fatigue normale et lésion professionnelle.



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